Antisionisme = antisémitisme ?

Le récent contexte a vu une montée des provocations et des violences dans notre pays à l’égard de la communauté juive, donnant ainsi aux oligarques et aux médias à leur solde une nouvelle occasion d’instrumentaliser ces événements. Sans avoir trouvé (tous) les responsables des actes antisémites, le gouvernement s’est empressé de faire un amalgame entre antisémitisme et antisionisme.

D’abord, Benjamin Griveaux (porte-parole du gouvernement) s’est empressé d’instrumentaliser les images télévisées de l’altercation entre des gilets jaunes et le pseudo-philosophe Alain Finkielkraut, pour en dégager des insultes à caractère antisémite, qui visiblement n’ont pas été proférées. Ensuite, à Emmanuel Macron, président et champion de la bourgeoisie française, de courir au dîner du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) pour y déclarer solennellement : « L’antisionisme est une des formes modernes de antisémitisme ». Si cet amalgame n’est pas nouveau, quel en est son ressort ?

Le sionisme est une idéologie née à la fin du XIXe siècle à l’initiative de Théodor Herzl, inquiet du contexte anti-judaïque en Europe (pogroms en Russie tsariste, affaire Dreyfus en France). Herzl prônait les faits suivants : le peuple juif existe et son assimilation par les sociétés dans lesquelles il vit dispersé est impossible ; le peuple juif a un droit de « terre promise », lieu il est inconcevable qu’un autre peuple y aurait des droits. Dès les années 1947-1949, c’est une politique de nettoyage ethnique qui se met en place, obligeant plus d’un million de Palestiniens à émigrer en l’espace d’une vingtaine d’années. Depuis les années 1990, la politique de colonisation et d’apartheid s’amplifie, et aujourd’hui l’antisionisme est la lutte contre cette politique coloniale et raciste, celle d’un État impérialiste dont 1/3 de sa population vit sous le seuil de pauvreté et où 50 familles se partagent 70% des richesses nationales.

Toutefois, il existe des militants fascistes et d’extrême-droite qui instrumentalisent l’antisionisme pour exprimer leur anti-judaïsme et leur racisme. Il en va de même pour les tenants du complotisme (par ailleurs souvent proches des cercles d’extrême-droite) qui voient partout la domination des Juifs. Il est donc clair – et les réels militants antisionistes en sont conscients – que ces illuminés ne sont pas de notre camp et qu’ils travestissent le combat contre la politique coloniale d’Israël. Or le gouvernement bourgeois français utilise cette mouvance d’extrême-droite et leurs actes racistes pour faire un amalgame, en plus pour diviser le mouvement populaire. On le voit d’autant plus que l’État français a toujours été complaisant envers Israël et que les lobbys sionistes tels que le Crif sont très puissants en France. L’amalgame est donc un enjeu majeur.

Ainsi, affirmer que l’antisionisme est une forme d’antisémitisme, c’est faire un gros raccourci, pour ne pas dire un hold-up intellectuel douteux. En rhétorique, on nomme ce procédé « sophisme par association » : deux éléments B et C ont en commun A, donc B et C sont associés. Ce procédé n’est pas anodin de la part d’un État impérialiste français complaisant avec un autre État impérialiste israélien, ce dernier assurant le rôle de gendarme au Proche et Moyen-Orient, dans un contexte de déstabilisation et de partage de la région par les Occidentaux (cf. les tensions avec la Syrie, notamment le plateau du Golan). Ce procédé arrive à point nommé pour porter un coup supplémentaire au mouvement populaire en France, notamment contre la campagne BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) lancée en 2005. Enfin, cet amalgame permet entre autre – et c’est là sa principale contradiction interne – de faire de certains Juifs (y compris israéliens) opposés à la politique d’Israël des antisémites.

Rappelons à ce titre certains faits. Suite à son isolement sur la scène internationale en raison de sa politique coloniale, Israël cherche de nouveaux alliés : l’objectif est d’améliorer son image négative. Parmi ses nouveaux partenaires, on peut noter un certain groupe de Visegrad dont appartient le premier ministre d’extrême-droite hongrois Victor Orban, qui réhabilita en 2017 l’amiral Horty, collaborateur de l’Allemagne nazie dans les années 1930-40. À Dominique Vidal de déclarer : « Les antisémites sont fréquentables à partir du moment où ils soutiennent la politique d’Israël ». À bon entendeur.