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La Relève : les bourses d’étude en régime capitaliste

Les bourses d’études supérieures sont des aides sociales attribuées par les Caisses Régionales des Œuvres Universitaires (CROUS). Elles sont attribuées ou non aux étudiants sur des critères sociaux qui déterminent le montant pour chaque étudiant. Ces critères sociaux sont en général réduits aux revenus des parents de l’étudiant : l’étudiant qui a des parents aux revenus élevés peut être privé de bourse ou obtenir une aide très réduite. Cela pose problème pour les étudiants vivant séparément de leurs parents et ayant une certaine autonomie. Ils sont amenés à être dépendants financièrement de leur famille ou doivent chercher un emploi afin de pouvoir payer leurs études et survivre tout simplement.

Le problème qui se pose est celui du montant de ces bourses universitaires. Les étudiants qui les obtiennent sont en général issus des familles modestes, car leurs parents ne gagnent pas suffisamment d’argent pour les aider financièrement. Ces bourses sont attribuées sur 7 échelons en fonction des revenus des parents. L’échelon 7, le plus élevé, donne droit à une aide mensuelle à hauteur de 550 euros. : un étudiant boursier ne reçoit même pas 600 euros par mois, même à l’échelon le plus élevé. Est-ce suffisant pour vivre dignement et se dédier entièrement aux études ? Un étudiant vivant au foyer familial aura moins de problèmes, encore qu’il dépend de ses parents pour le logement et autres aspects quotidiens. Toutefois beaucoup d’étudiants vivent seuls et louent un logement et doivent subvenir à leurs besoins (nourriture, habits, etc.) : tout cela nécessite de l’argent.

Dans les résidences universitaires, les plus petites chambres de 10 m2, qui sont aussi les moins chères, s’élèvent à près de 250 euros par mois. Les chambres de 20 m2 coûtent près de 400 euros par mois. Les étudiants n’ayant pas obtenu une chambre dans une résidence universitaire sont obligés de trouver eux-même un logement. Pour louer une petite chambre de bonne de 10 m2 dans Paris intra-muros il faut payer au moins 400 euros par mois, sinon les étudiants sont obligés de trouver un logement en banlieue pour un prix moindre, mais souvent loin de leur lieu d’étude. Certains étudiants peuvent aussi bénéficier de l’APL (Aide Personnalisée au Logement) qui permet de payer une part du loyer (même pas la moitié). On constate donc qu’une grande partie de l’argent sert à payer son logement.

Mais il n’y a pas que le logement. L’argent qui reste doit aussi servir à payer la nourriture. L’endroit le moins cher où les étudiants peuvent se nourrir est le restaurant universitaire, lui aussi géré par le CROUS. Le prix d’un repas s’élève à plus de 3 euros. Imaginons qu’un étudiant se nourrisse dans ce restaurant universitaire deux fois par jour (le minimum vital) pendant un mois. Dans ce cas, au moins 200 euros sont nécessaires pour se nourrir. Que reste-t-il à notre étudiant boursier à l’échelon le plus élevé, touchant 550 euros de bourse par mois et dépensant AU MOINS 250 euros pour sa chambre de 10 m2 et AU MOINS 200 euros pour manger ? 100 euros ? Est-ce suffisant pour satisfaire les besoins en vêtements, l’achat des livres et les loisirs ? Cette bourse est insuffisante et cela pousse les étudiants à travailler même en étant boursiers. Quel est donc l’intérêt d’une telle aide sociale ?

A ce sujet, les déclarations d’une députée LREM (La République en Marche) sont caractéristiques du mépris de classe flagrant des élites politiques, notamment des représentants du parti au pouvoir actuellement. Claire O’Petit déclarait l’été dernier, à propos de la baisse des APL: « Ça va messieurs dames, si à 18, 19 ans, 20 ans, 24 ans, vous commencez à pleurer pour 5 euros, qu’est-ce que vous allez faire de votre vie ? » Avant d’enchaîner : « C’est ou ça, ou on augmente les impôts », a-t-elle poursuivi en assurant que les étudiants reçoivent également d’autres aides. « Il y a les transports moins cher, il y a la carte étudiant, il y a l’APL, il y a les bourses. Ça ne suffit pas, vous avez beaucoup d’étudiants qui sont obligés de travailler encore, c’est vrai. Mais bon sang, regardez un petit peu ailleurs ! », a-t-elle lancé. Alors que les transports sont de plus en plus chers et les APL et les bourses ne sont en rien suffisant, la nuance faite sur les étudiants obligés de travailler ne semble pas préoccuper plus que cela la députée de La Réaction en Marche. Et le fait que nos impôts servent à financer les guerres partout dans le monde ne pose pas un énorme problème non plus. La « représentante du peuple » a aussi affirmé que « les étudiants qui touchent les APL touchent aussi une bourse normalement, et c’est très bien », alors que les attributions de ces aides ne sont pas du tout interdépendantes et leurs montants sont complètement dérisoires. En fait, ses propos sont représentatifs de ce qui se passe en France pour la jeunesse : toujours moins d’intérêt à ce que les jeunes et le peuple-travailleur subviennent à leurs besoins, le tout saupoudré d’un mépris de classe nauséabond.

Les conditions matérielles des étudiantes et étudiants aujourd’hui permettent de moins en moins de faire des études supérieures sur le long terme en y mettant toute l’énergie nécessaire. Pour payer son logement, ses courses, ses frais de santé, le transports, les loisirs, etc., il faut trouver un emploi à côté des études. Cela mène pour beaucoup à l’échec scolaire, étant donné que le temps passé au travail est du temps en moins pour les études. Toutefois, de plus en plus de jeunes pensent qu’il n’y a rien de grave à devoir travailler à côté des études. Il faut cerner ce problème à la racine, à savoir le mode de production capitaliste : sous la dictature du capital, des économies sont faites dans le domaine social et la jeunesse en fait les frais puisqu’elle est privée de la possibilité d’étudier pleinement et de vivre dignement. Des coupes budgétaires sont organisées, engendrant une baisse des aides sociales et une hausse des coûts, car seul le profit dicte la loi en régime capitaliste. Les jeunes sont alors obligés de travailler pendant leurs études et constituent une main d’œuvre bon marché. De l’autre côté, l’État bourgeois en France dépense beaucoup d’argent dans le domaine de la défense, pour mener des guerres impérialistes que nous n’avons pas voulues, ainsi que pour aider les grandes entreprises toujours pour le profit des capitalistes.

 

Nous pensons que les étudiants doivent pouvoir se consacrer entièrement à leurs études et vivre dignement. Pour cela, ils doivent pouvoir jouir d’aides et de moyens mis à leur disposition : hausse du montant des bourses et baisse du prix du logement étudiant et des transports. Les besoins de la jeunesse au niveau de l’enseignement, du logement, de la nourriture, des loisirs doivent être satisfaits. Il faut donc se battre pour ces revendications en gardant à l’esprit qu’elles seront combattues par la bourgeoisie puisqu’elles ne vont pas dans le sens de cette dernière. De même, si les conditions se dégradent aujourd’hui pour l’ensemble de la jeunesse, c’est parce que le système capitaliste est devenu obsolète et pourrissant, qu’il n’arrive plus à répondre aux besoins de l’ensemble de la population et des peuples dans le monde. Nous devons donc lier nos revendications immédiates à la nécessité de construire une société nouvelle, une société socialiste-communiste, qui répondra à nos besoins et qui rejettera la loi du profit.