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Affaire IKEA: non à la répression patronale et gouvernementale

Tant vanté par Emmanuel Macron lors du premier confinement, le « monde d’après » révèle petit-à-petit son visage toujours plus réactionnaire, fascisant et répressif. Exposée 9 ans plus tôt dans le Canard enchaîné et dans Mediapart, l’affaire d’espionnage des salariés et de clients par IKEA France refait surface car le procès des concernés a commencé récemment. Suscitant une indignation plus que légitime, cette affaire est très révélatrice du projet répressif, fascisant et réactionnaire préparée par Emmanuel Macron et le gouvernement Castex.

Le 29 février 2012, le Canard enchaîné a révélé qu’IKEA France a fait appel aux services d’une entreprise de sécurité privée, « Sûreté International », pour se renseigner sur certains salariés ou clients. La filiale française du monopole suédois de l’ameublement, de l’architecture d’intérieur et de la décoration a obtenu des renseignements depuis le fichier du STIC (système de traitement des infractions constatées) ou celui des cartes grises. L’enquête ouverte a révélé qu’IKEA France a démarché une société nommée Eirpace pour transmettre les antécédents judiciaires des candidats. Fondée par un ancien des Renseignements généraux et de la Direction de la surveillance du territoire (DST), Eirpace s’est servi de ses contacts dans la police pour transmettre à son client les informations demandées. Il faut mentionner également les liens étroits entretenus avec la police ainsi que l’emploi de détectives privées et d’infiltrés pour espionner les salariés et en intimider certains notamment syndicalistes.

Cette affaire est révélatrice de la visée gouvernementale en matière répressive. Les 3 décrets du 4 décembre 2020 élargissent l’ensemble des données personnelles pouvant être collectées à de nouveaux critères comme « les opinions politiques, les convictions philosophiques ou religieuses, l’appartenance à une organisation syndicale », les « faits dont la personne a été victime », les « facteurs familiaux, sociaux et économiques », les comportements et habitudes de vie, les pratiques sportives, la santé, voire d’éventuels troubles psychologiques ou psychiatriques. De plus, le projet de loi « Sécurité globale » vise à donner plus de prérogatives aux entreprises de sécurité privée notamment de procéder à des palpations de sécurité dans un périmètre de protection et sans habilitation et sans agrément, de surveiller des personnes contre les actes de terrorisme par le préfet et de rédiger des procès-verbaux pour les petites infractions (moins de 200 euros). Les policiers retraités pourront cumuler leur pension complète avec un salaire dans la sécurité privée. Ces 2 dispositifs permettent discrètement aux employeurs de consulter les données personnelles des salariés ou de candidats de manière plus complète et plus simple facilitant alors l’espionnage et le chantage à l’emploi.

Cette intensification de la répression s’explique par l’accentuation du caractère toujours plus obsolète, parasitaire et destructeur du capitalisme et dont la crise générale est catalysée par la pandémie mondiale de Covid-19. Ce mode de production ne promet plus qu’une accentuation continue du chômage et de la précarisation du travail ainsi qu’un effondrement des conditions de vie. Les travailleurs subissent ces conséquences terribles et catastrophiques, mais ce sont surtout les jeunes travailleurs, les étudiants et les lycéens qui y sont touchés plus directement. D’autant plus que ce sont ces derniers qui vont payer l’addition de cette crise. Face à l’aggravation de la répression, les jeunes doivent intensifier leurs luttes et les unir à celles des travailleurs autour de mots d’ordre tels que « priorité aux facs et à la vie chère, non à casser les libertés », « nous voulons étudier pour travailler dignement, pas être surveillé constamment » et « emploi, vie chère, études et libertés = même combat. » De la lutte seule sortira la victoire.

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