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La Relève : Réappropriation capitaliste du rap et diversion de la jeunesse

Le rap fait aujourd’hui partie des styles musicaux préférés chez une grande partie des jeunes. Ce style d’expression artistique est né aux États-Unis au début des années 1980 et puise ses sources dans le funk, le jazz, le disco, le soul ou le reggae. Avec sa simplicité musicale et l’importance des paroles, il s’agissait à l’origine d’un moyen d’expression des jeunes habitants des quartiers populaires américains concernant leurs conditions sociales.

En France, le rap a commencé à se développer assez rapidement dès le début des années 1990, rencontrant de plus en plus de succès chez les jeunes. Même si le contenu des nombreux morceaux de différents rappeurs incitait souvent à la haine et la violence, la tendance générale de ce genre artistique, du moins au départ, était assez contestataire du système et de l’ordre existant, avec de nombreuses productions assez engagées socialement (au niveau des textes). Ce succès a alors attiré l’intérêt des certaines maisons de disques et de producteurs musicaux. C’est alors qu’une progressive réappropriation du rap par le capitalisme a commencé.

Dans le système capitaliste conditionné avant tout par les profits et l’argent, l’art et toute expression artistique quelle qu’elle soit tend à devenir une marchandise qui doit être bien vendue et générer des profits. Les sociétés de production se mettent alors à créer des grandes figures ou des « icônes » du rap car cela engendre des millions d’euros, disposant de plus d’un énorme marché constitué surtout par la jeunesse. Étant devenu la propriété du capitalisme, le rap perd son caractère contestataire et populaire et devient non seulement un produit commercial mais aussi une arme au service de l’idéologie dominante.

Dépourvu de sa substance sociale, le rap devient alors un canal de diffusion d’un contenu idéologique réactionnaire. L’émergence du « gangsta rap » aux États-Unis correspond à cette tendance, et celle-ci a été aussi visible en France. Cette branche du rap met l’accent non plus sur les conditions de vie des couches populaires et la contestation du système, mais sur l’enrichissement personnel à tout prix, le culte de l’argent et du luxe, la criminalité et la drogue (de nombreux jeunes connaissent les clips de 50 Cent aux USA ou de Booba en France, pour ne citer que ces exemples). Le corps de la femme devient aussi instrumentalisé et les paroles accompagnées de clips deviennent assez sexistes et dégradants, car la présence de nombreuses jeunes femmes dénudées autour du « rappeur-gangster » est signe de sa richesse et de sa « virilité ». Ces productions qu’il est difficile de qualifier d’artistiques, font diversion sur des questions bassement matérielles comme le sexe, la drogue et l’argent. Cette diversion idéologique démobilise la jeunesse des questions sociales et politiques et lui fait accepter l’ordre dominant qui est celui de la bourgeoisie et du capitalisme.

Les jeunes doivent ainsi se méfier de ce type de rap car la forme musicale a été dénaturée par le capital suite à une standardisation du hip-hop « grand public ». Le capitalisme en crise s’observe aussi via le prisme culturel où l’on voit une diffusion massive d’un contenu qui ne fait quasiment plus de sens (ex: la construction des paroles de Booba, Kaaris, JUL ou PNL). Si le rap n’est pas violent, il s’agit alors du rap festif, avec des sonorités plus légères proches du R’n’B, où les paroles n’ont plus aucun sens et servent à accompagner des clips montrant une vie insouciante au soleil, très loin des cités des banlieues françaises et la crise sociale qui y règne.

Dans l’histoire du rap, notamment français, des artistes talentueux et engagés ont bien évidemment existé et existent encore aujourd’hui, et ont parfois même connu un certain succès. Cependant, ils constituent malheureusement des exceptions plus qu’une tendance générale et restent de plus en plus à la marge du développement du rap, de plus en plus vidé de sa substance et instrumentalisé dans le but commercial et d’abrutissement de la jeunesse, notamment la jeunesse populaire. Cela pose problème car les jeunes issus des couches populaires ont un accès très limité, voire inexistant, à la culture et à l’art, et sont très vite pollués par la consommation des « œuvres » avant tout commerciales plutôt qu’artistiques. Cette stratification sociale, limitant l’accès à la culture des couches populaires, et la propagande continue du culte de la consommation, sont inhérents aux système capitaliste dans lequel nous vivons et dont la jeunesse souffre.

La question de la satisfaction des besoins culturels de la population se pose de plus en plus. Or le système capitaliste n’est pas capable d’y répondre, étant avant tout dirigé par les profits de la bourgeoisie. Cette satisfaction des besoins culturels et la fin de l’abrutissement de la jeunesse ne pourra se réaliser qu’en changeant de système économique et social.

Taras