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5 février : Une grève nécessaire, mais pas suffisante

Ce mardi 5 février la CGT appelle à une grève générale nationale dans un contexte de mobilisations intenses et nombreuses du mouvement des gilets jaunes. Les mots d’ordre sont basés sur l’urgence sociale de la situation du peuple laborieux et sur les revendications d’augmentation générale des salaires, des minimas sociaux et de la remise en place de l’impôt sur les fortunes.

Les revendications sont sans doute légitimes et nécessaires dans la situation actuelle, où le gouvernement élimine les parties de plus-value dirigées à entretenir le système de la sécurité sociale et de l’assurance chômage et les allocations, nécessaires pour la survie de dizaines de milliers de familles. L’élimination des cotisations sociales en premier lieu et ensuite des différents impôts qui gravent la richesse tels l’ISF ou les impôts sur les sociétés  sert tout simplement à enrichir les plus riches en appauvrissant les plus pauvres. Il n’y a aucune nuance à cette affirmation : les capitalistes deviennent à travers leur gouvernement plus riches, les travailleurs et travailleuses en poste ou privés d’emploi deviennent dans le même mouvement plus pauvres. La lutte de classes a toujours gravité autour de la distribution des ressources entre les plus pauvres et les plus riches, entre ceux qui travaillent et ceux qui volent le travail des premiers. Comme toujours, les riches – les capitalistes – poussent pour devenir plus riches, mais ils le font en nous appauvrissant nous, les plus pauvres, les travailleurs, ceux qui produisons tout et ne sommes propriétaires de rien.

Le contexte de tension sociale dans lequel cette grève se déroulera ajoute un élément : la possibilité pour le mouvement ouvrier, pour le syndicalisme de classe, de s’introduire dans la dynamique de mobilisations dont il s’est tenu à l’écart jusqu’à maintenant. De ce point de vue cette grève pourrait,  si elle est bien menée pour la suite, créer des convergences surtout au niveau local entre le mouvement syndical de classe et le mouvement des gilets jaunes.

Mobilisation juste, mais suffisante ?

Voilà la question nécessaire. Les directions des mouvements syndicaux de classe, avec en premier plan la CGT, ont adopté une stratégie de « journées de mobilisation » périodiques, tentant de créer un rapport de forces à travers les démonstrations publiques, souvent accompagnées de grèves pour permettre les militants syndicaux de rejoindre les manifestations.  Or le mouvement syndical de classe ne peut pas se limiter à appeler à des « journées de mobilisation » périodiques, moins bien préparées l’une que la précédente et qui finissent par lasser les militants qui ont l’impression de perdre un salaire journalier pour rien. La bataille se produit jour à jour dans la production, dans les postes de travail, et dans la mobilisation quotidienne et la solidarité militante entre les travailleurs et travailleuses de différentes professions et entreprises. Quelque chose que certaines directions semblent avoir oublié.

Philippe Martinez critique des gilets jaunes leurs mobilisations en week-end et appelle aux mobilisations dans les entreprises sans que sa direction confédérale remarque que la dynamique des « journées de mobilisation » est exactement la même.

N’attendons pas les directions syndicales, construisons la solidarité de classe à notre niveau !

L’UJC a appelé depuis ses débuts les jeunes de classe ouvrière à se syndiquer dans leurs boîtes, à rejoindre les organisations de classe –notamment la CGT– qui restent toujours la référence et le cadre de mobilisation de centaines de milliers de travailleurs et travailleuses en France. Il est nécessaire de rejoindre les organisations propres de notre classe, contribuer à leur développement quantitatif et qualitatif, contribuer à l’intégration interprofessionnelle des syndicats dans les Unions Locales et Départementales. Travailler pour nouer des liens de plus en plus solides entre les collègues de nos boîtes d’abord, et ensuite avec nos frères et sœurs de classe des autres secteurs à travers la solidarité de classe que permettent ces organisations interprofessionnelles.   

Nous avons toujours critiqué la vision réformiste du syndicalisme, qui entre autres limite la mobilisation générale à des démonstrations sporadiques en négligeant la mobilisation permanente de la classe ouvrière à l’intérieur des boîtes et la solidarité de classe interprofessionnelle. Nous appelons les jeunes travailleurs et travailleuses en poste ou privés d’emploi à ne pas attendre les directives de telle ou telle direction syndicale réformiste pour se mettre au travail syndical. Rejoignez le syndicat de classe de votre boîte dès maintenant, contactez votre organisation interprofessionnelle et contribuez à créer la solidarité de classe dès maintenant et à votre niveau ! Le 5 février tous en grève, mais n’attendons pas de miracles, le vrai rapport de forces entre le capital et le travail s’établit dans la production, dans l’organisation de classe, dans la mobilisation permanente et la solidarité organique de la classe ouvrière.