Articles

Le « Black Friday », un cache-misère pour le secteur du commerce

Pendant les dernières semaines nous avons été bombardés par la publicité de l’événement-clé de la grande distribution en automne : le Black Friday. Celui-ci tient son origine dans les années 1960 aux États-Unis pour marquer le début de la campagne de Noël dans les commerces américains, puis s’est progressivement installé dans ce pays jusqu’à devenir une campagne indépendante et distincte de celle-là. Les grandes entreprises de distribution surinvestissent en publicité pour cette campagne de soldes plusieurs semaines avant la date fixée, pour y garantir une explosion des ventes.

Le résultat est, dans le domaine culturel, un spectacle grotesque de célébration de la consommation et de l’existence des grandes marques à la mode. Quantitativement nous sommes chaque année de plus en plus exposés à des doses gigantesques de publicité dans tous les supports imaginables : dans la rue, sur la télévision et internet réseaux sociaux inclus. Le Black Friday se glisse même dans les conversations entre potes, collègues de travail ou d’études, où on n’hésite pas à parler ouvertement des nouvelles acquisitions qu’on a planifié de faire, ou ce qui est encore pire, de celles qu’on va décider sur place en nous rendant sans une idée fixe dans les grandes surfaces.

 

Qualitativement, le succès des investissements de la classe capitaliste en publicité peut se remarquer sans difficulté dans la vénération fétichiste massive des produits en vente, ainsi que des grandes marques et enseignes elles-mêmes, qui deviennent des éléments auxquels notre vie quotidienne est inéluctablement et intensément unie. Les produits sont devenus des marques d’identité personnelle qui conformeraient notre personnalité, ou des évidences d’un supposé tournant numérique dans l’histoire de l’humanité qui n’existe pas réellement. Les grandes entreprises se sont introduites comme des entités dont le rythme de production de plus-value marque les rythmes mêmes de l’appréhension de nos vies, et les grands patrons, comme Jeff Bezos dans le cas d’Amazon – devenu l’homme le plus riche du monde justement le lendemain du Black Friday de 2017 – sont devenus des modèles à suivre et des grands gourous qui indiquent à l’ensemble de l’humanité le chemin à suivre.

Le Black Friday est ainsi un événement dans lequel toutes ces manifestations culturelles se condensent et se célèbrent. Une espèce de liturgie de la consommation massive qui, en plus des caractéristiques des rituels religieux, fait couler des milliards d’euros dans les caisses de la grande bourgeoisie en à peine un week-end. Une démonstration du grand pouvoir mobilisateur de la consommation que la grande bourgeoisie a aujourd’hui et dont elle dépend dans ce stade du capitalisme dépérissant où le taux de plus-value descend année après année.

Le déploiement et l’exploitation de ces dispositifs publicitaires servent comme couverture de l’énorme précarité des conditions du travail qui permet, dans une analyse matérialiste en dehors de tout fétichisme, la production, la circulation et la vente des produits de consommation. En France le secteur du commerce dans ses activités de stockage, transport et distribution est le plus touché par cette pratique. Il s’agit d’un secteur où on voit pratiquement tous les jours comment les conditions du travail sont fragilisées. En commençant par le travail les dimanches, que beaucoup de grandes entreprises du secteur ont déjà mis en place dans nombre de magasins, et en passant par les énormes taux de temporalité, de partialité, de contrats par campagnes et par le recours massif au travail intérimaire qui existent dans ce secteur. Le commerce électronique, source d’énormes revenus pour les patrons, n’est profitable que si ceux-ci construisent des entrepôts monstrueux équipés de coûteux dispositifs électroniques et mécaniques pour gérer les commandes. Les employés des entrepôts sont enchaînés aux logiciels de comptabilité et de gestion et aux rythmes maladifs que ceux-ci leur imposent. Les longues heures de travail répétitif et sans repos dans des bâtiments sans fenêtres produisent la perte d’orientation et de repères temporelles, ce qui engendre chez eux des grands niveaux d’angoisse due à l’aliénation du travail. Les taux d’absentéisme, de démission, d’accidents de travail du secteur, voire les suicides dans le lieu de travail (nous rendons-nous compte de la gravité de la situation ?) sont des indicateurs incontestables des tourments subis par les ouvriers des entrepôts.

Dans le cas où il fallait le rappeler, c’est comme toujours le dos de la classe ouvrière qui supporte les bénéfices des actionnaires. Le commerce est devenu le meilleur exemple de la bassesse de la bourgeoisie dans sa quête de profits. C’est aussi un exemple de la misère dans laquelle la classe ouvrière est plongée à cause de la bourgeoisie. Le Black Friday ainsi que toutes les célébrations de la consommation de masse capitaliste ne sont qu’une minable couverture fétichiste du fait que la richesse de nos ennemis de classe est construite sur notre travail, sur le travail des ouvriers qu’ils exploitent. Les demi-mots, les hésitations politiques de la social-démocratie réformiste à la gauche du PS n’est que la recherche des compromis avec nos ennemis de classe qui nous font subir de telles peines, avec lesquels juste une « négociation » est possible ! La prise de pouvoir révolutionnaire par la classe ouvrière et la construction du socialisme sont à l’ordre du jour afin de garantir de meilleures conditions de travail pour le peuple-travailleur !