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Le Figaro, de la subtilité mensongère à l’incitation à la xénophobie

Ce dimanche six février, le journaliste Luc Lenoir publiait dans Le Figaro un billet intitulé : « Paris : un homme en situation irrégulière menace un policier avec une arme ». Dans ce titre, l’auteur ne ment pas à proprement parler : en effet, l’« homme en situation irrégulière » a bel et bien agi de la sorte. Cependant, là où le bât blesse, c’est au niveau d’un détail que monsieur Lenoir se garde bien de préciser dans le titre, alors qu’il ne suffirait pourtant que d’un mot : il s’agissait d’une arme factice. Pourtant, ce même monsieur Lenoir se montre davantage généreux lorsqu’il s’agit de préciser que l’individu est « en situation irrégulière » et dans l’après titre, qu’il est d’origine marocaine.

On s’interroge alors sur l’aspect qualitatif de la sélection des informations données d’emblées sur l’individu : pourquoi ces informations-là et pas d’autres ? Pourquoi, aussi, ne faire aucune mention des motivations de l’acte en question ? Mais ces questions trouvent une réponse simple : le journaliste, si tant est qu’il puisse être nommé ainsi, sait pertinemment qu’à l’heure de l’accélération de la circulation des informations et qu’avec la masse d’informations publiées sur les réseaux sociaux, la lecture de tels billets ne se réduit souvent qu’à une lecture partielle, voire qu’à une simple lecture du titre. Ainsi, en écrivant une telle phrase comme titre plutôt qu’une synthèse objective des faits, l’auteur ne fait que suivre la ligne éditoriale réactionnaire et xénophobe du Figaro via réduction politique totalement volontaire. Par ailleurs, l’association de la catégorie « en situation irrégulière » , qui au passage ne dit rien de précis, et l’acte de menace sur un policier n’est pas anodine : c’est là toute ladite ligne éditoriale du Figaro qui s’illustre et, encore, une fois, la motivation est claire, faire passer « l’étranger » pour une menace contre « la France ».

Il est amusant de constater que, dans un texte nommé « Essai sur le journalisme », l’écrivain Émile Zola dénonçait déjà, à son époque, la faiblesse d’un tel « journalisme » : une manière de restituer les faits qui ne se soucie jamais de l’origine de ces faits, qui ne s’interroge pas sur le parcours et les raisons qui peuvent mener à de tels actes, et qui ne fait montre d’aucun esprit critique. Un « journalisme » qui ne cesse alors de croître dans « (…) le flot déchaîné de l’information à outrance ». Presque deux siècles après, ces constations raisonnent toujours, et le pseudo-journalisme du Figaro et de beaucoup d’autres ne sert finalement qu’à promouvoir les idées des réactionnaires.

PM