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Derrière Amazon et Aliexpress : les profits monstrueux et l’exploitation de la jeunesse ouvrière

La vente en ligne prend de plus en de place aujourd’hui. De nombreux sites sont apparus depuis quelques années et sur lesquels il est possible de s’acheter à peu près tout ce qu’on veut sans se déplacer dans des magasins ou des boutiques.

Le développement de cette branche économique a permis l’émergence de géants comme Amazon, aujourd’hui la plus grande société cotée en bourse et dont le fondateur et le PDG est Jeff Bezos, milliardaire américain qui est actuellement l’homme le plus riche au monde avec une fortune estimée à 135 milliards de dollars. Il avait auparavant dépassé les 150 milliards et son récent divorce avec son épouse Mackenzie Bezos risque de faire d’elle la femme la plus riche au monde. Un autre géant de la vente en ligne très connu est le groupe chinois Alibaba (Aliexpress). D’après certains économistes, celui-ci devrait dépasser Amazon en valeur boursière en 2020. Il s’agit d’une des plus grandes entreprises chinoises et dont le fondateur et le PDG est Jack Ma, l’homme le plus riche de Chine avec une fortune estimée à 38 milliards de dollars. Ma est, comme d’autres milliardaires chinois, militant du Parti Communiste Chinois, ce qui par ailleurs donne un aperçu de la vocation libératrice de ce parti et de l’État chinois dans l’ère de l’impérialisme.

Comme la fortune de tous les capitalistes, celle des actionnaires des sociétés de vente en ligne provient aussi de l’exploitation des travailleurs. Ces derniers temps, les conditions d’exploitation des employés des centres de traitement Amazon ainsi que des livreurs des entreprises sous-traitantes ont fait l’objet de l’attention de différents journalistes des médias bourgeois. Différents articles ont été consacrés à ce thème et certains journalistes se sont même mis dans la peau des travailleurs chez Amazon. Ainsi, cette firme dispose de différents entrepôts en plein cœur de l’Europe mais aussi de l’Amérique du Nord, et les conditions de travail ne sont guère meilleures que dans les ateliers des pays dits du « tiers-monde », notamment en Asie. La plupart des travailleurs sont recrutés en CDD ou en intérim. Toutefois, la grande majorité craque physiquement ou mentalement au bout de quelques mois, voire quelques semaines, car les journées de travail sont longues, les pauses inexistantes, les commandes sont très nombreuses et le temps est limité, ce qui provoque le stress et des dommages physiques et corporels. La plupart des travailleurs sont issus de la jeunesse populaire et en situation de précarité, ou alors des jeunes étudiants qui y travaillent le week-end ou en job d’été. Bien évidemment ce travail est très mal rémunéré et les heures supplémentaires sont une nécessité. Cette situation fait que ce travail devient généralement temporaire pour les jeunes et la rotation de l’emploi et le renouvellement du personnel sont importants sur ces sites.

Ces grandes entreprises de vente en ligne créent ou font appel à des petites sociétés sous-traitantes qui s’occupent de la livraison des marchandises aux clients. Là aussi, les conditions de travail sont extrêmement pénibles car le nombre de commandes et de produits à livrer croît chaque jour et les livreurs sont de plus en plus débordés, devant livrer jusqu’à 200 commandes par jour, ce qui suppose 200 adresses différentes. Cela est d’autant plus compliqué dans les grandes villes, où il faut faire face aux bouchons ou aux conditions de circulation difficile, ce qui provoque des infractions au code de la route et des accidents de circulation, ce qui entraîne de nombreuses amendes souvent payées par les chauffeurs et non par l’employeur. Certains produits finissent par ne pas être livrés à temps ou pas livrés du tout et la responsabilité des employés est engagée devant leurs employeurs.

En ce qui concerne l’entreprise Alibaba, la quasi-totalité des produits commandés sont livrés directement depuis la Chine vers les clients du monde entier. Les conditions de travail des prolétaires chinois restent très favorables aux capitalistes malgré les améliorations stratégiques des dernières années visant à créer un marché intérieur, et la surexploitation liée au commerce en ligne provoque souvent des défauts de commande ce qui entraîne les retours de commandes ou des demandes de remplacement de produits défectueux, ce qui ne sert pas à alléger le travail. Telle est la réalité qui se cache derrière chaque clic pour effectuer une commande sur les sites de commerce en ligne.

Le mode de production capitaliste, la société qu’il engendre et le fétichisme de la marchandise qui la caractérise créent l’illusion de la consommation facile en faisant de celle-ci un culte et en créant des besoins superficiels. L’obligation de résultat et la course au profit mettent les travailleurs dans des conditions invivables et les actionnaires de ces sociétés touchent des dividendes s’élevant à plusieurs milliards de dollars. L’image donnée par ces milliardaires consistant à les présenter comme des innovateurs dans le domaine des technologies d’Internet ne doivent pas voiler le fait que ce sont des capitalistes qui s’enrichissent sur le dos des travailleurs. Ils font aussi partie de l’avant-garde de l’impérialisme des leurs États respectifs, Amazon étant l’une des plus grandes sociétés monopolistes de l’impérialisme US, le plus agressif depuis la Seconde Guerre Mondiale, et Alibaba étant l’une des marques représentant le mieux les velléités impérialistes de l’État bourgeois chinois, qui cherche aussi sa place sur la scène internationale et se présente comme un adversaire de poids face aux États-Unis.