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Ipsos et l’esprit du capitalisme

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L’institut Ipsos, cinquième plus grande entreprise internationale de récolte de données et de production d’étudesi, est surtout reconnu comme institut de sondage sur les questions relatives à l’« opinion publique » et les présidentielles. Cependant, Ipsos est avant tout un institut de sondage spécialisé dans le monde du commerce. Ainsi, on lui trouve quatre branches : des études sur les médias et l’expression des marques, la recherche sur le marketing, des études sur le management et la relation clients et, enfin, recherche sociale, opinion, recueil et traitement des donnés sur mobile, internet.

Sur son site, Ipsos propose alors divers études et sondages, et notamment les « Livres Blancs ». Dans ces fascicules, l’idée est simple : proposer des conseils aux entreprises afin que celles-ci puissent augmenter leurs profits. En somme, l’idée est, à partir des donnés récoltées, de mieux comprendre les « besoins » des consommateurs et consommatrices, comme si le commerce capitaliste répondait aux besoins sans aussi les fabriquer. Ces conseils et enquêtes sont finalement emprunts de l’esprit managérial contemporain et sa novlangue, et y note diverses injonctions à la prise en compte de la justice sociale comme capacité à maximiser les profitsii, d’autres sur « le pouvoir de l’empathieiii », ou encore penser l’image de la femme afin de toucher un plus grand public, plus jeune, sensible à ces idéesiv. Tout cela est donc toujours pensé pour et par l’angle économique, et rappelle que lorsque la bourgeoisie s’approprie les luttes, aussi diverses soient-elles, c’est toujours pour les instrumentaliser à son profit.

Dans leur ouvrage « Le nouvel esprit du capitalisme », Luc Boltanski et Eve Chiapello décrivent précisément ces mécanismes. Depuis les années 1990, l’usage des nouvelles technologies, et surtout des technologies numériques, a vite mené à l’image du chevalier connexionniste, flexible, adaptable et se forgeant lui-même : « Dans un monde connexionniste,  la distinction de la vie privée et de la vie professionnelle tend à s’effacer sous l’effet d’une double confusion : d’une part, entre les qualités des personnes et les propriétés de la force de travail ; d’autre part, entre la possession de soi et la propriété sociale déposée dans l’organisation », expliquent-ils. Ces techniques de management tendent alors aussi à faire oublier aux travailleurs et travailleuses exploités le rapport de force ontologiquement présent entre patrons et salariés ; l’idée de « communauté » ou de « famille » est amplement mis en avant par les patrons, mais le rideau tombe toujours lorsque les patrons rappellent que c’est bel et bien eux qui ont le pouvoir de licencier.

PM


i https://www.softwaretestinghelp.com/market-research-companies/

ii Les consommateurs attendent des marques qu’elles s’engagent davantage en faveur de la justice sociale | Ipsos

iii Le pouvoir de l’empathie | Ipsos

iv L’image de la femme dans la publicité | Ipsos