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Que cache pour la jeunesse la « stratégie contre la pauvreté » du gouvernement bourgeois ?

Le jeudi 13 septembre Emmanuel Macron présentait la « stratégie contre la pauvreté » du gouvernement bourgeois français. Quelles sont les mesures et quel sera leur impact sur la jeunesse ? À quelle conception de la pauvreté s’attaquent-elles ?

Les réponses à ces questions sont à ce moment d’une grande importance pour l’ensemble de la jeunesse de classe ouvrière. Privés d’emploi ou en poste, la majorité d’entre nous sommes contraints à une vie de précarité imposée par les capitalistes et son gouvernement. Les emplois en CDD, alternance, à temps partiel, les stages, les chantages permanents de Pôle Emploi pour recevoir l’indemnité à laquelle nous avons droit, etc. nous font rester en permanence en risque de tomber dans le manque total de moyens de subsistance. Et donc, d’être touchés par les mesures de ce « plan contre la pauvreté ». Voyons de quoi il s’agit.

 

Quelles mesures pour la jeunesse?

Les mesures qui touchent la jeunesse suivent la ligne suivie en France depuis des décennies : la dégradation forcée des conditions de travail des jeunes, la paupérisation de l’ensemble de leurs vies et le manque d’indépendance vis-à-vis de l’État ou de leurs familles.

Premièrement, le gouvernement imposera pour la rentrée 2020 l’obligation de formation pour les jeunes de 16 à 18 ans. Pour cela, il a assuré que des formations seront développées dans ce but, et il fait mention spéciale pour l’apprentissage. C’est bien connu de tous le dogme capitaliste qui affirme que la solution magique au chômage est la formation des chômeurs. En culpabilisant faussement les chômeurs, car « mal préparés », de leur situation de privation d’emploi, la bourgeoisie cache le fait que le chômage est organisé par le patronat pour augmenter ses profits. Le chômage fait une énorme pression sur les salaires et les conditions de travail, poussant les jeunes travailleurs et travailleuses à accepter de pires conditions de travail. D’ailleurs, un simple exercice d’arithmétique suffirait : on ne peut pas employer tout le monde si le capital n’offre pas du travail pour tout le monde ! Et il ne le fera jamais simplement parce que la misère des travailleurs est une bonne affaire pour lui. On peut tranquillement affirmer que la bourgeoisie, et son gouvernement à sa tête, se fout clairement de nous quand il utilise cet argument.

Par rapport à l’apprentissage, cette mesure généralisera encore plus le travail en apprentissage pour les jeunes entre 16 et 18 ans. Nous savons ce que l’apprentissage représente : une façon de faire travailler la jeunesse en ignorant le code du travail et les garanties minimales qu’il représente. Un apprenti entre 16 et 18 ans est ainsi payé 374 euros par mois, c’est-à-dire, moins d’un tiers du SMIC ! Le gouvernement garantira aux patrons une main d’œuvre fraîche à un prix ridicule comparé aux profits que ces derniers vont encaisser. Et les jeunes apprentis bien sûr porteront sur leur dos ces profits, les échangeant contre leur propre précarité.

Deuxièmement, Emmanuel Macron a annoncé la mise en place en 2020 d’un « revenu universel d’activité ». Important de remarquer le détail : d’activité. Ce revenu viendra remplacer le RSA, revenu minimum de tous ces travailleurs et travailleuses qui n’ont pas la possibilité d’avoir d’autres sources de revenus. Avec une « petite » différence : le bénéficiaire devra respecter un « contrat d’engagement » qui l’obligera de suivre un parcours de formation pour le retour à l’emploi et il sera radié du système s’il refuse deux offres d’emploi. On n’aura pas « le choix » tant vanté par Macron. Nous serons obligés d’accepter une offre sans compter avec nos propres critères de recherche d’emploi, quel que soit le salaire, la distance à notre domicile, la pénibilité, la voracité du patron qui cherchera à profiter du désespoir des chômeurs. La logique de ce revenu est la même que pour Pôle Emploi, et on voit déjà comment les successives réformes de ce dernier amènent à des radiations massives et capricieuses, avec des taux de radiations périodiques à respecter par les employés de Pôle Emploi. Et bien sûr, le flicage subi par ceux qui reçoivent l’aide.

 

Les pauvres : ceux qui vont « moins vite » ?

Au-delà des mesures, c’est choquant le langage utilisé par Macron lors de son discours pour caractériser les « pauvres » et la pauvreté. Son discours est truffé d’individualisation de la pauvreté et de culpabilisation des individus appartenant aux populations les plus précaires de leur propre situation.  « Être pauvre, ce n’est pas une situation, c’est un combat de chaque instant pour tenter de survivre ». Ou encore  « Il y a toujours des gens pour ouvrir une voie, des gens plus véloces, mais tirer sur la corde pour faire aller plus vite n’aidera pas ceux qui sont en bas de la montagne ».

Avec l’hypocrisie et le cynisme qui caractérise la bourgeoisie en ce temps d’offensive anti-ouvrière, le discours bourgeois a l’objectif permanent de personnaliser la « réussite » et l’« échec ». C’est la fameuse méritocratie : ceux qui sont plus riches le sont parce qu’ils ont fait plus de mérite que ceux qui sont plus pauvres. La pauvreté pour eux serait donc un choix ! Or nous savons bien que la richesse cumulée par le patronat provient de l’exploitation de la main d’œuvre des ouvriers. Plus l’ouvrier est précaire, moins il gagne et plus de profits cumule le patron. La pauvreté ce n’est pas un choix, ce n’est pas non plus un combat. Si, elle est une situation imposée. Mais imposée par le patronat et l’État bourgeois pour s’assurer les meilleures conditions de l’exploitation des travailleurs et travailleuses. Tout l’appareil politique de l’État sert en fait à produire et gérer cette pauvreté si chère aux patrons.

 

Des mesures s’attaquant aux causes de la pauvreté ?

Emmanuel Macron se vante de vouloir s’attaquer aux causes de la pauvreté et non pas aux conséquences : « nous avons pendant trop de temps essayé de corriger des conséquences dont nous chérissions nous mêmes les causes ». Mais ni la formation professionnelle bidon, ni la mise en concurrence des travailleurs à travers le chômage, ni la généralisation de la précarité au travail s’attaquent aux vraies causes du manque de moyens de larges couches de la jeunesse de classe ouvrière.

De fait, le gouvernement bourgeois est tout simplement incapable de s’attaquer aux causes de la pauvreté. Parce que lui-même est une cause de la pauvreté. Il perpétue l’exploitation de la main d’œuvre par les propriétaires des moyens de production, les bourgeois. Quand on parle de pauvreté on ne parle pas que du cliché du pauvre : sans domicile fixe, sans travail, sans famille, gagnant sa vie de ce qu’il trouve dans la rue. Aujourd’hui, et de plus en plus à chaque nouvelle ordonnance gouvernementale, les pauvres sont souvent tout simplement des travailleurs de tous âges, en poste ou privés d’emploi. Le travail salarié n’offre plus de garanties contre le manque de moyens matériels, et ce sont les patrons et leur gouvernement qui l’ont voulu et qui l’ont imposé.

La seule façon lutter contre la pauvreté est de s’organiser contre le système économique qui est à la base de notre exploitation et contre l’État qui lui sert de bras politique et armée contre notre classe. Nous organiser en tant que classe, dans les syndicats et la Jeunesse Communiste, développer les liens organiques de la lutte de classe. C’est la seule façon de s’attaquer aux réelles causes de la pauvreté.