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Les Sugar-babies ou les courtisanes modernes

Le phénomène vient des États-Unis. La femme décrit son physique via une photo, l’homme indique ses revenus et quelle somme il est prêt à débourser pour la femme. Une rencontre est proposée, parfois rapidement : quelques messages, un numéro de téléphone, un lieu de rendez-vous. C’est le principe du Sugar-dating.

Les sugar-daddies sont des riches hommes. 40% d’entre eux en moyenne sont mariés et leur âge moyen est de 39 ans. Les sugar-babies sont quant à elles des femmes qui cherchent à être entretenues, la plupart sont des étudiantes. La relation entre un sugar-daddy et une sugar-baby est grossièrement une relation financière. Cela va de l’accompagnement pour dîner dans un restaurant à plusieurs nuits pour coucher ensemble, l’argent est « donné » en contrepartie de ces services. Si la plupart des sugar-babies se défendent de l’idée de prostitution, il y a dans la relation un homme qui entretient une femme et qui demande en échange des services de toute sorte. Pour l’homme, le fait de déclarer sur le site ses revenus mensuels, son patrimoine, le mode de vie qu’il compte offrir, la somme qu’il est prêt à débourser et ce qu’il attend en retour, annonce clairement la tournure et le type de relation qui s’ensuivra.

Les sites se défendent des accusations de prostitution et de proxénétisme, mais se déchargent aussi de la responsabilité que de l’argent s’échange dans ces relations contre un ou des services. Il existe pourtant des situations dans lesquelles s’effectue un don d’argent de la part de l’homme à la femme qui l’accompagne. Qu’elle fasse « acte de présence » à un dîner ou rende un service sont une forme de travail dissimulé, dans lequel un salaire est versé de manière directe ou indirecte par le biais de cadeaux par exemple.

Il y a une dépendance qui se crée. Les sites de Sugar-dating visent globalement l’étudiante fauchée qui a besoin de payer ses factures et son année. Ces sites profitent de la misère de femmes qui ne peuvent pas ou (très) difficilement subvenir à leurs besoins. Un site comme SeekingArrangement parlera de « rencontres mutuellement bénéfiques », tandis que RichMeetBeautiful (RmB) déclarera : « Laissez les SugarDaddies sur RmB éliminer votre stress et vous offrir une liberté financière pour vous découvrir vous-même. » Le PDG de RmB, pour se défendre de toute idée de prostitution, déclare :

« on ne promeut pas la prostitution, mais l’aspect financier fait partie de toute relation. Car c’est ça la clef : il s’agit bien de relations romantiques entre deux personnes qui posent leurs propres conditions. Nous n’avons pas à faire la police et à contrôler la façon dont les gens conçoivent leurs relations. Les femmes cherchent des hommes puissants, intelligents, brillants. C’est sans doute le plus fascinant, cette très forte demande chez les femmes. Depuis “Fifty shades of Grey”, elles sont plus libérées et peuvent exprimer ces demandes. Les femmes cherchent des hommes puissants, intelligents, brillants. C’est sans doute le plus fascinant, cette très forte demande chez les femmes. »[1]

Même si les sugar-babbies n’ont pas l’impression de se vendre, les femmes, par ce procédé, sont réduites à être des biens de consommation. Dans la relation, c’est l’homme qui impose ses conditions et la sugar-baby doit s’y plier ou bien renoncer et arrêter la relation. De plus, le principe de Sugar-dating diffuse l’image de femmes gold diggers (« croqueuses de diamants »). Cela vient fausser la conception de la relation entre femmes et hommes, qu’elle soit amicale, affective ou professionnelle, introduisant la notion de l’argent, de l’intérêt, de la dépendance et de la domination.

La sugar-baby c’est la courtisane moderne. Elle va prendre soin d’un homme riche, d’un protecteur, en échange de la dépossession de son corps et de sa personne. C’est une véritable marchandisation du corps et de la relation. Il n’y a pas de dons, seulement des contreparties. C’est en cela que c’est subordonné et que les relations sexuelles donnent le caractère de prostitution à la relation tarifée. Pourtant, les sites et leurs patrons respectifs se défendent de toute idée de prostitution et embellissent le principe pour attirer toujours plus de femmes sous leur aile.

Ce phénomène prend de l’ampleur dans une période où les conditions de vie se dégradent pour la majorité des jeunes. On trouverait environ 40.000 sugar-babies en France, parmi elles plus de 7500 étudiantes [2]. Il y aurait plus de 679.400 babies au Royaume-Uni et plus de 49.600 en Allemagne [3]. Cela existe aussi pour les hommes, nommés Male Sugar-baby ou toy boys (« garçons-jouets »), moins nombreux mais aussi confrontés à des relations tarifées.

Misère et relations tarifées d’une part, enrichissement des patrons de ces sites d’autre part. Brandon Wade, patron de SeekingArrangement, fait un bénéfice annuel de 10 millions d’euros sur le dos de ces relations tarifées entre hommes et femmes. Communément, une personne qui fait du profit sur le dos des relations tarifées est appelée « proxénète ». Ici, on observe nettement que ce modèle de relation fait le jeu des bourgeois, notamment quand on voit que les hommes qui s’inscrivent sur ces sites sont riches et « puissants ». Et c’est toute la tendance du capitalisme d’introduire le règne de l’argent dans tous les domaines, ici le domaine relationnel entre les femmes et les hommes. Cette tendance ne s’arrêtera qu’une fois où nous parviendrons à construire une société différente, fondée sur le respect des individus et la satisfaction de leurs besoins.