Appel à témoignages de volontaires du service militaire
Communiqué du secrétariat de l’UJC

30 ans après la suspension du service militaire obligatoire en 1996, l’État français a annoncé l’instauration d’un service militaire volontaire effectif dès l’été 2026. Il est prévu que ce service militaire puisse accueillir jusqu’à 3 000 volontaires pour la première année, augmentant progressivement jusqu’à 50 000 volontaires par an à partir de 2035. Cette instauration du service militaire volontaire a également été l’occasion pour l’État français de rappeler la possibilité de la réintroduction du service militaire obligatoire dont le retour est envisagé “en cas de crise majeure”.
L’introduction de ce service militaire volontaire qui fait suite à l’introduction du Service national universel – comme nous l’avions prévu dès l’introduction de ce dernier – pose la nécessité d’établir une position claire non seulement à son égard, mais également à l’égard de l’intervention politique au sein de l’armée.
Nous rejetons les positions binaires et simplistes selon lesquelles le service militaire et l’armée devraient être entièrement opposés et rejetés ou bien acceptés et approuvés sans conditions. Au contraire, nous affirmons que le service militaire ne peut être rejeté dans l’absolu mais doit être conditionné à plusieurs modalités claires pour pouvoir devenir une arme pour la classe ouvrière et les secteurs populaires dans leur lutte et leur résistance au capitalisme. De même, le rôle et la composition sociale de l’armée impliquent que l’intervention politique en son sein ne peut être rejetée, mais il s’agit de savoir envers qui et comment y intervenir. Cela est d’autant plus important dans un contexte où les États de l’impérialisme se militarisent inéluctablement.
1. Contre un service militaire subordonné aux intérêts bourgeois, pour une instruction militaire gratuite, sans distinction, universelle et sans mobilisation
Nous nous opposons fermement au service militaire promu par la bourgeoisie nationalement comme internationalement, comme c’est le cas de ce nouveau service militaire volontaire. Nous dénonçons notamment que ce service militaire volontaire, qui vise à renforcer l’armée française pour ses plans impérialistes, ne s’adresse qu’aux jeunes en profitant de la précarité de notre jeunesse populaire pour le présenter comme un simple “tremplin pour l’emploi” et nous promettant de “reprendre confiance et repartir avec un emploi” à son issu ; nous dénonçons également que les volontaires du service militaire soient inscrits dans la réserve de l’armée à son issu, c’est-à-dire mobilisables pour les guerres menées par l’État français. Plus généralement, nous refusons toute mobilisation des conscrits pour les guerres de l’impérialisme et à l’étranger, ainsi que toute instruction militaire payante ou excluant certaines parties des travailleurs et travailleuses, selon le genre ou l’âge par exemple. Sous le capitalisme, l’État et l’armée constituent des instruments de domination de la bourgeoisie ; aucune des mesures proposées dans ce cadre et par les différents partis bourgeois ne peuvent promouvoir les intérêts populaires.
En revanche, nous reconnaissons l’importance de conquérir par la lutte de classe une instruction militaire pour la classe ouvrière et les secteurs populaires. Si la bourgeoisie française, comme beaucoup d’autres dans le monde, a progressivement réduit le temps de service militaire jusqu’à le suspendre, notamment à partir des années 1950, c’est que les leçons de l’histoire nous apprennent qu’une classe ouvrière militairement entraînée et formée à l’usage des armes peut être extrêmement dangereuse pour le pouvoir bourgeois, comme le montre entre autres l’exemple des résistances antifascistes dans les années 1930 et 1940. L’instruction militaire, dans les différents États de l’impérialisme, est donc réduite ou étendue selon les besoins militaires de la bourgeoisie dans le contexte national et international et les risques potentiels que son extension peut constituer ou non pour la bourgeoisie dans ce contexte.
Cependant, refuser toute instruction militaire “par principe” ou “dans l’absolu” revient à nous refuser à nous-mêmes cette instruction militaire – c’est nous soustraire de nous-mêmes à la connaissance militaire et tout ce qu’elle peut apporter dans la lutte des classes. Nous demandons à ceux qui tiennent cette position : comment mener concrètement et pleinement une “guerre à la guerre” en refusant toute instruction militaire quelle qu’elle soit, en nous désarmant nous-mêmes ?
C’est pourquoi, loin de rejeter le service militaire dans l’absolu, nous portons le mot d’ordre d’une instruction militaire entièrement gratuite, sans distinction ni discrimination, universelle (de genre, d’âge, etc.) et sans mobilisation. Nous rejetons tout service militaire qui ne correspond pas à ces critères.
Nous luttons contre un service militaire subordonné aux intérêts bourgeois aux dépends de la classe ouvrière et de sa jeunesse, tout autant que pour l’instruction militaire de la classe ouvrière dans les conditions décrites. Ce combat ne peut être gagné que dans les luttes, et ses victoires maintenues tout autant par la lutte de classe.
Porter ce mot d’ordre implique en revanche de comprendre comment le service militaire volontaire peut également être un outil pour la bourgeoisie de se rallier une partie de la classe ouvrière et des secteurs populaires à ses plans bellicistes et comment le contrer. Il implique également de comprendre pourquoi des personnes issues de la classe ouvrière et des secteurs populaires – jeunes ou non – s’enrôlent dans l’armée, et donc de comprendre la composition sociale de l’armée afin d’y intervenir.
