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Le soutien à l’opération Barkhane en chute libre parmi la jeunesse et les travailleurs

Le militarisme impérialiste français peine à susciter l’adhésion du peuple travailleur et de la jeunesse en France à l’opération Barkhane. L’incompréhension populaire de l’intervention impérialiste bondit au fur et à mesure que les fausses promesses de l’appareil politico-militaire de l’État français à son égard se délitent et que la crise économique et sanitaire s’approfondit. Dans son dernier sondage sur le sujet, le cabinet Ifop révèle qu’une majorité des habitants en France (51%) ne soutient pas l’intervention militaire. La baisse par rapport au précédent sondage de novembre 2019 est évidente, le rejet de l’opération Barkhane passant de 42% au 51% mentionné en janvier 2021. C’est bien le peuple travailleur qui porte en lui ce rejet, les ouvriers et employés étant les seules catégorie socio-professionnelles à rejeter en majorité l’intervention (51% contre 45% en 2019). La chute de l’adhésion est spectaculaire chez les jeunes, passant parmi les -35 ans de 65% en 2019 à 50% en 2021, et notamment parmi les 18-24 ans, de 70% à 50% respectivement.

Assistants à un meeting anti-impérialiste au Mali en janvier 2020

Comment expliquer cette chute ? Les gouvernements successifs avaient suscité le soutien en pariant sur une intervention asymétrique de l’armée d’une puissance nucléaire fortement équipée contre des groupes djihadistes irréguliers. Ils surfaient alors sur la sidération populaire provoquée par les interventions impérialistes au Maghreb et au Proche-Orient de 2011. Sidération qu’ils ont nourrie depuis avec leur instrumentalisation politique de la lutte contre Daesh et des attentats islamistes de 2015, ainsi qu’avec le discours anti-populaire et xénophobe incriminant directe ou indirectement la population musulmane en France, discours toujours d’actualité.

Cependant, l’opération Serval, lancée en 2013 et devenue Barkhane en 2014, dure bientôt 8 ans et l’État français est tout à fait incapable de rendre compte de résultats concrets de son action militaire. L’objectif affiché d’assister les États du Sahel dans la lutte contre le terrorisme djihadiste est noyé dans l’emprise politique, militaire et économique des monopoles français sur ce qui est convenu appeler le « G5 Sahel », les objectifs militaires ne semblent pas avoir été atteints malgré l’asymétrie des forces et des moyens sur le terrain. En ce qui concerne la crise sanitaire-économique capitaliste, il est évident que la stratégie répressive et coercitive de l’État pour soi disant endiguer les transmissions du virus dans un contexte d’évident manque de moyens sanitaires ne peut que déliter la confiance du peuple-travailleur vis à vis des agissements de l’État français.

Il est en somme de plus en plus évident que la mission vise à pérenniser les intérêts des monopoles français en Afrique Centrale à travers le monopole de l’État impérialiste français des moyens militaires, dont les États du Sahel manquent, dans la région. La servilité des États du Sahel vis à vis de l’impérialisme français provoque que l’opposition populaire à l’oppression capitaliste-impérialiste se traduise en opposition à la mission Barkhane elle-même. Ce que traduit avec quelque sarcasme le militant anti-impérialiste malien Adama Ben Diarra, alias « Camarade Ben » ou « Le Cerveau » cité par La Croix : « Pour nous, Barkhane est un échec. Malgré ses moyens militaires de dernière génération, elle n’arrive pas à mettre en déroute 3 000 personnes qui roulent à moto ». Le 20 janvier prochain, jour de la fête de l’armée malienne, aura lieu à Bamako une nouvelle manifestation populaire contre la présence impérialiste française au Sahel.

Miguel