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Polémiques contre l’UNEF : halte à l’acharnement médiatico-politique…

À mesure que s’assombrissent les perspectives des jeunes travailleurs, étudiants et lycéens, le pouvoir politique et médiatique des possédants se trouve toujours plus dans la nécessité de recourir au sophisme de l’homme de paille et aux polémiques grossières et stériles contre ceux qui luttent. Le 17 mars, la présidente de L’Union Nationale des Étudiants de France (UNEF) Mélanie Luce était l’invitée à l’antenne d’Europe 1. Entre elle et la présentatrice Sonia Mabrouk, l’échange a été très tendu. Ainsi la présidente de l’UNEF a interpelé la présentatrice qu’elle commençait « [son] interview par parler de la précarité étudiante et la difficulté des étudiants. La priorité, c’est quand même ça. On a parlé pendant toute cette interview deux minutes pour ce qui se passe pour les étudiants ! » Et Sonia Mabrouk de lancer que « vous avez eu l’occasion d’y répondre » et d’insister sur le racisme, l’islamophobie et les discriminations. Mais une nouvelle polémique est née car Mélanie Luce a déclaré que l’UNEF « organise des réunions pour permettre aux personnes qui sont touchées par le racisme de pouvoir exprimer ce qu’elles subissent [mais] ça ne veut pas dire qu’on y prend des décisions : aucune décision n’est prise en non-mixité dans l’UNEF. » Un tollé général s’est emparé de la classe politique.

Jean-Michel Blanquer, s’est offusqué: « c’est profondément scandaleux » et que « les gens qui se prétendent progressistes et qui […] distinguent les gens [selon] leur peau, nous mènent vers des choses qui ressemblent au fascisme » tout en évoquant d’éventuelles « évolutions législatives » pour rendre illégales ces initiatives. Christophe Castaner a déclaré qu’ « aujourd’hui, l’Unef […] cherche à survivre en prenant des clientèles par segment » et concluant que « s’il y a des moyens judiciaires il faut [les] engager » puisque c’est du « séparatisme. » D’autres déforment les propos tenues par Mélanie Luce, parlant de « réunions interdites aux blancs. » Ainsi pour Eric Ciotti, « Cet aveu d’une forme de racisme intolérable dans la République s’ajoute aux nombreuses dérives antirépublicaines de l’UNEF depuis plusieurs années » demandant à Gérald Darmanin de réfléchir à la dissolution de cette organisation étudiante quil considère comme « anti-républicain. » Le sénateur RN de Marseille Stéphane Ravier a aussi déclaré que « les propos de la présidente de l’UNEF ne devraient pas provoquer une polémique, mais une indignation : c’est du racisme antiblanc. Le ministre de l’Intérieur devrait dissoudre cette association pour mettre fin à ses souffrances… et aux nôtres. » Il n’y a rien à ajouter.

Cet acharnement médiatique contre l’UNEF s’encadre dans un contexte plus large d’exacerbation des postures répressives parmi les partis bourgeois et au sein même de l’État. Le capital tente de se doter des outils nécessaire à une répression efficace des contestations à la crise économique-sanitaire du capitalisme, et cela passe également par la création et la mobilisation des prétextes qui justifient cette répression. D’où le fait que la batterie de réformes répressives récemment conçues (loi « séparatismes », loi « sécurité globale », décrets 2020-1510 à 1512) soit accompagnée par tout un arsenal idéologique sur « l’islamogauchisme », « l’ensauvagement », ou la « radicalité », intensément mobilisées ces dernières semaines par les partis du grand patronat pour lutter contre les mobilisations dans les lieux d’étude contre la précarité étudiante, contre l’isolement social de très nombreux étudiants suite à la pandémie de Covid-19 et pour le droit d’accès à tous à l’université, contre Parcoursup, des « sans fac » ainsi que dans celui contre la loi de programmation de la recherche 2021 à 2030. L’aiguisement de la crise générale du capitalisme, et donc le pourrissement continu et destructeur de ce mode de production catalysé par la pandémie actuelle de Covid-19, nécessite un accroissement de la répression contre ceux qui luttent ainsi que la division des travailleurs et étudiants entre eux.

Les travailleurs, les étudiants et les lycéens en lutte sommes pleinement conscients de la légitimité de nos mobilisations au delà de ces tentatives de nous relier à des entreprises terroristes ou à des mouvements obscurantistes. Tentatives qu’on pourrait qualifier de ridicules si elles ne faisaient pas partie d’une réelle offensive capitaliste contre les justes mobilisations du peuple laborieux. Ne cédons pas face aux provocations, la réponse est toujours dans la lutte !

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