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Lutte spontanée ou lutte organisée ?

Si les mouvements de lutte nous ont montré une chose ces dernières années, c’est bien que seule la lutte organisée paie. L’existence de victoires, bien que petites et / ou temporaires, prouvent que le principe « organiser la lutte » et « organiser notre colère » n’est pas abstrait et théorique. C’est l’inscription d’un rapport de forces dans les rapports sociaux de production et d’échange qui permet d’avancer des revendications, de faire pression, inquiéter et faire reculer le patronat et l’État bourgeois. Récemment, la CGT Cheminots a obtenu de la direction SNCF qu’aucune sanction ou licenciement ne sera pris contre les employés qui n’ont pas de pass sanitaire, suite à la pression de grèves en cas de menaces de licenciements de la part de l’entreprise.

La lutte organisée n’a ainsi rien à voir avec l’idée qu’il s’agirait systématiquement de commettre des dégradations dans l’espace public et d’affronter les forces de l’ordre sans plan stratégique, sans discipline et sans préparation de manœuvres tactiques. Les agitateurs gauchistes ne comprennent pas – et ne veulent pas comprendre – qu’ils sont déconnectés des masses et de leurs préoccupations concrètes. On entend dire qu’agir dans le cadre syndical – et donc dans les rapports sociaux – équivaut à collaborer avec les bourgeois (puisqu’on négocie) et à être « mou » dans la lutte. Cela donne lieu à des agressions, des diffamations et des insultes proférées à l’encontre de travailleurs et de militants engagés dans des luttes, parfois beaucoup plus longtemps que celles et ceux qui trouvent une vocation hebdomadaire et quasi-festive dans le lancer de pavés.

Pour ces agitateurs, la violence est un moyen essentiel pour parvenir à une rupture révolutionnaire : elle est garante d’une large prise de conscience qui mènerait logiquement au renversement de l’État bourgeois tel un « grand soir ». Or la conscience politique ne procède pas ainsi. Elle n’est pas spontanée et soumise au spectacle offert par les scènes de guérilla urbaine, pas plus qu’elle avance à grands coups de phrases et de démonstrations théoriques ou logiques. L’avancée de la conscience politique procède par la pratique des masses, c’est-à-dire leur expérience quotidienne dans les rapports de production mais aussi par l’intervention des organisations d’un Parti Communiste.

Toute action spontanée contre le pouvoir bourgeois ne peut mener qu’à un échec. Certains croient qu’il est possible de créer et de maintenir un contre-pouvoir sur le long terme sur la base d’une mobilisation spontanée. Mais c’est se tromper. C’est idéaliser ce qu’est un contre-pouvoir. Car qui dit contre-pouvoir d’un côté, dit pouvoir de l’autre. Cette relation antagonique est le fruit d’une poussée mutuelle de forces qui veulent chacune prendre l’ascendant et l’hégémonie. La victoire appartiendra à la force qui sera la plus déterminée (aspect subjectif) et la plus puissante empiriquement (aspect objectif) durant la bataille. Et dans les faits, le pouvoir bourgeois est organisé, il dispose de structures étatiques solides dans le temps et dans l’espace qui ont une certaine efficacité à réprimer toute contestation populaire dans le but de conserver l’ordre capitaliste.

Si elles peuvent poindre spontanément, toutes les luttes contre le capitalisme et l’État bourgeois doivent ainsi être organisées. C’est un objectif qui permet aux mouvements de tenir sur le long terme et d’aller à la victoire en obtenant une revendication et un recul de l’État bourgeois, voire remettre en question l’ordre capitaliste pour envisager d’instaurer un nouveau mode de production. C’est une leçon importante sinon fondamentale de ces dernières années.

Les concessions – réelles ou feintes – du gouvernement et du patronat sont liées à la pression exercée par les travailleurs et les travailleuses organisés dans les entreprises et dans leurs quartiers. C’est par une série de victoires obtenues par la lutte organisée que les travailleurs et les travailleuses reprendront confiance en eux. C’est par ce biais que leur conscience politique avancera, avec la volonté de créer un autre monde, celui où ils et elles seront aux commandes de la production et non des esclaves salariés.

Ce processus est le fruit d’années de luttes quotidiennes, avec des victoires mais aussi des revers dont ils faut tirer les leçons pour aller de l’avant. Ce n’est sûrement pas le produit d’un « grand soir » ou d’une poignée de manifestations violentes idéalisées.

Jim