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22 juin 1941, l’opération Barbarossa : l’URSS en guerre

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Il y a 80 ans, le 22 juin 1941, l’Allemagne nazie lançait sa grande offensive contre l’Union Soviétique. L’opération Barbarossa est alors « la plus grande invasion de l’histoire militaire » selon l’historien américain Geoffrey Roberts et elle a pour objectif de détruire le système socialiste. Cette offensive marque le début d’une longue guerre qui révéla le rôle décisif de l’URSS dans la victoire sur le fascisme allemand. Depuis plusieurs années, la bourgeoisie essaie d’épurer l’histoire de la Seconde Guerre mondiale en réduisant le poids de l’URSS, de l’Armée Rouge et du système socialiste soviétique. Dans les programmes scolaires, les causes de ce conflit mondial sont aussi évacuées, se concentrant uniquement sur l’« expérience » et les violences de la guerre. Quelles sont les causes de la Seconde Guerre mondiale ? Pourquoi l’Allemagne nazie a-t-elle attaqué l’URSS ? Quel est le rôle de cette dernière dans l’un des plus grands conflits que le monde ait connu ?

I°) Les origines du conflit

La Seconde Guerre mondiale trouve ses origines dans de multiples facteurs historiques sur le moyen et le long terme. Au XIXe siècle, à mesure que les pays capitalistes développent leur industrie et leurs capitaux, une concurrence frénétique s’amorce entre eux pour les parts de marchés et la colonisation de nouveaux territoires. Ceci est le fruit de la loi de l’inégalité de développement économique des pays dans le capitalisme-impérialisme. Alors en pleine expansion dans le monde, ce dernier est secoué de multiples crises économiques mais aussi sociales avec la poussée des mouvements ouvriers. Ce processus historique d’expansion et de crises capitalistes donne lieu à un conflit généralisé, la Première Guerre mondiale. Ce conflit provoque un repartage des parts de marché dans le monde avec la défaite de l’impérialisme allemand, mais il engendre aussi une victoire du mouvement ouvrier international avec la Révolution Russe de 1917, montrant que les peuples peuvent alors prendre leur destin en main et construire un système économique et social différent, le socialisme-communisme.

La Première Guerre mondiale a laissé les peuples exsangues et accru les contradictions inter-impérialistes. Derrière l’investissement massif de capitaux pour la reconstruction, la crise capitaliste s’est en réalité amplifiée. Aussi, les mouvements ouvriers se réorganisent et se développent avec leur regard tourné vers la jeune Union Soviétique. Dans les pays vaincus, les impérialistes maintenaient leurs projets et s’appuyaient de plus en plus sur des groupes politiques capables d’une radicalité. L’objectif était de renforcer la domination de classe bourgeoise, en réorganisant l’État bourgeois et l’économie, afin de poursuivre l’expansion capitaliste et la conquête des parts de marché et des matières premières, ainsi que mettre un terme au développement des mouvements ouvriers de plus en plus menaçants. Le fascisme répondait à ces nécessités dans les pays les plus touchés par la défaite, la crise économique et la pression des mouvements ouvriers. En Italie et en Allemagne, il s’appuyait sur les déceptions causées par la défaite et sur une idéologie guerrière de conquête de nouveaux territoires. En Allemagne particulièrement, la démobilisation chaotique de 1918 a participé de la constitution de milices para-militaires d’extrême-droite, les « corps francs ». Ce sont ces milices qui ont constitué le fer de lance du fascisme-nazisme et de sa « croisade » contre les « ennemis de la nation » et de la « race allemande » : les Juifs et les communistes.

Les années 1930 connaissent alors une montée des tensions inter-impérialistes et la crise internationale de 1929 a amplifié la crise du capitalisme. Pour permettre le maintien de leur domination de classe, les impérialistes envisagent un probable conflit mondial. Face à la poussée de l’impérialisme allemand en Europe et dans les colonies, la France et la Grande-Bretagne scellent une alliance mais retardent dans le même temps la guerre contre Hitler et ses alliés en pratiquant la « politique d’apaisement ». Il s’agissait de faire des concessions aux nazis, dans la perspective que ces derniers engagent une guerre à l’Est contre leurs ennemis idéologiques, les communistes soviétiques. La Seconde Guerre mondiale tient donc ses origines dans un double mouvement historique : la concurrence frénétique inter-impérialiste pour les capitaux, les matières premières et les parts de marché ; les velléités impérialistes de sortir de la crise capitaliste en renforçant leur domination de classe et en mettant un terme aux mouvements ouvriers révolutionnaires.

