ArticlesLa Relève

La Relève : Paris, ruine olympique

Le 16 septembre Paris se voyait attribuer l’organisation des Jeux Olympiques (JO) 2024 dans la session du Comité International Olympique qui s’est déroulée à Lima (Pérou). La nouvelle n’a surpris personne, y compris la maire de Paris Anne Hidalgo malgré l’effort qu’elle avait fait lors de l’annonce pour nous faire penser qu’elle ne le savait pas d’avance. Elle frôlait ainsi le ridicule face à une réaction partagée entre l’enthousiasme naïf et l’indignation résignée face à l’élection de la capitale française.

Les médias bourgeois se sont vus alors payer les années de propagande interne pour faire accepter l’élection de Paris comme ville olympique. Ils ont ressorti la même batterie d’atouts que chaque métropole/ville olympique se doit d’avoir et ils l’ont adaptée à Paris : d’un coup Paris, autant que Londres ou même Rio de Janeiro, devient une ville définie par « l’art, l’architecture, la gastronomie, la culture, la mode, la musique » (ainsi Paris est définie sur la même page web de la candidature Paris 2024). Paris devient ainsi dans la propagande bourgeoise une ville spectacle, quelque chose dont la fonction principale est d’être observée, écoutée, voire goûtée et les JO donnent tant une « preuve » de cette caractéristique qu’une opportunité de la mettre en place. Ce grossier fétichisme s’ajuste au millimètre aux intérêts de la grande bourgeoisie qui est, de loin, celle qui tirera le plus grand profit de l’événement. Les JO sont ainsi une occasion exceptionnelle pour le grand capital de générer des profits notamment sous la forme des « partenariats » avec les organismes publics. Le fameux partenariat peut être juste une sponsorisation ou bien une relation plus approfondie en termes de fourniture de biens ou de services. Les infrastructures restent toujours le marché le plus appétissant de chaque JO. Comme exemple, en 2011 à Londres a été ouvert le plus grand centre commercial d’Europe, le Westfield Stratford City, à côté de la ville olympique londonienne. Le Westfield Group, d’origine australienne, était le propriétaire de la totalité du capital de ce macro-centre commercial jusqu’en 2010 (où des groupes d’investissement hollandais et canadiens ont acheté chacun 25%, Westfield conservant 50%). Le groupe australien était en même temps un des « partenaires » de l’organisation des JO. Cette condition a permis à ce groupe spéculateur de faire des recettes millionnaires sur l’immobilier, ainsi qu’aux capitaux commerciaux de toute provenance qui sont venus profiter de l’occasion de faire des affaires sous la couverture des JO.

Un autre exemple d’utilisation des JO comme alibi des capitalistes pour extraire des plus-values millionnaires est le cas des travaux de réaménagement du fameux stade Maracana à Rio de Janeiro. Le conglomérat brésilian Odebrecht avait « gagné » le concours pour le chantier de rénovation du stade, ainsi que la construction d’un centre commercial adjacent, un juteux contrat public d’un total de 420 millions de dollars. Celui-ci incluait aussi 35 ans de concession pour l’exploitation de tout l’ensemble, sauf la période estivale où l’organisation de Rio 2016 prendrait le contrôle du stade. Aujourd’hui, le groupe veut rendre les infrastructures à l’État car il refuse de payer des dettes cumulées de seulement un million de dollars dont Rio 2016 serait responsable. Le manque de sens de la gestion capitaliste des infrastructures permet l’accumulation de plus-values stratosphériques par une poignée de capitalistes qui peuvent se débarrasser des actifs non rentables sans aucune crainte. Tout ceci est beaucoup plus clair si on tient compte du fait qu’Odebrecht est responsable d’énormes affaires de corruption où sont impliqués des hauts représentants de la classe capitaliste dans toute l’Amérique du Sud : le gouvernement Macri en Argentine, les fascistes Uribe en Colombie et Capriles au Venezuela, Peña Nieto au Mexique.. Et notamment dans l’affaire qui a servi d’alibi aux monopoles brésiliens pour écarter Dilma Rousseff de la présidence.

