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L’UJC et le PCRF à la manifestation contre la Françafrique à Montpellier

Des militants du Parti Communiste Révolutionnaire de France et de l’Union de la Jeunesse Communiste (UJC) autour de Montpellier se sont retrouvés samedi 09 octobre (voir photos) dans la lutte contre l’impérialisme français avec les organisations africaines du contre sommet Françafrique (voir l’appel du contre-sommet Afrique-France de Montpellier). Ils ont participé aux conférences du matin puis à la manifestation de l’après-midi. 400 tracts de notre campagne accusons le capitalisme ont été distribués, 70 pétitions signées contre la vie chère et les dépenses des interventions militaires françaises, des programmes, journaux Intervention Communiste, affiches et autocollants vendus.

Des sans papiers ont été arrêtés le jeudi à Montpellier à la descente de leur train en marge du sommet Afrique-France inauguré par Macron le vendredi. Nous condamnons cette arrestation et saluons la mobilisation qui a permis leur libération.

La politique de Paris dans les pays du Sahel, mais aussi au CongoBrazzaville, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Niger, en République Centrafricaine, au Sénégal, au Tchad, etc., n’est pas concevable sans les conseils avisés des groupes AREVA, Bolloré, Bouygues, Total et de quelques autres monopoles français. Une démonstration de force militaire est destinée justement à renforcer les positions de ces grandes multinationales françaises, dans la région et pour rappeler aux « partenaires » que l’impérialisme français ne cédera pas une seule parcelle de son « pré carré » aux nouveaux arrivants, en particulier à la Chine, mais aussi aux USA, à l’Allemagne, au Royaume-Uni, voire au Japon. 3200 entreprises françaises officiellement en Afrique viennent renforcer le pillage économique, les investissements ont été multipliés par 10 en 20 ans. De Gaulle a su mener l’adaptation de l’impérialisme français et des monopoles grâce à un système néo-colonial et de semi-colonies. La réflexion stratégique qui intéresse la bourgeoisie française est bien relative à l’importance de ses intérêts fondamentaux en Afrique et à la gestion de son héritage postcolonial dans une conjoncture de concurrence exacerbée entre les puissances impérialistes.

On le voit avec l’exemple du CNSP qui a permis à l’impérialisme français de manœuvrer contre le mécontentement populaire ou se tourne vers d’autres impérialismes ; l’issue du processus en cours, dans cet État africain comme dans d’autres, dépendra du niveau de direction politique que prendront les mouvements populaires comme le mouvement M5-RFP et les masses vers un anti-impérialisme populaire pour le socialisme. Cela nous conduit à réaffirmer notre rejet de la politique menée par l’impérialisme français dans ce pays, ainsi que notre solidarité internationaliste avec le peuple du Mali. Rappelons d’emblée que la France a disposé de plus de 5000 hommes qui parcourent le Sahel entre Mali, Burkina, Tchad et Niger, et qui sont officiellement requis par les dirigeants de ces pays pour résister aux méfaits des groupes armés intégristes-djihadistes, (l’effectif des forces spéciales n’est pas connu) ; les récentes annonces sur un retrait d’une partie de la force barkhane sont la conséquence des protestations africaines et françaises montantes mais également une manœuvre de redéploiement de l’impérialisme français en Afrique.

Rappelons la présence permanente en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Gabon, à Djibouti et à La Réunion ; des partenariats de défense avec huit pays (Cameroun, Centrafrique, Comores, Côte d’Ivoire, Djibouti, Gabon, Sénégal et Togo) ; des accords pour la formation d’officiers africains ; un réseau significatif d’attachés, de conseillers et de coopérants militaires… Ceci dit, il serait erroné de penser que l’impérialisme se limite à des interventions militaires extérieures. L’impérialisme c’est le capitalisme des monopoles fusionnant le capital bancaire et industriel dans le capital financier, c’est le capitalisme de la nouvelle fraction dirigeante de la bourgeoisie : l’oligrachie financière. L’impérialisme français ne peut donc se comprendre seulement se réduire.aux interventions militaires en Afrique comme ailleurs sans parler d’autres aspects : comme celui de la dette par exemple. L’un des cinq points de la définition léniniste de l’impérialisme, c’est l’exportation des capitaux. L’une des formes de la soumission des peuples, c’est la création de la dette artificielle. Les origines de la dette en Afrique remontent aux origines du colonialisme.