II°) La préparation à la guerre

La politique de l’URSS dans les années 1930 s’ancrait dans le maintien de la paix. Ce sont les années du développement et de la consolidation du système socialiste, mais aussi de la préparation de sa défense. Du fait de son isolement et de son encerclement par les impérialistes, l’URSS menait une politique conséquente pour repousser un maximum l’échéance de la guerre contre l’Allemagne. Celle-ci était prévisible depuis l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933 et ses discours d’expansion de « l’espace vital », mais aussi avec la multiplication de provocations, à l’instar du « Pacte Anti-Komintern » (1936) et des attaques japonaises en 1938. Dès les années 1937-1938, l’URSS envisageait de sceller un traité d’assistance mutuelle avec la France et la Grande-Bretagne. Malgré leur opinion publique favorable à ce traité, ces deux pays firent traîner les négociations pour finalement refuser. Dans les faits, la France et la Grande-Bretagne menaient un double jeu : ils sécurisaient leurs positions en Europe face à la poussée des nazis et ils espéraient régler les contradictions inter-impérialistes par la guerre entre les États fascistes et l’URSS. Face aux pressions de l’Allemagne et ses alliés à l’Ouest et du Japon à l’Est, face aux manipulations diplomatiques de la France et de la Grande-Bretagne, face à la nécessité de poursuivre la préparation de la défense du socialisme, les autorités soviétiques ont pris l’importante décision de conclure avec l’Allemagne un traité de non-agression, proposé par le gouvernement allemand.

Ce traité de non-agression est présenté par l’historiographie bourgeoise comme une alliance entre deux « totalitarismes », ce serait une conséquence de deux régimes qui se ressembleraient. Pour les anti-communistes dans le mouvement ouvrier (trotskistes, anarchistes), il s’agit ici d’une « trahison » des intérêts du prolétariat. Ces deux explications ne fonctionnent pas. Dans les deux cas, on fait le jeu de la bourgeoisie et du fascisme. Dans le cas des anti-communistes, on nie la lutte de classes dans sa complexité et ses rapports de force, on nie la nécessité de compromis politiques pour renforcer ses positions : ce dogmatisme aurait abouti à la défaite de l’Union Soviétique et à la défaite du socialisme.

Il s’avère que ce traité de non-agression s’est révélé vital. Il a permis à l’URSS de poursuivre sa préparation de la défense du pays et du système socialiste. Considérant l’avancée rapide des forces allemandes vers l’Est, prenant compte du fait que le traité ne serait toutefois pas respecté sur le long terme par l’Allemagne nazie, l’Union Soviétique fit repousser ses frontières en septembre 1939 en envoyant des unités de l’Armée Rouge. Les régions occupées permirent aux Soviétiques de gagner du terrain et donc du temps face aux forces fascistes. Dans le même temps, l’URSS accrut et réorganisa sa production industrielle. Grâce aux efforts du parti et de la classe ouvrière, le pays se dota d’une base industrielle capable de soutenir un effort de guerre, avec notamment un développement de l’industrie de guerre. De fait, le système socialiste – c’est-à-dire la propriété collective des moyens de production, la planification centralisée de la production et l’extension des droits sociaux – permit le rattrapage du retard sur les pays capitalistes et de préparer la guerre à venir.

Source : Christian Grataloup, Atlas historique mondial

III°) L’URSS en guerre

En juin 1941, l’Armée rouge comptait 5,5 millions de soldats (plus de 300 divisions). L’idée d’une impréparation de l’Union Soviétique est un mythe : selon l’historien Geoffrey Roberts, « 2,7 millions d’hommes étaient stationnés sur les districts occidentaux » (c’est-à-dire à la frontière avec l’Allemagne) et « cette grande force fut mise en état d’alerte et avertie d’une attaque surprise potentielle côté allemand » dans la nuit du 21 au 22 juin 1941. De plus, durant les mois de mai-juin de la même année, Staline accéléra la mobilisation et les préparatifs de guerre. Toujours selon l’historien américain, l’URSS fit appel à 800,000 réservistes et transféra des milliers d’hommes sur les frontières occidentales. Si Staline décida de ne pas lancer une mobilisation générale, c’était principalement pour ne pas entrer dans une escalade, avec l’idée qu’il fallait retarder la guerre jusqu’en 1942.

