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La Chine dans la recomposition du système impérialiste

La Chine, pourtant premier foyer du Covid-19 avec plus de 3200 victimes mortelles à ce jour, est aujourd’hui en train de sortir de la crise sanitaire. Le nombre de personnes touchées diminue progressivement et les décès provoqués par le virus n’ont quasiment plus lieu. La gestion de crise exemplaire dans ce pays, avec notamment la construction de plusieurs hôpitaux en quelques jours et dès le début de l’épidémie, a provoqué des réactions enthousiastes de certaines organisations du mouvement communiste. On y vante les avantages du système prétendument socialiste chinois, en faisant de ce dernier un exemple d’alternative au système capitaliste.

Mais l’État chinois et son économie ne sont en rien socialistes. Les organisations et partis politiques qui prétendent l’inverse induisent en erreur le peuple-travailleur et sa jeunesse. Si la Chine est dirigée par le Parti Communiste Chinois (PCC) et possède un drapeau national rouge, ce ne sont que des éléments purement symboliques, repris par les puissances impérialistes occidentales concurrentes pour cataloguer le pays dans « l’axe du Mal ». Il faut ajouter à la dimension symbolique le fait que les milliardaires chinois sont nombreux (304 selon le classement Forbes) et ils contrôlent des empires industriels et financiers et certains d’entre eux sont présents dans les instances les plus hautes de l’appareil d’État chinois et au sein du PCC. Il est donc difficile de parler d’un État socialiste quand celui-ci est dominé par des intérêts privés et monopolistes. Malgré son nom et sa couleur officielle, le PCC est aux mains du capital monopoliste chinois dont il défend les intérêts y compris sur la scène internationale.

La concurrence internationale actuelle n’oppose pas ici un pays socialiste à des pays capitalistes, mais bien des puissances impérialistes entre elles. La Chine est un État totalement intégré dans le système impérialiste mondial : elle cherche à obtenir une position dominante au sein de ce système et entre en concurrence ouverte avec des puissances impérialistes comme les États-Unis et le Japon.

La guerre économique entre la Chine et les États-Unis qui animait l’actualité jusqu’à la crise du Covid-19, souligne surtout les contradictions inter-impérialistes entre les deux plus grandes puissances économiques dans le monde. Cette guerre économique s’explique par les investissements de plus en plus accrus de la Chine et de ses sociétés multinationales dans les différents États du monde entier, y compris les États-Unis. L’élément déclencheur des sanctions américains à l’encontre de la Chine réside dans le fait que les investissements chinois dans l’économie américaine ont dépassé les investissements américains en Chine, sans oublier que cette dernière est le plus grand détenteur de la dette américaine. À l’international, et en particulier en Asie du Sud-Est, les monopoles chinois sont devenus les concurrents directs des monopoles américains et la crise ne fait qu’accentuer la recomposition des positions des impérialistes.

La crise du Covid-19 peut en effet être un moyen pour la Chine de se positionner dans le système impérialiste mondial. Dès aujourd’hui, elle est la première à relancer sa production pendant que ses concurrents occidentaux s’engouffrent dans le chaos de la progression du virus qui a des répercussions sur les profits et sur la pérennité de certaines firmes transnationales occidentales.

Ainsi l’endiguement efficace du virus en Chine n’est pas le fruit d’un prétendu système socialiste, mais bien d’une puissance impérialiste en expansion capable de mobiliser d’énormes ressources, notamment humaines. Dans les prochaines semaines, la Chine semble pouvoir prendre une avance significative sur ses concurrents. Même si son économie, intégrée à l’économie mondiale, ne pourra pas pleinement s’épanouir avec une grande partie du marché mondial bloqué, la Chine a toutefois la possibilité de relancer la production au niveau national, d’accroître son potentiel militaire (qui a dépassé la Russie et talonne désormais les États-Unis en matière de dépenses et d’arsenal), d’exporter des capitaux vers les pays de la périphérie impérialiste (Afrique, Asie) et se préparer à la conquête des marchés perdus par les puissances impérialistes occidentales.

Taras