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Loi Avia : un renforcement du virage autoritaire !

Définitivement votée le 13 mai 2020, après plusieurs mois de débat et de modifications, la loi Avia concerne les contenus haineux sur Internet. Il s’agit ici pour l’État de renforcer ses dispositions dans la lutte contre ces contenus et de contraindre certaines plate-formes internet de retirer ces derniers dans un délai établi (1h à 24h) sous peine de payer une amende. Plusieurs types d’infractions sont mises en avant et le texte révèle toute la volonté de l’État à étendre son champ d’action juridique, en se basant sur la célèbre « loi fake news » (fin 2018).

Il est certain que la lutte contre les contenus haineux – discriminations,  harcèlement sexuel, etc. – doivent être combattus. Mais le problème n’est pas là. En effet, il est particulièrement inquiétant de voir un État bourgeois de plus en plus autoritaire étendre son champ d’action dans ce domaine, quand dans le même temps il n’apporte pas de réponse durable aux victimes de ces contenus, mais aussi à ceux qui en sont la source. Ce n’est pas parce qu’on légifère et que l’on punit les individus en infraction que ces contenus haineux vont disparaître. Autrement dit, combattre l’obscurantisme et la bêtise avec des textes de loi et des dispositions autoritaires ne semble pas être efficace pour avancer vers une société où les discriminations n’auront plus leur place. Combien pourraient se renforcer dans leurs convictions en étant censurés et punis, lorsqu’ils se sentiront alors brimés dans leur « liberté d’expression » et leur « liberté de conscience » ? De la même manière que pour les fake news, la censure n’a fait que renforcer le camp de l’obscurantisme, certains n’hésitant pas à poursuivre leur déversement de contenus anti-scientifiques. Ce n’est donc pas parce que l’on ferme une porte que ce qui existe de l’autre côté s’annule et s’anéantit. Bien au contraire.

Dans le lot, la loi Avia comprend des dispositions qui peuvent inquiéter plus d’un, notamment dans le champ de la liberté de conscience, du débat scientifique et de l’engagement militant. Et cela semble bien être le cœur du problème. Car « contenu haineux » peut être interprété à la sauce bourgeoise. Un slogan syndical, appeler à une manifestation, remettre en cause scientifiquement l’histoire dominante (de l’URSS par exemple) ou militer pour la révolution peuvent être considérés comme haineux. En fait, la catégorie reste floue pour pouvoir étendre et jouer sur les dispositions de manière tout à fait opportuniste et c’est le CSA, dont le président est nominé par le Président de la République française, qui décide et qui inflige les sanctions économiques et administratives. À tout moment, militer pour un projet de société différent peut être considéré, de par les moyens révolutionnaires défendus, comme une apologie à la haine voire la défense d’une idéologie totalitaire et donc haineuse. C’est déjà le cas en Pologne, où les militants communistes et syndicalistes sont menacés d’emprisonnement par l’État. L’Union Européenne, suivant l’exemple polonais, donne aussi une grille d’interprétation de ce « contenu haineux » avec l’abjecte comparaison entre nazisme et communisme qui est devenue idéologie officielle de l’Union après la néfaste résolution du Parlement du 19 septembre 2019. Avec l’anticommunisme, devenu idéologie officielle de l’UE, la loi Avia dote à l’Etat français des instruments pour réprimer les communistes sur Internet.

En somme, la loi Avia reflète le processus de renforcement de l’autorité de l’État bourgeois et de la dictature des monopoles. Ceci reflète toute la volonté de polir le langage et de brouiller le rapport à la réalité, de taire par exemple la dénonciation des violences policières (cf. Camélia Jordana).

Il est particulièrement frappant de voir que même la loi fake news n’a pas épargné les gouvernants de propager des fausses informations. Alors, dans le cas de cette nouvelle loi, quid des violences policières, du mépris de classe de la part des gouvernants et des propos haineux de personnages comme Eric Zemmour à l’égard des migrants et des travailleurs musulmans ?

Jim