À son tour, Paris offrira aussi des opportunités au monopoles de faire des affaires colossales. D’un coup d’œil aux « partenaires » de l’organisation on trouve déjà plusieurs intégrants du CAC 40 prêts à participer à la distribution de plus-values : Accor, Bouygues Construction, BNP, Engie, LVMH, Orange, Suez et Vivendi sont parmi les « partenaires » du CAC 40 qui se verront octroyer des places prioritaires dans la distribution des capitaux en jeu dans l’organisation des JO. D’autres monopoles capitalistes français tels que le groupe Caisse de Dépôts, Elior, JCDecaux, La Poste, la SNCF ou la RATP auront aussi leur place garantie. Le marché des JO le plus important est « l’accélération » de la construction du réseau de transport « Grand Paris » qui devient selon certains un besoin après la nomination de Paris comme ville olympique. La SNCF, la RATP et d’autres grandes sociétés de construction, infrastructures et services seront concernées par cet énorme chantier et sa gestion postérieure. Les travaux d’amélioration et d’adaptation des infrastructures aux normes du CIO, ainsi que les services de publicité, nettoyage, catering, etc., les droits de diffusion, et l’énorme marché commercial que représente le public attiré par les JO sont des marchés très succulents que les capitalistes ne négligeront pas.

Les JO sont ainsi devenus des symboles de la perversion capitaliste du sport. Jamais, depuis le début de l’ère olympique, les JO avaient été une pure célébration sportive et les enjeux politiques et économiques ont toujours marqué leur célébration. Mais comme c’était prévisible, ils sont devenus des événements de plus en plus capitalisés dont l’objectif de produire des profits pour la grande bourgeoisie prend de plus en plus le dessus sur la célébration sportive, sur les valeurs du sport et du dépassement de soi. L’histoire récente des JO démontre que les peuples n’ont rien à gagner de leur célébration. Au contraire, ils ne sont qu’une source de profits pour les capitalistes, dont l’implication aux événement sportifs est aussi opportuniste que la propre nature du capital. Les énormes flux de capitaux produits par les JO ne serviront pas à la classe ouvrière, à la jeunesse et aux secteurs populaires parisiens, mais aux capitalistes. Les bâtiments sportifs, mégalomanes et coûteux en construction et entretien, ne s’ouvriront pas au peuple et seront abandonnés dès que les JO seront finis, laissant des énormes coûts en entretien et des dettes publiques à payer avec le travail et les taxes des travailleurs. Les transports étendront peut être leur réseau à des nouvelles zones dont des quartiers populaires, mais la gestion capitaliste maintiendra, entre autres, leur prix prohibitif pour un salaire de base. Le marché qui représentera les visiteurs de l’été 2024 à Paris viendra aider les grands conglomérats commerciaux établis dans les « zones chaudes » et non le petit commerce périphérique qui verra sa position encore plus affaiblie.

 

La conclusion est claire : les JO ne profiteront qu’à la grande bourgeoisie et aux monopoles français et étrangers. La classe ouvrière, particulièrement la classe ouvrière parisienne, n’a rien à gagner de ces JO ni du sport événementiel et consumériste que le capitalisme a engendré. De même pour la jeunesse, la bourgeoisie et son État trouvent plus utile de financer ces JO plutôt que la construction de nouvelles infrastructures sportives accessibles à toutes et tous, ou encore le financement d’aides supplémentaires (exemple du PASS’SPORT) pour les jeunes issu.e.s des familles défavorisées. Les travailleurs.ses et la jeunesse ne trouveront un sport adapté à leurs intérêts et leurs besoins qu’une fois que la classe ouvrière aura pris le pouvoir en ayant renversé le capitalisme.

Sélection en Master : la remise en question du droit à l’éducation

En octobre 2016, les organisations syndicales étudiantes, le ministère de l’éducation et les présidents des universités ont conclu la mise en vigueur de la sélection en Master 1 à partir de cette rentrée 2017. Malgré les divergences, le consensus a porté sur la remise en cause du « droit à l’éducation » de la jeunesse étudiante en France afin de combler le « vide juridique » au regard de cette matière. En d’autres mots, la garantie de la cohérence de la légalité bourgeoise demeure une des sources des mesures profondément réactionnaires et élitistes au niveau de ce qu’on entend par « services publics ».