L’offensive du 22 juin 1941 ne surprit donc personne. Toutefois, l’armée allemande fit une percée spectaculaire et appliquait à nouveau sa Blitzkrieg (« guerre éclair ») qui avait brisé les armées polonaises et françaises. L’opération Barbarossa fut, plus qu’en 1939, une attaque stratégique dans laquelle l’Allemagne nazie engageait toutes ses forces dès les premiers jours. Ce sont alors « 152 divisions allemandes appuyées par 14 divisions finlandaises au nord et 14 divisions roumaines au sud » (G. Roberts), soit plus de 3,5 millions de soldats, qui déferlent sur l’Union Soviétique. L’objectif est clair : détruire le régime socialiste soviétique par une Vernichtungskrieg, une « guerre d’extermination » et d’anéantissement. La propagande nazie insiste alors sur l’aspect d’une croisade défensive contre l’ennemi « judéo-bolchévique » qui menace la civilisation européenne et la « race aryenne ». Les instructions de combat pour la Wehrmacht vont dans ce sens : diriger la lutte contre l’idéologie communiste et ses partisans, briser et liquider de manière impitoyable toute résistance des communistes et des Juifs et tuer systématiquement les commissaires, c’est-à-dire les officiers politiques de l’Armée Rouge. De plus, pour les nazis, les peuples slaves d’URSS font partie d’une race inférieure de « sous-hommes » qu’il fallait exploiter. La guerre recouvre donc une dimension raciste. À ses généraux, Hitler expliqua en mars 1941 que « la guerre contre la Russie est de ce type de guerre qui ne pourra pas être menée de façon chevaleresque ; c’est une lutte entre idéologies et races différentes, et elle ne pourra être conduite qu’avec un niveau de violence sans précédent, sans pitié ni répit » (cité par l’historien américain John Keegan).

En trois mois, les Allemands capturent Kiev, encerclent Leningrad et sont aux portes de Moscou. À la fin de l’année 1941, l’Armée Rouge enregistre 4,3 millions d’hommes en pertes totales, dont 142,000 officiers (presque un quart des effectifs des officiers). Les manœuvres allemandes font beaucoup de dégâts à l’Armée Rouge mais les Soviétiques résistent et lancent plusieurs contre-attaques, forçant les Allemands à reculer pour se réorganiser. La guerre éclair souhaitée par les nazis n’a pas eu les effets escomptés et l’invasion allemande a été repoussée. Fin 1941 à Moscou, l’Armée Rouge lance une contre-offensive qui repousse la Wehrmacht à 70 kilomètres de la ville. Contrairement aux campagnes de Pologne et de France, les forces fascistes rencontrent une résistance acharnée de peuples coalisés dans la défense du régime socialiste. L’illustre bataille de Stalingrad en est le symbole : pendant plusieurs mois dans des conditions extrêmes, les Soviétiques combattent l’armée allemande, la victoire ravive l’espoir mondial de terrasser les forces fascistes.

Source : Christian Grataloup, Atlas historique mondial

À Stalingrad, « les Soviétiques ont pris l’initiative stratégique et ne l’ont jamais perdue » souligne G. Roberts. L’année 1943 marque le tournant de la guerre à l’Est, les forces fascistes sont alors dans une phase de repli, malgré leur contre-offensive déjouée à Koursk. Jusqu’à Berlin, l’Armée Rouge va libérer les peuples du joug fasciste et permettre la victoire sur l’Allemagne nazie. Les bases de la victoire sont à la fois conjoncturelles et structurelles. D’un côté, l’Armée Rouge s’est relevée de son manque d’expérience au début du conflit et les erreurs allemandes, la mobilisation patriotique, la discipline et le commandement de Staline et des généraux soviétiques ont joué un rôle précieux. De l’autre, ce sont des bases économiques qui ont été fondamentales. Le système socialiste et la mobilisation politique de la classe ouvrière ont montré leur efficacité en temps de crise, notamment par la délocalisation des industries et des travailleurs au début de la guerre et par la planification centralisée de la production.



Depuis plusieurs années, la bourgeoisie a édulcoré la contribution concrète de l’URSS et les sacrifices de plus de 22 millions d’hommes et de femmes dans la victoire sur les forces fascistes. L’idéologie bourgeoise, grâce aux films, séries, jeux-vidéo, etc., s’est diffusée et a ancré l’idée que la victoire est due aux États-Unis et à la Grande-Bretagne. Mais jamais les capitalistes ne pourront gommer leur responsabilité dans cette guerre et effacer les mérites de l’Union Soviétique et de son système socialiste. Ce sont les efforts soviétiques qui ont inspiré des millions d’hommes et de femmes dans le monde à poursuivre et amplifier leur lutte contre les envahisseurs fascistes. Cette dynamique a permis, après la guerre, l’ouverture de nouveaux fronts pour la révolution prolétarienne dans le monde, avec de multiples luttes pour la libération nationale contre l’impérialisme et le colonialisme.

Jim