2. Comprendre l’armée pour y intervenir
Si beaucoup d’organisations rejettent toute intervention dans l’armée, nous comprenons qu’une partie de nos frères et sœurs de classe s’y trouvent enrôlés – sans nécessairement de conviction pour l’État bourgeois ni la guerre elle-même – et qu’un tel rejet revient à les abandonner entièrement à toute la machine de propagande et de formatage des esprits incluse dans le service militaire bourgeois et plus généralement dans l’ensemble de l’armée bourgeoise. Ces organisations, qui se proclament du communisme ou de la révolution sociale, démasquent leurs faux engagements pour le prolétariat et la révolution sociale par ce refus. Abandonner nos sœurs et frères de classe qui s’engagent dans l’armée leur permet de pouvoir continuer leurs vies sans se mettre en danger en s’accommodant ici et là des possibles sinécures de l’appareil d’État bourgeois et de maintenir une posture en apparence « radicale » mais en réalité dogmatique.
Nous savons en effet, comme nous l’avons déjà analysé dans des articles de notre journal La Relève, que beaucoup de jeunes de la classe ouvrière et des secteurs populaires s’enrôlent dans l’armée par nécessité économique et que le besoin de trouver un emploi est la première raison de cet enrôlement. C’est justement pour cela que la propagande autour du service militaire volontaire instauré par l’État français s’axe autour du retour à l’emploi. Plus généralement et déjà avant ce service militaire, la propagande de l’armée envers la jeunesse use toujours d’arguments sociaux et économiques, nous promettant un “avenir”, une “seconde chance” ou de “retrouver confiance” face aux difficultés socio-économiques auxquelles nous faisons face au quotidien. Les militaires du rang (c’est-à-dire les soldats non officiers) sont d’ailleurs la frange de l’armée où la classe ouvrière et les secteurs populaires sont les plus représentés, et beaucoup signent d’abord pour le salaire, les avantages et de meilleures conditions de vies. À l’inverse, les officiers sont organiquement liés au capitalisme et son État – environ 80% sont issus de la bourgeoisie elle-même et des grandes écoles militaires. Or, ce sont ces militaires du rang que nous nous devons également de conscientiser et d’organiser, plutôt que de les abandonner et les laisser sans armes politiques face à leurs officiers en brandissant faussement le drapeau de l’anti-militarisme.
L’intervention dans l’armée doit justement avoir des fins anti-militaristes, qui ne peuvent être atteintes sans y intervenir. Se refuser d’intervenir dans l’armée, y compris via l’objection de conscience, revient à la laisser commettre guerres et massacres dans le monde sans lui opposer aucune résistance interne réelle. Il s’agit également, fondamentalement, d’une forme d’individualisme petit-bourgeois, comprenant la liberté et la démocratie non comme celle à construire largement et collectivement pour renverser la bourgeoisie, mais une liberté individuelle de ne pas être contraint par une hiérarchie ou une discipline, d’avoir le droit de refuser une guerre ou une autre comme si les guerres inévitables de l’impérialisme se refusaient et se combattaient par l’objection et le refus individuels et isolés.
C’est pourquoi, en plus de notre mot d’ordre sur l’instruction militaire, nous affirmons la nécessité d’intervenir dans l’armée et défendons les droits démocratiques des conscrits, le droit à discuter les ordres hiérarchiques, la création de syndicats dans l’armée, la lutte contre toutes formes de discriminations et de violences au sein de l’armée et des conscrits (patriarcales, raciales, etc.).
Nous savons que la Commune de Paris a été possible car la garde nationale parisienne était composée d’éléments populaires ayant reçu une instruction militaire et était ralliée aux intérêts de la révolution sociale, que la Révolution socialiste d’octobre 1917 a été victorieuse entre autres car le Parti bolchevique était implanté parmi les soldats dans l’armée, que les résistances antifascistes n’auraient pu être victorieuses sans instruction militaire. Celles et ceux qui se refusent à toute forme d’instruction militaire et à toute forme d’intervention dans l’armée, en particulier dans le contexte actuel de militarisation généralisée des États de l’impérialisme, peuvent s’abstenir des grandes phrases sur la révolution et sur la guerre à la guerre.
3. Appel à témoignages des volontaires du service militaire
Face à la nature de ce service militaire volontaire et à toute la propagande l’entourant, nous appelons les futurs volontaires du service militaire à nous faire part de témoignages sur la réalité de ce service militaire volontaire et de l’armée française – comme des cas de violences ou de discriminations subies en son sein. Ces témoignages permettront notamment de démasquer la propagande de l’État français autour de son armée et de porter les mots d’ordre sur l’armée que nous avons décrits. Ces témoignages seront aussi l’occasion de développer la connaissance et les liens de notre jeunesse et son Parti Communiste Révolutionnaire de France dans l’armée.
Ces témoignages pourront être envoyés à notre adresse : unionjc@proton.me. Ils pourront être rendus publics anonymement sur approbation de leurs auteurs ou autrices.
