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Le capital monopoliste italien a enfin trouvé un consensus chez Mario Draghi

 
Mario Draghi a prêté serment en tant que président du Conseil des Ministres italien le 13 février 2021. Davantage qu’un homme politique de carrière, c’est un économiste en relations plus qu’étroites avec l’Union Européenne qui se voit confier le poste le plus puissant du pouvoir exécutif en Italie. Ancien président de la Banque Centrale Européenne (2011-2019), et avant cela gouverneur de la banque d’Italie (2006-2011) et vice président de la banque d’investissement Goldman Sachs (2002-2005).
 
 
À la suite de la démission de Giuseppe Conte, il convenait donc que Mario Draghi forme un nouveau gouvernement, tâche qui lui a été confié par l’actuel président de la République Italienne Sergio Mattarella.  Dans cette heure grave pour le capital monopoliste au sein duquel le désaccord règne depuis des années, le consensus entre les différentes branches politiques du capital monopoliste a donc été retrouvé en la personne de M. Draghi, qui semble réussir à solidifier les liens entre le capital monopoliste italien et l’Union Européenne, quelque part mis à mal par les accords commerciaux avec la Chine. La Lega montre son vrai caractère de classe et après des mois et des mois de cirque de M. Salvini où il décriait sans cesse la « mondialisation », de l' »immigration massive » que promouvrait l’UE, elle apporte son soutien au champion historique de la libre circulation de capitaux et de la régulation monétaire dans l’UE. Pour citer un autre exemple, le Mouvement 5 Étoiles, créé en pleine crise financière au début de la décennie passée, avait construit son discours autour du rejet de l’élite bancaire et de la « caste » technocratique dont Draghi a été le meilleur exemple pendant toute sa carrière. Aujourd’hui le parlementarisme bourgeois démontre en Italie sa vraie nature : pour les partis bourgeois les principes ne sont rien, les intérêts de classe sont tout. Les différends entre les partis du capital monopoliste s’effacent dès lors qu’une crise politique et / ou économique vient mettre en péril la continuité du rythme de l’accumulation de capital. M. Draghi et son cabinet auront presque deux ans et demi pour mettre de l’ordre dans les bases de l’accumulation capitaliste en Italie et le théâtre parlementaire bourgeois pourra reprendre lors des prochaines élections générales en mai 2023.
 
 
La nouvelle composition du gouvernement est édifiante sur la démarche de Mario Draghi et du pouvoir exécutif italien. C’est une formation sur laquelle il convient de s’attarder, qualifiée par Euronews de « fruit d’un savant équilibre entre technocrates et responsables politiques ». Quasiment chaque ministre dispose, dans ce gouvernement, d’une certaine expertise dans son domaine ; par exemple, Luciana Lamorgese, ministre de l’Intérieur, est diplômée en droit et a commencé à travailler chez ce ministère dès 1979 et poursuit aujourd’hui les fonctions auxquelles elle avait déjà pu s’exercer auparavant sous la présidence de Conte. Un autre élément emblématique de la cette démarche est la nomination de Giancarlo Giorgetti, favorable à une proximité avec l’OTAN, les Etats Unis, et issu de la branche la plus libérale de la Lega (initialement peu libérale) au ministère italien du développement économique. La priorité absolue est le renouveau de l’économie comme moyen de surmonter la crise économique à laquelle l’Italie faisait déjà face sous la présidence de Giuseppe Conte (jusqu’à ce que cela entraîne des tensions avec l’Europe au moment de la présentation du budget de l’Italie par la Commission Européenne en 2019) et aggravée par la pandémie de Covid19, mais également un rapprochement significatif à plus long terme avec l’Union Européenne en tant que plateforme de commerce, de concurrence, de libre échange ; en fait, en tant que marché économiquement fructifiant dans une démarche d’augmentation du capital, loin des intérêts politiques et économiques des secteurs populaires.
 
 
Avec un gouvernement pareil, dont la démarche est celle d’économistes capitalistes qui ne voient dans la crise qu’un désagrément passager et non pas le symptôme d’un système voué à s’effondrer, qui pourraient faire toutes les concessions possibles pour faire durer le système dont ils profitent un peu plus longtemps (en témoigne la « coalition nationale » du nouveau gouvernement qui regroupe la totalité des partis du parlement, allant de Forza Italia au Mouvement 5 étoiles en passant par la  Lega), il est difficile d’estimer que l’intérêt du peuple italien est protégé, alors même que l’Italie est le troisième pays avec le taux de pauvreté le plus important en 2017 derrière la Roumanie et l’Espagne (Eurostat – 2017 – Observatoire des inégalités).
 
Nevine