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Solidarité avec la lutte ouvrière et populaire au Kazakhstan: halte à la répression du pouvoir et à l’interventionnisme impérialiste

Dès le passage à la nouvelle année, le Kazakhstan s’est embrasé. Le pays connaît une contestation sociale inédite depuis 1991. Dès le 2 janvier 2022, une contestation sociale s’est déclenchée dans la ville de Janaozen, dans le sud-ouest du pays, où des habitants ont bloqué la route afin de protester contre l’augmentation des prix du carburant.

Il faut remarquer que la ville Janaozen, qui possède une économie portée sur l’extraction et l’exploitation du gaz et du pétrole, est une ville caractérisée par une forte rugosité sociale depuis le retour en arrière de l’Union soviétique au capitalisme et la dislocation de ce même pays en 1991. Du 3 au 5 janvier 2021, la protestation a pris de l’ampleur et a gagné d’autres villes comme Aqtaw, Noursoultan, Chymkent ou encore Almaty. Cette contestation sociale est de composition ouvrière et populaire. Les « manifestations à Almaty ont été suivies principalement par des jeunes chômeurs et des migrants internes vivant dans les banlieues de la métropole et occupant des emplois temporaires ou mal rémunérés » selon le Mouvement socialiste du Kazakhstan, qui remplace le Parti Communiste du Kazakhstan illégal depuis 2015. Ce dernier a d’ailleurs fourni des indications supplémentaires. Ainsi dès « le 4 janvier, les travailleurs du pétrole de Tengizchevroil […] ont fait grève » avant d’être « soutenus pendant la journée par les pétroliers des régions d’Aktobe[,] du Kazakhstan occidental et de Kyzylorda ». De plus, « dans la soirée du même jour, des grèves de mineurs de la compagnie ArcelorMittal Temirtau ont commencé dans la région de Karaganda ainsi qu’aux fonderies de cuivre et aux mines de la corporation kazakhe, qui peut déjà être considérée comme une grève générale de l’ensemble de l’industrie minière du pays ».

Les travailleurs en lutte revendiquent notamment « une hausse des salaires, l’abaissement de l’âge de la retraite, le droit à leurs propres syndicats et le droit de grève ». Ces revendications initiales se sont étendues à de nouvelles telles que « la démission du président Kassym-Jomart Tokaïev, la révocation de tous les fonctionnaires issus du régime de l’ancien président Noursoultan Nazarbaïev, un changement de régime, les libertés associées pour créer des partis et des syndicats, la libération des prisonniers politiques et la fin de la répression ». De plus, « des tentatives sont également faites sur le terrain pour créer des comités […] pour coordonner la lutte ». Enfin, Aynur Kurmanov (coprésident du Mouvement socialiste du Kazakhstan) démonte les théories du complot selon laquelle il s’agit d’un nouveau « Maidan » ou d’une « révolution de couleur ». Il rappelle que cette contestation sociale inédite a été déclenchée par les mobilisations ouvrières à Zhanoazen et Aktau. D’autre part, « les revendications sont purement socio-économiques… Les premières étaient des demandes de baisse des prix du pétrole, d’augmentation des salaires et de reconnaissance officielle des syndicats » a t-il ajouté. Face à cela, la réaction du pouvoir et de ses alliés ne s’est malheureusement pas fait attendre.

C’est alors ainsi que, dans la nuit du 5 au 6 janvier dernier, l’état d’urgence, déjà décrété à Almaty et dans le district de Manguistaou depuis le 4 janvier dernier jusqu’au 19 janvier prochain, a été étendu à l’ensemble du territoire national. Également, le président kazakh a fait appel aux États membres de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), organisation politico-militaire fondée le 7 octobre 2002 et regroupant, outre le Kazakhstan, la Russie avec la Biélorussie, l’Arménie, le Kirghizistan et le Tadjikistan, de faire face militairement à cette contestation, qualifiée de « menace terroriste. » Et une répression violente s’est abattue avec près de 6 000 arrestations depuis le début de la contestation et au moins 164 morts, dont 103 à Almaty. Dans le même temps, l’impérialisme américain a appelé les autorités kazakhs à la «  retenue » tout en souhaitant que les manifestations s’y déroulent « de manière pacifique. » De son côté, l’impérialisme britannique a appelé à un « règlement pacifique » de la crise, où « des dizaines » de manifestants ont été tués par la police et met en garde contre toute nouvelle « escalade. » Leurs réactions sont très discrètes car selon Aynur Kurmanov « les usines où les grèves ont commencé sont des usines d’oligarques kazakhs et de partenaires occidentaux, dirigées par la famille Nazarbayev ». Ces « partenaires occidentaux » sont notamment les Britanniques et les Étasuniens. D’ailleurs ces derniers sont sur la défensive car ils sont l’un des trois principaux investisseurs au Kazakhstan dans l’industrie pétrolière. L’impérialisme américain a donc tout intérêt à détacher le pays de la sphère d’influence russe pour la placer sous sa propre sphère d’influence.

La contre-révolution bourgeoise de la fin du XXeme siècle, qui a abouti à la restauration du capitalisme et à la désintégration du régime socialiste-communiste en Union soviétique puis à la dislocation de ce pays en 1991, s’est manifestée notamment par la destruction des emplois, la casse généralisée des services publics (écoles, universités, hôpital public, énergies…), la réapparition en force du chômage et de l’obscurantisme ainsi que des guerres et des massacres fratricides entre les peuples, notamment entre les Arméniens et les Azéris. Toute la malhonnêteté meurtrière et édifiante de la propagande réactionnaire et impérialiste, qui promettait une nouvelle ère faite de « liberté », de « démocratie » et d’« enrichissement personnel », éclate encore une fois au grand jour. L’histoire du Kazakhstan comme de toute l’Union soviétique démontre que le capitalisme n’est pas la solution, mais bien le problème à l’origine de la casse continue des salaires, des conditions de travail, des conditions de vie ainsi que des services publics. La « liberté » et la « démocratie », vantées par les chiens de garde de l’impérialisme, sont synonymes de la liberté pour la classe capitaliste d’engranger toujours plus de profits au détriment des travailleurs et de leurs besoins, ainsi que de la domination de classe des exploiteurs sur les travailleurs. Finalement, l’expérience kazakhe démontre une fois de plus que les travailleurs, et surtout les jeunes travailleurs ainsi que les étudiants et les lycéens, n’ont rien à attendre du système politique actuel, qui assure la dictature des exploiteurs au détriment de leurs besoins et de leurs aspirations. Ainsi, aujourd’hui, face aux travailleurs et à leur jeunesse, aux étudiants et aux lycéens, un choix s’impose: le Socialisme-Communisme ou la barbarie ?

En plus d’être international, le combat de classe contre le capitalisme est aussi universel, comme le montre le fait que les revendications portées par les travailleurs en lutte au Kazakhstan soient exactement les mêmes que celles portées par les travailleurs en lutte en France et dans les territoires d’outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Polynésie française…). Fidèle aux principes de l’internationalisme prolétarien, l’Union de la Jeunesse Communiste (UJC) exprime sa solidarité fraternelle avec les travailleurs en lutte au Kazakhstan ainsi que sa condamnation ferme de la répression en cours, et s’associe pleinement à leurs revendications exprimées ainsi que celles du Mouvement socialiste du Kazakhstan.

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