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Fonderies du Poitou: contre la casse de l’emploi et la casse industrielle, accusons le capitalisme !

Plus les mois passent, plus le monde d’après impose sa chape de plomb sur l’avenir de la jeunesse travailleuse, étudiante et lycéenne. Le 23 juillet dernier, la Fonderie du Poitou Fonte, située à Ingrandes-sur-Vienne (86), a été mise en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Paris. Au total, 288 emplois sont supprimés et les salariés toucheront une prime supra-légale s’élevant à 22.000 euros bruts. Les salariés de l’usine sont dépités quant à eux. « Cette entreprise, je l’ai dans le corps. Alors la fermeture, c’est très dur. », confie Christophe Berger, embauché en 1989 à l’âge de 20 ans. « Mon fils me demande ce qu’on fera dans six mois », déclare Richard, employé comme mécanicien. « On nous parle de relancer l’industrie en France mais là c’est la France qu’on ferme et on ferme d’une façon lamentable », déclare Serge Rioux, délégué syndical CFE-CGC. « On ressent une grande tristesse. En France, on ne respecte plus les salariés et surtout quand on travaille dans l’industrie », déclare un autre salarié. La lutte des travailleurs s’était organisée autour du montant des primes supra-légales de licenciement. C’est ainsi que le 8 juillet, les travailleurs de la Fonderie du Poitou Fonte ont voté à l’unanimité le blocage des expéditions de carters, pour demander à Renault des primes supra-légales de licenciement supérieures aux 20.000 euros annoncés au début. Finalement, ils ne toucheront que 22.000 euros de prime supra-légale de licenciement contre les 27.000 réclamés. Ce dernière somme était réclamée par les salariés en lutte car « c’est ce qu’ont touché les 75 salariés qui sont partis en 2019 », selon Thierry Waye, délégué syndical CGT.

Quelles sont les causes de la faillite de la Fonderie du Poitou Fonte ? Selon la fédération patronale du secteur Fédération forge fonderie, c’est à cause de la concurrence étrangère. Ainsi « Le coût de main-d’œuvre est huit fois moins élevé en Turquie, trois fois moins au Portugal » selon Wilfrid Boyault, son directeur. « Les constructeurs préfèrent parfois acheter les pièces à l’étranger. » D’ailleurs début septembre, le monopole français de l’automobile Renault a décidé de faire fabriquer sa dernière culasse de moteur thermique en Turquie plutôt qu’à la Fonderie du Poitou Alu, située également à Ingrandes-sur-Vienne. Alertant le gouvernement, l’intersyndicale de l’usine a qualifié cette décision de « scandaleuse ». Cette décision est d’autant plus scandaleuse que le site est également en redressement judiciaire depuis avril 2021, et que « les administrateurs judiciaires […] nous ont informé que Renault a décidé de ne même pas consulter la Fonderie du Poitou Alu, la seule culasse qui pouvait être attribué au site dans les années qui viennent sera fabriquée en Turquie » selon le délégué CGT de la fonderie, Jean-Philippe Juin. Donc la Fonderie du Poitou Alu « prend le même chemin » que l’usine Fonte selon les syndicats CGT et CFE-CGC. « Renault a touché des subventions de l’État et il n’y a pas seulement le plan de relance, il y a aussi le CICE, etc. » déclare un des salariés. Également suite à la pandémie de Covid-19, un fond d’amortissement de 50 millions d’euros a été mis en place pour « aider les salariés licenciés à se reconvertir. » Financé à hauteur de 30 millions d’euros par l’État ainsi que les constructeurs Renault et Stellantis chacun à hauteur de 10 millions, cela constitue clairement une aide à la casse de l’emploi et à la casse industrielle financée avec l’argent des travailleurs. Le parasitisme social est bien en marche.

La mise en redressement judiciaire de la Fonderie du Poitou Fonte et de la Fonderie du Poitou Alu constitue une énième illustration de la casse industrielle en France, qui s’explique par l’aggravation du parasitisme social du mode de production capitaliste et de la crise générale que connait ce dernier depuis plusieurs décennies. Confrontés à une baisse tendancielle des profits toujours plus aiguë et des contradictions toujours plus intenses, les monopoles ont alors recours à la casse des salaires, à la casse des conditions de travail et de vie, à la précarisation croissante des travailleurs accompagnée de leur pressurisation ainsi qu’à la destruction progressive des conquêtes sociales et démocratiques des travailleurs. Les jeunes travailleurs, les étudiants et les lycéens y sont particulièrement concernés. La casse industrielle et la destruction économique des territoires font aussi intégralement partie des stratégies adoptées par le grand capital pour limiter voire contrecarrer la baisse des profits et l’aggravation des contradictions du capitalisme.

Ainsi, le capitalisme n’est pas la solution mais LE problème. Le développement de l’industrie sur un territoire donné est intimement lié avec le développement économique, social, culturel et géographique de ce même territoire. Aussi l’absence d’industrie sur un territoire donné, conjugué avec la prédominance du chômage et de l’emploi précaire engendrés notamment par l’uberisation, crée des conditions objectives et subjectives d’isolement des travailleurs entre eux et d’une conscience de classe fragilisée. Cela leur constitue une épine dans le pied pour se rassembler, s’organiser et lutter collectivement autour de revendications fortes. La lutte contre la casse industrielle et la casse de l’emploi font partie du combat de classe contre le capitalisme, et auquel les jeunes travailleurs, étudiants et lycéens sont particulièrement concernés. Ces derniers doivent alors se joindre à ce combat qui est une composante fondamentale du combat de classe contre le capitalisme et pour le socialisme-communisme.

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