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Le durcissement de l’impérialisme au prix de la souffrance des peuples

Le 1er mars 2018 le gouvernement des États-Unis annonçaient sa décision d’imposer des taux douaniers, respectivement de 25% et de 10%, sur tout l’acier et l’aluminium importés dans son territoire quelle que soit sa provenance. Cette décision a alors été dérogée et non appliquée quoi qu’en vigueur. Tandis que le 20 mai les diplomaties chinoise et étasunienne arrivaient à un accord pour prévenir une guerre commerciale, le 8 juin dernier le Département de Commerce étasunien rendait publique sa décision de ne pas renouveler la dérogation pour les importations d’acier et d’aluminium en provenance de l’Union Européenne, le Canada et le Mexique. L’UE a répondu et a promis des contre-mesures touchant les importations en provenance des États-Unis sur des produits tels que les motocyclettes, les jeans, le jus d’orange ou le whisky, avec un impact nominal similaire aux impositions de ces derniers. La Chine, de son côté, prévient les États-Unis que tout taux douanier imposé à ses produits de la part des États-Unis signifiera la fin des accords bilatéraux pour lesquels les deux pays se compromettent à ne pas s’engager dans une guerre commerciale qui semble déjà entamée des deux côtés de l’Atlantique.

Le péril d’une guerre commerciale entre les pays impérialistes (notamment les États-Unis, l’Union Européenne et la Chine par rapport aux événements récents) fait partie des contradictions inter-impérialistes par lesquelles les alliances commerciales et militaires évoluent. Un des exemples les plus paradigmatiques est la Turquie, qui est passée en seulement quelques années d’être un membre stratégique de l’OTAN et un candidat déterminé à intégrer l’Union Européenne à un pays passant des accords stratégiques industriels et militaires avec la Russie au mépris du peuple turque soumis à un gouvernement bourgeois autoritaire et anti-populaire. Mais aussi des peuples kurde et syrien qui subissent l’ingérence turque dans la guerre en Syrie, qui reste sans doute aberrante malgré la collaboration militaire tactique que le PYD (Parti de l’union démocratique – kurde) avait établie avec les États-Unis près de la frontière turque. Cette intervention turque dans la guerre syrienne est désormais approuvée par l’Iran et la Russie, maîtres du jeu sur le terrain.

Cependant, les contradictions inter-impérialistes n’entraînent pas que des détournements d’alliances. Les États-Unis par exemple réaffirment dans ce contexte leurs alliances avec Israël (reconnaissance étasunienne de Jérusalem comme capitale de ce pays et soutien dans le massacre de centaines de palestiniens) et l’Arabie Saoudite (visite de trois semaines en mars 2018 du prince saoudien Mohammed ben Salmane aux États-Unis en vue de réaliser des investissements dans le pays) pour assurer leurs positions dans la région du Moyen-Orient. L’Iran et la Russie de leurs côtés se rapprochent de plus en plus à travers leur coopération militaire dans la guerre syrienne. L’Iran, véritable puissance économique et militaire en Asie occidentale, serre les coudes avec ses alliés en réaction du changement de stratégie de l’impérialisme étasunien, plus agressif vis-à-vis de ce pays après la victoire de Donald Trump.
La stratégie de l’État bourgeois Français, avec Emmanuel Macron à sa tête, passe par le renforcement interne de l’Union Européenne, institution pseudo-étatique des plus grands monopoles impérialistes européens tous pays confondus. Les monopoles français ont beaucoup à gagner dans une Union Européenne où la France serait la première puissance continentale, notamment avec l’éloignement du Royaume-Uni. La force de travail bon marché sera assurée en métropole par l’immigration massive que la France reçoit déjà des pays de l’espace Schengen à capitalisme en retard des pays d’Europe du Sud et de l’Est. La libre circulation de capitaux garantit une production à moindre coût dans les pays européens de l’Est qui pourra être distribuée dans toute l’Union sans aucun coût en taux douaniers vers les pays où les marchandises pourront être distribuées aux prix les plus élevés. L’objectif de la France à l’égard de l’UE est d’assurer le plus grand marché interne –de force de travail et de marchandises– pour ses monopoles, qui auront l’avantage et avaleront à terme les monopoles nationaux des pays moins développés dans le sens capitaliste du terme. Et en tant que pseudo-État des monopoles européens où les monopoles français occuperont une place très importante, il est stratégique pour le capital monopoliste français de construire une force armée « commune » à tous les pays de l’UE, c’est-à-dire une force armée dominée par les monopoles européens les plus forts (dont nombre de monopoles français du CAC40) mais avec une force combinée d’une puissance redoutable et formée par les bras et les mains des enfants de la classe ouvrière de tous les pays de l’UE au service des intérêts extérieurs de ces monopoles. L’intégration militaire de l’UE n’est pas cependant exempte de contradictions. Par exemple, cela entraînerait l’affaiblissement de l’influence de la France dans des régions comme l’Afrique subsaharienne, où la bourgeoisie française par l’intermédiaire de son armée domine politiquement et économiquement la région de façon quasi exclusive. Mais on comprend sans équivoque l’intérêt que les monopoles français peuvent avoir dans une intégration militaire européenne dont les médias bourgeois préparent de plus en plus le lit.

