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Sanctions de la CEDEAO contre le Mali : une tentative désespérée de l’impérialisme contre le peuple malien

Le 24 mai 2021 avait lieu un coup d’État au Mali, aboutissant à la prise de pouvoir de la junte militaire l’ayant organisé et à la nomination d’Assimi Goïta à la tête du pays jusqu’au terme (indéfini) de la période de transition. Cette opération menant à la destitution de l’ancien président de la transition Bah N’Daw et de son premier ministre Moctar Ouane a immédiatement suscité des réactions sur la scène internationale. L’Union Africaine, la France, le Royaume-Uni, l’ONU, l’Allemagne et la CEDEAO (Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest) se sont aussitôt opposés à la prise de pouvoir de Goïta. Officiellement en raison du maintien de la junte militaire au pouvoir, la CEDEAO adoptait en janvier 2022 de lourdes sanctions contre le Mali et plus précisément contre les Maliens, notamment par le biais d’un embargo, au point que la diaspora malienne (au Tchad par exemple, où elle est nombreuse) est victime des conséquences de ces sanctions.

La CEDEAO a originellement une visée économique. Très tôt cependant, dès les années 1990, elle développe des ambitions sécuritaires dans le but annoncé de « maintenir la stabilité et la paix » dans la région. On pourrait légitimement se questionner sur l’opportunité de telles sanctions contre le Mali, renforçant l’instabilité et la pauvreté dans le pays, pour la stabilité et la paix régionales. La justification réelle de ces sanctions ne se trouve en fait pas dans l’opposition au maintien des militaires au pouvoir mais bien dans l’opposition à la politique de partenariat de ces derniers, qui tendent à se détourner des puissances européennes, auxquelles la CEDEAO est particulièrement liée, pour se rapproche d’autres puissances. Pour illustrer la grande complaisance (pour ne pas dire complicité) entre la CEDEAO et les pays impérialistes européens et à plus forte raison l’impérialisme français, précisons qu’elle défend le franc CFA comme « un instrument de prospérité commune dans la région ». C’est ce même franc CFA qui permet à la France de maintenir une tutelle post-coloniale réelle sur les pays d’Afrique de l’Ouest, de brider l’économie et de contrôler les politiques publiques.

L’Afrique de l’Ouest, jusqu’ici « pré-carré » de la France, ne cesse de se voir solliciter par d’autres puissances. Récemment, ce sont la Chine et la Russie qui ont intensifié leur présence dans la région par le biais de projets économiques ou de coopérations militaires. À la suite du coup d’État de 2021, c’est bien de la Russie que le nouveau pouvoir en place au Mali a décidé de se rapprocher pour satisfaire ses besoins sécuritaires, sans parler de la possible intervention du groupe de mercenaires russe Wagner dont la Russie affirme qu’il n’a aucun lien avec l’État russe et qu’il n’en protège pas les intérêts. La coopération entre les deux pays est satisfaisante pour la junte militaire au point que l’efficacité et la pertinence de l’opération française Barkhane, pierre angulaire de la présence française dans le Sahel et manifestation criante de l’impérialisme français dans la région, soient publiquement remises en question.

Les sanctions de la CEDEAO ont donné lieu à de nombreuses manifestations populaires au Mali. Les manifestants, qui assument ne pas soutenir la junte militaire, s’opposent à la tutelle française et européenne et aux ingérences dans le pays dont les sanctions de la CEDEAO sont les conséquences. Parallèlement la Russie et la Chine, qui ont tout intérêt à favoriser la diversification du choix des partenaires dans la région, font bloc derrière le nouveau pouvoir de la transition.

Les sanctions de la CEDEAO, au-delà du danger de pauvreté et de misère qu’elles font planer sur le pays, sont préjudiciables sur le long terme au peuple malien. En fragilisant le pays et en défendant bec et ongles les intérêts de la France sur le territoire, elles donnent l’occasion au nouveau pouvoir malien de polariser ses relations partenariales déséquilibrées et donc de se tourner vers d’autres pays impérialistes, là où le peuple malien demande au contraire de se défaire de l’impérialisme français afin de reprendre le pouvoir sur son propre pays.

Les pays capitalistes les plus développés, y compris par le biais de leurs organisations internationales qui se parent de valeurs humanistes et démocratiques (UE, ONU), organisent la poursuite de leurs intérêts illégitimes en Afrique par le biais d’organisations « régionales » telles que la CEDEAO, qui n’hésite pas à déstabiliser la région par des sanctions injustes et hors de proportion. Ceci non pas dans l’objectif d’aider à la libération du peuple malien de la junte ou des impérialismes, mais bien dans une tentative désespérée de maintenir intact le pouvoir de la France impérialiste, en net recul dans la région.

Nevine