Désormais, l’accès en Master 1 n’est plus « automatique » et les étudiants ayant en main leur Licence devront candidater au Master 1 de leur choix. Ceci dit, la rentrée en M1 dépend des résultats à l’issu d’un examen de dossier ou d’un concours. En revanche, en cas de refus, les étudiants pourront faire recours au « droit à la poursuite d’études », cadre dans lequel, une fois avoir contacté le recteur de la région académique, ce dernier aura l’obligation de faire trois propositions d’admission dans un master au candidat. Pour autant, rien n’est certain quant à l’issu des candidatures postérieures. Par ailleurs, pas tous les étudiants faisant objet de refus pourront faire recours à ce « droit ». Au contraire, l’une des conditions est d’avoir un diplôme national de licence. Ainsi, sont radicalement exclus les étudiants détenant un grade de licence (travail social, comptabilité et gestion, infirmier…). Donc, malgré le processus de reconnaissance mis en marche par l’État vis-à-vis de ces diplômes il y a quelques années, actuellement leur statut ne leur permet pas d’exercer ce nouveau « droit ».

Ainsi, cette mesure porte en soi les traits de l’exclusion sociale et de l’élitisme de l’enseignement public. En effet, seuls les meilleurs étudiants seront acceptés au sein des Masters de leurs choix. Parmi eux, la jeunesse étudiante issue des couches populaires et de la classe ouvrière peine à gagner sa place à l’université tout en se voyant forcée à travailler en parallèle de ses études pour financer sa vie étudiante et satisfaire ces besoins matériels.

De plus, l’augmentation des procédures administratives à suivre participent de l’augmentation des incertitudes du côté des étudiants concernés. En même temps, cette mesure exige des étudiants, comme dans le marché du travail, une « mobilité flexible » : effectivement, l’étudiant faisant recours au « droit à la poursuite d’études » est censé s’adapter aux propositions faites par le recteur. Il s’agit donc d’une mobilité contrainte qui ne tient pas compte ni les choix ni les contraintes économiques et personnelles des étudiants candidats.

Cette mesure est donc en cohérence avec le système capitaliste dans lequel s’encadrent les pouvoirs et services publics. Parmi les arguments soutenant la sélection en Master 1 on retrouve ceux portant sur les coûts induits par une augmentation des étudiants supplémentaires en Master. Cette mesure est absolument nécessaire si l’on est dans la quête de la réduction du déficit public : elle est encadrée par le Plan de Bologne qui fonde la qualité de l’enseignement et de la formation sur des principes d’adaptabilité aux besoins des entreprises.

Cela dit, les droits sociaux, ainsi que les services publics devant garantir leur concrétisation, sont loin d’être assurés à l’intérieur des marges du capitalisme. Leur statut est variable en fonction de la conjoncture sociale et économique, laquelle dépend directement du rapport de force entre travailleurs et capitalistes. Si ces services existent, ce n’est pas de la bienfaisance de la part des capitalistes : ils sont nécessaires dans l’atténuation du conflit entre le capital et le travail. Ainsi, rien n’empêche qu’ils soient l’une des variables d’ajustement dans le cadre d’une perte de bénéfices par les patrons capitalistes.

De même les règles définies par l’Union Européenne (UE) établissent des seuils à respecter en matière de financement public et ce pour garantir le bon fonctionnement de la machine capitaliste et les prérogatives des classes sociales dominantes. Tout cela pour répondre aux intérêts de monopoles et réguler les taux de profit à l’intérieur de l’UE, machine servant les capitalistes plus que les étudiant.e.s.

Face à cette situation, les étudiant.e.s sont appelé.e.s à se mobiliser, à s’organiser pour défendre leurs droits dans chaque université, à lutter pour une éducation gratuite et de qualité, et au service du peuple travailleur.