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Écologie et crise environnementale – texte de l’UJC

Texte de référence de l’Union de la Jeunesse Communiste (UJC), publié en brochure en septembre 2019.


Introduction :

La question environnementale occupe de plus en plus de place dans l’espace public. La prise de conscience du problème et sa médiatisation ont joué, depuis les années 1980, un rôle significatif en matière d’écologie. Pourtant, cette question ne fait pas consensus et c’est un véritable embrouillamini qui règne partout, particulièrement dans le champ politique. Si les scientifiques s’accordent largement sur le lien entre le réchauffement climatique et les activités humaines (hypothèse avec un gage de confiance supérieur à 99%), le rôle des médias bourgeois et des hommes politiques se réclamant de l’écologie laissent une place au doute. Il n’empêche, cette question environnementale ne peut pas être évacuée par les communistes, puisqu’il s’agit avant tout d’une question sociale.

Pour cela, il est essentiel de revenir à une définition précise et matérialiste de l’environnement : il n’est pas un simple support pour les sociétés humaines, mais un ensemble formé par ces mêmes sociétés et par une base matérielle inexactement nommée « milieu naturel ». Ces deux « contenants » de l’environnement sont en mouvement permanent, animés de relations réciproques mesurables de manière quantitative et qualitative. Ainsi, lorsque l’on s’attache à aborder l’environnement par le biais de la disparition d’espèces, la pollution de l’air, la dégradation des sols cultivables, la montée des eaux, etc., on ne peut pas les dissocier des sociétés humaines. Par exemple, une « catastrophe naturelle » n’a rien de « naturel » puisqu’elle s’insère dans un système environnemental et il s’agit précisément de s’intéresser à son lien avec les sociétés humaines (origines, impact, frein, solutions).

Ceci permet donc d’évacuer les tentations idéalistes qui promeuvent une opposition éternelle entre « nature » et « culture » et qui ont un impact dans le discours politique. La « nature » n’existe donc pas en soi et il s’agit d’adopter une vision dialectique de l’environnement, pour saisir toute la portée sociale de la crise environnementale.

En conséquence, la méthode matérialiste dialectique nous permet d’une part de comprendre que rien n’est éternel, que tout bouge, que l’état actuel des choses n’est pas une fatalité, d’autre part que d’une situation matérielle précise émerge une pensée qui peut être déterminante pour le changement de la situation matérielle. Ces postulats pour notre démonstration nous permettent ainsi de mettre en évidence le fait qu’il nous appartient de changer le cours des choses.

Ainsi, la crise environnementale est un problème social et politique. Contrairement à celles et ceux qui affirment qu’il ne s’agit que d’un problème de mode de consommation et de mode de vie en général, les communistes affirment que le système capitaliste-impérialiste est le seul responsable de cette crise. Il ne s’agit pas alors d’attendre une résolution du problème par la science et l’auto-régulation de la société – position propre aux libéraux dans la lignée historique du Marquis de Condorcet – ou de militer pour une limitation du réchauffement climatique et en faveur du climat. Il s’agit précisément de s’organiser et de se mobiliser pour construire une société qui comprendra les enjeux environnementaux comme des enjeux de classe : la bourgeoisie détruit l’environnement en toute impunité au nom de ses profits et de l’accumulation de capital, en conséquence de quoi le « milieu naturel » s’en trouve dégradé au même titre que les conditions de vie des travailleurs et des travailleuses.

La dépolitisation croissante et massive, qui s’opère depuis les années 1980 avec la mondialisation libérale, le poids croissant des ONG et la défaite des organisations et pays ouvriers, a un rôle à jouer dans l’embrouillamini général en matière environnementale. Il en va de même concernant la tentative de récupération des bourgeois, qui se recomposent à l’aune de nécessités économiques (marchés) et idéologiques. Ainsi dans cette crise environnementale, il est tout à fait possible que la classe bourgeoise se renforce. Elle commence dès à présent avec son mythe du « capitalisme vert », véritable opération idéologique pour maintenir son système économique et social meurtrier, tout en masquant les rapports sociaux de production.

S’opère ainsi un double mouvement contradictoire, avec un catastrophisme omniprésent et une banalisation marchande de la crise environnementale, qui ne sont que le reflet d’une recomposition du capitalisme-impérialisme, afin de répondre à des logiques de marché. Déjà en 1971, le géographe marxiste Pierre George affirmait qu’« en économie de marché, si l’on veut dé-fendre l’environnement, il faut le changer en marchandise », ce qui permet de mesurer toute la capacité du capitalisme à s’adapter pour maintenir ses taux de profit.

Il est donc essentiel et vital pour la lutte de considérer la crise environnementale comme un acte de classe. Rien ne peut transcender la division de la société en classes, cette problématique en particulier avec la responsabilité des bourgeois quant au mode de production en vigueur et au mode de consommation imposé à l’ensemble des individus. Par conséquent, on ne peut pas s’extraire de la société de classe en adoptant une troisième voie : soit on lutte pour les intérêts de la bourgeoisie (consciemment ou inconsciemment, subjectivement ou objectivement), soit on lutte pour ceux du prolétariat – le peuple-travailleur.

Nous adoptons donc ici un positionnement anti-relativiste : nous considérons que toutes les idées et tous les modes d’action ne se valent pas. En effet, pour changer le monde (la matière) et mettre fin à la crise environnementale, il faut mener une bataille des idées (idéologique). Cette bataille est en lien permanent avec le réel, ce qui existe et ce qui bouge. L’exemple de l’impérialisme nous montre que certains discours s’écartent du réel, sont en déphasage, ce qui contribue à des actions inefficaces ou contre-productives (qui renforcent le capitalisme destructeur de l’environnement). L’objectif est non pas d’affirmer une vérité universelle qui résoudrait les problèmes instantanément, mais d’utiliser une méthode scientifique pour l’action, pour être au plus proche du réel pour le changer et le transformer.


Sommaire :

page 4 : introduction
page 7 : écologie et impérialisme
page 15 : écologie politique dominante, capitalisme vert, « transition écologique »
page 27 : écologie réactionnaire
page 31 : radicalités écologistes
page 34 : socialisme, planification, écologie
page 38 : conclusion