Sa composition organique penchant progressivement et inéluctablement du côté du capital constant (machines, bâtiments, matières premières), le capital se bat pour contenir l’inévitable resserrement du taux de profit par la construction – les armes à la main – d’un système économique mondial qu’il asservit suivant son intérêt. Produire ses marchandises où c’est moins cher, les vendre dans les marchés qui peuvent garantir un meilleur prix de vente avec des salaires de misère pour les propres travailleur.ses chargé.es de la distribution. D’un côté à l’autre du globe, de l’Europe en Asie, en Afrique ou en Amérique du Sud, le peuple travailleur, l’immense majorité du peuple est le grand perdant de l’impérialisme. Et notamment la jeunesse, sur qui tombe la tâche de devoir faire face à cette configuration monstrueuse du capitalisme impérialiste, mais aussi la responsabilité de se confronter à ce dernier, le détruire et construire un monde nouveau. Que ce soit dans les pays qui subissent la guerre impérialiste pour le contrôle monopolistique des ressources et des voies commerciales ou dans les pays « pacifiés » comme la France, où le capital impose des conditions de travail de plus en plus misérables pour contenir la chute du taux de profit, toute la classe ouvrière internationale subit le capitalisme impérialiste et ses politiques. Ici et là, le capital impose la mort, la détresse, le désespoir, la privation des ressources les plus basiques. La jeunesse dans les pays impérialistes tels que la France est unie à celle des pays qui subissent la domination et la guerre impérialiste par la misère que le capital impose à la classe ouvrière et les secteurs populaires de toute origine.

Quoi qu’il en soit, la concurrence entre les capitaux impérialistes – dont chaque État bourgeois assure leurs intérêts diplomatiques et militaires – pour ces marchés dans la recherche des meilleurs taux de profit possibles est une plaie ouverte pour la jeunesse ouvrière et populaire. Nous n’avons rien à gagner et tout à perdre de la concurrence féroce qui nous condamne à des conditions de travail abjectes et à des vies de misère. Une concurrence qui peut, à terme, déclencher une guerre impérialiste à grande échelle où la classe ouvrière et les secteurs populaires seront la chair à canon de l’avidité de profits bourgeoise. Il est clair et net que l’opposition à la guerre impérialiste va de pair avec le refus du développement économique du capital monopoliste dans le monde. Le pacifisme idéaliste et abstrait, sans remise en cause du système capitaliste dans son ensemble, est du moins une chimère irréalisable, mais le plus souvent il représente en réalité un masque qui cache une défense des intérêts bourgeois. Refusons le pacifisme de parole et construisons la révolution socialiste, seule garantie de paix pour les opprimés du monde entier !

Miguel