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Analyse & déchiffrage : Covid-19 et crise capitaliste

La période que nous vivons révèle le fait que le capitalisme est un mode de production obsolète, qu’il ne répond pas aux besoins des populations. Le Covid-19 n’a fait qu’accélérer et amplifier une crise qui était déjà là et dont les conséquences seront désastreuses pour le peuple-travailleur et sa jeunesse : licenciements, chômage, précarité, pression au travail, répression policière, fascisme, guerres. Historiquement, nous pouvons observer que chaque crise est de plus en plus forte, de plus en plus rapprochée et ses conséquences de plus en plus durables. Mais comment les crises du système capitaliste surgissent-elles ?

Recherche du profit, baisse tendancielle du taux de profit

L’un des caractères principaux du système capitaliste est la recherche constante du profit. Or, cette recherche du profit mène inévitablement la société capitaliste à subir des crises régulières. L’origine de ces crises marque l’absurdité du système capitaliste : elles ne sont pas causées par une sous-production, comme ce put être le cas auparavant dans l’histoire, mais au contraire par une surproduction. Le but des capitalistes, détenteurs des moyens de production, est d’augmenter leur production afin de vendre le plus de marchandises possible. La concurrence entre les divers capitalistes accentue encore ce phénomène dans la mesure où chaque capitaliste souhaite tirer plus de profits que les autres, et donc vise à produire et à vendre plus que les autres. On voit ainsi des marchandises produites en quantité énorme et croissante, ceci en permanence.

En même temps, l’augmentation de la production mène également à la baisse du profit réalisé sur chaque marchandise individuelle. L’amélioration de la production s’effectue en effet par l’amélioration de son efficacité par le biais de l’augmentation du machinisme. Les moyens de production permettent ainsi de produire la même quantité de marchandises avec une moindre portion de travail vivant (travail humain). Ainsi, on peut augmenter le volume mais aussi la rapidité de la production de voitures ou de téléphones avec l’usage de machines et avec un plus faible volume de travail. Mais cela mène la valeur de chaque marchandise à s’amoindrir avec l’augmentation de la productivité, en considérant que la valeur est déterminée par le temps de travail social nécessaire à la production d’une marchandise.

On appelle ce processus la baisse tendancielle du taux de profit. Elle pousse le capitaliste à produire toujours plus afin de compenser ce phénomène : il augmente alors son profit total, tout en aggravant dans le même mouvement la baisse du taux de profit (rapport entre la plus-value et le capital avancé). Le capitaliste continue ainsi à produire toujours plus mais son profit total augmente de moins en moins.

Pour compenser cette baisse du taux de profit, le capitaliste peut faire plusieurs choix : réduire les salaires, augmenter les cadences de travail, licencier et / ou utiliser des machines à la place des travailleuses et des travailleurs, puisque le travail de la machine est pour le capitaliste et dans l’immédiat moins coûteux et plus efficace que le travail humain. Les choix du capitaliste sont pourtant en contradiction avec sa volonté de revaloriser son capital. En effet, seul le travail vivant / humain est créateur de valeur ! La réduction du travail vivant incorporé dans chaque marchandise réduit inéluctablement leur valeur individuelle, mais elle réduit aussi et progressivement les profits des capitalistes.

Comment le Covid-19 a-t-il catalysé ce phénomène ?

Le rapport entre la production et la demande peut se désajuster en permanence dans les conditions capitalistes de la production, débouchant sur une production qui dépasse fortement et durablement la demande. C’est ce qui se passe avec le secteur pétrolier dont la production s’est poursuivie et les stocks n’ont fait que s’accumuler. En effet, le confinement de la moitié de la population mondiale a mis à l’arrêt les activités économiques consommatrices de pétrole, dont le tourisme et la production de matières plastiques. Or la production de pétrole n’a pas pu être arrêtée car les coûts d’arrêt puis de la relance de la production seraient énormes pour les monopoles du secteur. La production de pétrole a donc perduré pendant la période de confinement, des barils ont été accumulés et le prix de l’unité a chuté.

On arrive donc dans une situation où les stocks de marchandises ne sont pas écoulés puisqu’il n’y a pas d’acheteurs, ceci dans plusieurs secteurs de la production mondiale. Certains capitalistes, ne parvenant plus à vendre leurs produits, ou obligés de les vendre en-dessous de leur valeur, font faillite et des milliers de travailleuses et travailleurs se retrouvent sans emploi, aggravant la misère. Cette misère s’accroît continuellement alors même que les marchandises abondent : les capitalistes ne peuvent plus vendre leurs produits alors même que les travailleuses et les travailleurs en ont besoin pour vivre.

Le Covid-19 a donc catalysé, accéléré et amplifié un phénomène qui était déjà présent, de par la nature même du mode de production capitaliste.

Comment les bourgeois tentent de gérer la crise ?

Les capitalistes choisissent dans une grande majorité des cas de détruire ou de cacher les marchandises, plutôt que de les redistribuer ou les vendre sur le marché dans l’immédiat. Ceci afin de rééquilibrer le rapport entre l’offre et la demande qui les oblige à vendre les marchandises en-dessous de leur valeur. La destruction de capital passe aussi par la baisse de la production qui entraîne – outre des licenciements et des baisses de salaires qui affectent profondément la classe ouvrière – la sous-utilisation des machines et locaux, qui perdent leur valeur lorsqu’ils ne produisent pas. Cette destruction est la base de la réaction de la classe bourgeoise face à cette crise et le peuple-travailleur et sa jeunesse sont les grands perdants des crises de surproduction : licenciements, refonte du code du travail pour modifier les salaires à la baisse et le temps de travail à la hausse, ce qui entraîne perte en pouvoir d’achat, précarité, chômage et misère.

Au sein de la classe capitaliste, certains seront plus résilients que d’autres et ils élargiront leur production et leurs marchés aux dépens de la petite bourgeoisie et d’autres secteurs monopolistes. L’État bourgeois est mobilisé pour absorber financièrement les pertes du capital, via des nationalisations, des emprunts, des exemptions d’impôts et des cotisations patronales, etc. Les pertes du capital sont en fait mutualisées entre les classes de sorte que les travailleuses et les travailleurs paient la crise.

Une crise de surproduction débouche sur une période de bouleversements, de recompositions et d’instabilité politique, économique et sociale. C’est une période où il est envisagé par la bourgeoisie de faire la guerre pour utiliser du capital et des marchandises, pour ensuite reconstruire et relancer la machine économique. Le fascisme est ainsi pour les bourgeois la meilleure réponse à la crise, notamment dans la répression et la destruction des mouvements ouvriers qui peuvent se renforcer dans la crise et freiner les velléités de la bourgeoisie.

On voit aujourd’hui la logique autoritaire se renforcer et les monopoles veulent nous faire payer coûte que coûte la crise de surproduction. Refusons leur avenir capitaliste fait de misère, de souffrances et de guerres ! Organisons notre colère pour renverser un système capitaliste pourrissant et qui détruit nos vies !

Rox & Bross