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Afghanistan : l’hégémonie américaine permettra aux criminels de guerre américains de rester impunis

La Cour Pénale Internationale (CPI), créée en 1998 suite au Statut de Rome, est une juridiction pénale internationale permanente. Rassemblant 123 États, ces derniers s’engagent à faciliter l’action de la CPI par le biais d’une coopération active, principalement à travers le  transfert des individus inculpés ou l’accès aux documents et témoignages nécessaires à l’enquête. Elle est compétente pour juger notamment des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.
 
Sous l’initiative de l’ancienne procureur de la CPI, Fatou Bensouda, une enquête avait été ouverte en 2017 pour crimes de guerre sur le territoire afghan. Cette enquête devait être dirigée contre les Talibans, les forces armées américaines, la CIA et certains responsables du gouvernement afghan. Après un rejet de la requête par l’une des chambres préliminaires en 2019, puis une interruption de l’enquête en 2020 à la demande du gouvernement afghan, désireux de gérer lui-même cette affaire, le procureur actuel Karim Khan a finalement pris la décision de se ressaisir de l’enquête, après la chute du gouvernement afghan et la prise de pouvoir des Talibans. Ledit procureur a cependant donné cette précision : l’enquête se concentrera sur les exactions commises par les Talibans et la branche afghane de l’État Islamique (EI). Ainsi, le travail d’enquête mené sur les exactions commises par les membres des forces armées américaines sur le sol afghan sera « écarté des priorités » (propos repris par le média Reuters) , de même que les soupçons pesant sur d’éventuelles prisons secrètes sous contrôle de la CIA basées en Pologne, en Lituanie et en Roumanie. L’objectif de ces prisons aurait été de faire parler des afghans supposément en lien avec Al Qaïda, notamment par la torture.
 
Le refus de donner suite, au moins momentanément, à cet aspect de l’enquête, a été justifié par le procureur de la CPI par la faible quantité des ressources disponibles concernant les exactions commises par les forces américaines. En effet les États-Unis ayant signé le traité de Rome mais ne l’ayant pas ratifié, ils ne sont pas tenus de faciliter l’accès aux documents et témoignages nécessaires à l’éventuel aboutissement de l’enquête. Pourtant, les documents publics restent accessibles, et les témoignages d’anciens soldats, de victimes, ou d’anciens responsables politiques sont autant de pistes qui pourraient être exploitées.
 
L’Afghanistan étant partie au traité de Rome (ainsi que la Lituanie, la Roumanie et la Pologne), il est juridiquement possible pour la CPI d’enquêter sur les crimes commis sur son sol. Alors comment expliquer ce refus de la CPI de poursuivre les investigations sur les exactions possiblement commises par les forces armées et les services de renseignement américains? La réponse à cette question nécessite de se défaire de l’idée répandue selon laquelle la justice internationale œuvre pour condamner les auteurs de crimes de guerre de façon égale, sans distinction de leur appartenance à tel ou tel sphère d’influence. L’immense majorité des suspects présentés devant la CPI sont issus des pays suivants : Ouganda, République Démocratique du Congo, République centrafricaine, Côte d’Ivoire, Kenya, Soudan, Lybie, Mali. L’intégralité des condamnés (au nombre de 6) sont des chefs de guerre, des djihadistes ou des anciens chefs d’État du continent africain.
 
Sont pourtant largement connues les exactions commises par les forces armées américaines (en Afghanistan et ailleurs) et par les forces de certains pays occidentaux (telle la France en Libye par exemple) dans de nombreux conflits ayant eu lieu après 1998 (la compétence de la CPI n’étant pas rétroactive). Cependant les États-Unis, en tant que puissance économique de premier ordre, bénéficient d’une influence considérable sur la scène internationale et notamment sur les organisations internationales. Cette influence se ressent bien sûr dans les organisations dont ils font partie (citons ici l’ONU et l’OTAN par exemple) mais également dans les organisations internationales dont ils ont impulsé la construction et sur lesquelles ils gardent une mainmise; ainsi en est-il de la CPI. C’est pourquoi, alors même que les États-Unis ne sont pas partie au statut du Rome et sont seulement signataires du traité, ces derniers peuvent exercer une pression sur la juridiction telle qu’elle freine les investigations impliquant le pays, bien que les exactions visées par l’enquête se soient produites sur le sol national de l’Afghanistan, partie au traité de Rome.
 
Le droit en régime capitaliste nous montre donc bien qu’il est un outil de domination de la classe bourgeoise, et que les criminels de guerre de l’impérialisme restent impunis car ils participent pleinement de l’exploitation et de l’oppression des peuples-travailleurs dans le monde, pour les profits des monopoles ! Alors que les impérialistes s’autoproclament champions des « droits de l’homme » et de la « liberté », on voit qu’ils n’hésitent pas à employer et à défendre les criminels de guerre pour leurs propres intérêts. Le système capitaliste-impérialiste est obsolète : tant que la classe bourgeoise existera, elle poursuivra sa politique anti-populaire et créera des criminels pour ses guerres impérialistes.
 
Nevine