Dans ce contexte, le Franc CFA ou le nouveau CFA-ECO, qui portait à l’origine son vrai nom de « Franc des Colonies Françaises d’Afrique », continue parfaitement de jouer son rôle de monnaie coloniale en tant qu’outil de soumission. Toutes les décisions monétaires sont prises à Paris. C’est un système rentier qui écrase totalement la souveraineté monétaire et la souveraineté tout court des pays du Sahel et d’Afrique centrale, anciennement colonies françaises. En effet, c’est le Trésor Public français qui garantit la convertibilité des Francs CFA dans d’autres monnaies. En échange, 50 % de réserves des Francs CFA sont déposés sur les comptes du Trésor Public en France. Les usines de fabrication de la monnaie sont en France. La Banque centrale africaine est inféodée au Ministère des Finances français. Et surtout, comment ne pas parler de cette nébuleuse qu’est la « Françafrique », avec ses mécanismes criminels de délinquance politique en Afrique : accords secrets, « coups tordus », manipulations fomentées par plusieurs personnes proches des milieux mafieux, contre la démocratie et les opposants politiques de plusieurs pays d’Afrique. C’est le maintien du système françafricain qui permet aux entreprises françaises de continuer à assurer leur domination économique en Afrique francophone. La présence militaire française est indissociable du système françafricain, à travers les accords de défense et de coopération militaire. Lorsque les services secrets français ou les réseaux politico-affairistes ne veulent pas agir au grand jour, ce sont les groupes mercenaires qui prennent le relais. Ce système empêche par ailleurs le développement des pays africains par une mise en place des économies de rente, fondées sur le prélèvement de la richesse des matières premières

Dans la continuité de l’époque coloniale, les profits tirés de ce système semi-colonial servent aussi la bourgeoisie française qui, en France, cherche à corrompre le mouvement ouvrier et à alimenter une bureaucratie ouvrière par la distribution de quelques miettes destinées à étouffer dans l’œuf de possibles soulèvements populaires. Les surprofits réalisés en Afrique permettent au capitalisme de manœuvrer pour pérenniser le système d’exploitation ici en France, par une politique de hauts salaires pour certaines catégories de salariés, par la corruption de certaines couches supérieures de la classe ouvrière, des parlementaires, des permanents des partis sociaux-démocrates, révisionnistes, des syndicats intégrés. Par cette corruption se forment en France une aristocratie et une bureaucratie ouvrières qui apportent un soutien social au système d’exploitation. Nous avons donc, nous, organisations révolutionnaires des Etats impérialistes comme la France, un intérêt tout particulier à empêcher les surprofits des monopoles tirés de la Françafrique.

Pour porter des coups concrets à l’impérialisme français en Afrique, au Sahel en particulier, notre Parti propose, en coordination avec les partis et associations africaines, avec les organisations se réclamant du communisme de travailler au ralentissement, à la gêne des déploiements militaires au Sahel notamment : empêcher les navires militaires d’appareiller, de ravitailler, d’embarquer les troupes depuis le sol français. En lien avec les organisations syndicales dans les ports et docks, avec la Fédération Syndicale Mondiale, avec les associations de masse pour la paix et contre l’impérialisme français, nous proposons de travailler à des rassemblements, des grèves et des blocages contre les manœuvres militaires de la France, dont l’objectif est le Sahel par exemple.

Enfin, la tâche des organisations communistes en France reste inchangée, aussi dans le cadre de notre solidarité internationaliste avec nos frères et sœurs d’Afrique. Nous devons inscrire en permanence à l’ordre du jour de nos engagements le renforcement de la construction du Parti communiste et la lutte révolutionnaire pour le renversement des gouvernements impérialistes, avec comme but final, l’expropriation de notre bourgeoisie et la construction d’une nouvelle société libérée du joug capitaliste. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !