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Mort d’Idriss Déby : la stabilité de la Françafrique en jeu

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Le mardi 20 avril dernier, Idriss Déby, chef d’État du Tchad, est décédé des suites de blessures qu’il aurait subies au cours d’un affrontement contre des rebelles dans le nord du Tchad. Il a accédé au pouvoir dans les années 1990 avec l’aide de Paris et s’est imposé comme un allié essentiel de la France dans la défense de ses intérêts politiques et économiques en Afrique. À la suite de sa disparition, de nombreux Tchadiens ont espéré une élection présidentielle conforme à la Constitution. Cependant, la mort d’Idriss Déby ouvre une période de transition qui prend la forme d’un conseil militaire à la tête duquel est placé son fils, Mahamat Idriss Déby, général du corps d’armée et commandant de la garde républicaine. Les pleins pouvoirs lui sont octroyés et il reste entouré par les généraux de son père, en assurant maintenir des élections libres et démocratiques dans un an et demi.

Comme avec son père, l’Élysée met un point d’honneur à rester près du nouveau chef d’État. En effet, la présence d’Emmanuel Macron aux funérailles de Déby a été l’occasion pour le président française de se faire placer au plus près du général. Ceci pour promouvoir, au cours même de l’oraison funèbre, la stabilité, l’inclusion, le dialogue et la transition démocratique au Tchad. Cela est-il de bon augure pour le peuple du Tchad ? On a pu analyser cette phrase comme un appel à conserver l’unité et la concorde du pouvoir pour faire face aux rebelles, que le pouvoir français détermine systématiquement comme des djihadistes. Il suffit cependant d’avoir conscience que le décès d’Idriss Déby père a laissé libre cours aux rivalités claniques au sein de ses soutiens : il s’agit d’un appel à conserver un pouvoir unique et fort, sans tomber dans des guerres fratricides, ce qui pourrait déstabiliser fortement l’alliance entre le Tchad et la France, compromettant le confort de sa position en Afrique. Il faut en effet rappeler que le Tchad a été d’une aide précieuse pour les interventions françaises au Sahel et en Afrique : de nombreux soldats tchadiens ont été envoyés en renfort de l’opération Barkhane.

Mais la France ne soutient qu’une infime partie des hommes politiques tchadiens, choisis pour leur facilité à utiliser le pouvoir dans la défense des intérêts tout à fait étrangers aux intérêts du peuple-travailleur tchadien. Celui-ci subit les privations et les souffrances engendrés par les conflits tribaux ou claniques du pays, ainsi que le contrecoup de l’impérialisme français en Afrique. La France prive ainsi, par l’intermédiaire de manipulations politiques et économiques, les peuples-travailleurs d’Afrique de nombreux droits fondamentaux reconnus par le droit international. Cette ingérence est symptomatique de l’impérialisme, l’État bourgeois est un outil pour défendre les intérêts des monopoles. Dénoncer ces ingérences, combattre pour la dignité et la liberté du peuple-travailleur tchadien et des peuples-travailleurs d’Afrique, c’est dénoncer et combattre l’impérialisme français. Combattre notre propre impérialisme, c’est appliquer le principe internationaliste qu’un « peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre ».

Nevine