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Le marxisme n’est pas un point de vue

On peut entendre à l’école mais surtout de la part de prétendus et auto-proclamés « marxistes » qu’il peut exister différents points de vue et qu’on doit accepter les différences de multiples modes de penser. À Usul de déclarer dans une vidéo sur la chaîne de Médiapart que le marxisme est une « grille de lecture », « chacun a un prisme à travers lequel il voit les choses » et qu’il s’agit de confronter des « biais » par le débat et la discussion.

Ces affirmations ne sont pas le fruit d’une analyse marxiste : elles adoptent un idéalisme typique du mode de pensée bourgeois, en sous-entendant que les idées sont indépendantes, flottantes dans une société qui n’aurait que très peu d’influence sur les modes de penser des individus. Or dans toute société, et en particulier dans la société capitaliste, personne ne peut réellement penser de manière libre et indépendante. En effet, « les idées de la classe dominante sont les idées dominantes » (Marx) et l’idéologie de la classe dominante actuelle – la classe bourgeoise – est diffusée par de multiples canaux que sont les médias de masse, les productions culturelles, les objets de consommation, etc. Ici, aucune question de point de vue, car c’est oublier que c’est en dernière instance la vie sociale des individus qui détermine leurs pensées. Ces dernières sont déterminées (sans fatalisme ni automatisme) par les conditions de vie concrète des individus. En effet, vivre dans un palace, voyager en jet privé et vivre de rentes ne nous amène pas à avoir le même rapport au monde que de vivre dans un appartement de 17m² avec pour seules ressources des boulots précaires.

Revenons ainsi sur le marxisme. Rien n’est plus erroné et faux que dire que le marxisme est une « grille de lecture ». Car le marxisme n’a pas pour vocation de s’arrêter à l’analyse de la société capitaliste et de constater que la lutte des classes existe. Pour cela, lorsque Usul affirme « je ne suis pas militant »1, il confirme inconsciemment que son rapport au marxisme est tronqué et erroné, et il s’ancre dans ce que la bourgeoisie attend parfaitement de ceux qui se réclament du marxisme : constater la lutte des classes, sans s’engager dans la bataille politique pour la conquête du pouvoir.

Le marxisme est tout le contraire d’une « grille de lecture » : c’est une méthode scientifique d’enquête pour transformer le monde par le renversement de la domination (dictature) de la classe dominante, la bourgeoisie. Car le constat seul de l’existence de classes sociales en lutte n’est en rien un danger pour la classe dominante, elle s’en accommode par ailleurs très bien. Le marxisme est en fait une arme pour la classe dominée, le peuple-travailleur, de renverser le cours des choses, en imposant sa domination, sa dictature, pour mettre fin à la contradiction fondamentale de la société capitaliste : l’appropriation des richesses par une infime minorité de bourgeois, alors que c’est la majorité qui les produit et sait concrètement organiser la production.

Ainsi, comme l’affirmait Lénine un siècle auparavant, « celui-là seul est un marxiste qui étend la reconnaissance de la lutte des classes jusqu’à la reconnaissance de la dictature du prolétariat ». Ici, aucune question de « point de vue » ou de « grille d’analyse », mais d’actions et d’organisation des colères et des espoirs de millions de travailleurs et de travailleuses, qui ne demandent qu’à changer de société, qu’à changer le monde.

Jim


1 Soit dit au passant, il l’affirme après avoir dit que sa manière de décrire le capitalisme et le communisme n’est pas « objectif », mais « c’est honnête déjà parce que je ne suis pas militant » : comme si être militant relevait de la malhonnêteté !