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Déconfinement : non à la mise au travail forcée !

Depuis le 11 mai dernier, la France vit au rythme du plan de déconfinement élaboré par le gouvernement. Durant deux mois entiers, inégalités sociales ont été accrues, les violences policières nombreuses et le confinement a engendré des phénomènes de décompensations et des dépressions chez les travailleuses et les travailleurs. Pour beaucoup, le déconfinement sonne donc comme une libération, néanmoins les conditions dans lesquelles celui-ci s’opère posent plusieurs problèmes qui mettent en lumière les réelles motivations du gouvernement, alors que le virus est toujours en circulation.

En effet, la levée du confinement intervient trop tôt au vu de la situation sanitaire. Selon le bilan du ministère de la santé de la mi-mai, l’épidémie reste continuellement vivace et les structures de santé restent fortement sollicitées. C’est une épidémie qui connaît de fortes disparités sur l’ensemble du territoire, Mayotte, le Grand Est et l’Île-de-France étant les régions les plus fortement touchées par le Covid-19 (départements classés rouge). En Île-de-France, à la veille du déconfinement, l’épidémie restait active avec près de 200 hospitalisations chaque jour, soit 2,5 fois plus important que dans le reste de la France métropolitaine. Au 16 mai, cette même région dénombre plus de 8300 personnes hospitalisées dont plus de 900 en soins intensifs et 6694 décès au total. Concernant le Grand Est, les données de Santé Publique France du 13 mai dénombrent 3170 personnes hospitalisées dont 278 en soins intensifs et 3191 décès avec une surmortalité de 21% par rapport aux derniers chiffres. Les chiffres ont augmenté depuis et ils traduisent une vulnérabilité de la population face au virus : manque de moyens médicaux, maladies graves causées et amplifiées par la précarité et la pauvreté, etc.

L’épidémie peut donc repartir en l’absence d’une politique de généralisation des mesures de protection et de dépistage pour tous les travailleurs et les travailleuses (masques, tests). Mais les mesures adoptées par le gouvernement sont contradictoires avec la volonté déclarée de lutter contre l’épidémie. L’autorisation des circulations entre les départements verts et les département rouges font craindre une relance de la circulation du virus sur le territoire français avec l’apparition de nouveaux foyers d’infection et clusters. Dans une société ultra-mobile, comment envisager que les circulations du virus ne peuvent exister entre les départements et les régions ? La même question peut être posée pour les mois de janvier et de février, avec un attentisme du gouvernement alors que le virus était déjà présent sur le territoire. Ensuite, c’est la question des transports en commun qui pose problème : ils devront être utilisés pour le retour de la plupart au travail, créant de nombreux problèmes sanitaires dus au grand nombre de passagers et à l’extrême promiscuité des lieux aux heures de pointe, l’Île-de-France est exemplaire à ce titre. Ainsi, le port du masque est obligatoire, un siège sur deux est condamné et chaque voyageur est tenu de respecter la distanciation sociale grâce à un marquage au sol et sur les sièges. Mais la réalité est plus complexe que ces mesures prises, notamment par l’inégalité en terme de fourniture de masque, la plupart des travailleuses et des travailleurs ne disposent que de masques artisanaux et non conformes. Le nombre de nouvelles infections peut repartir à la hausse dans ces conditions, encore une fois causées par le gouvernement et le système capitaliste incapable de répondre sérieusement à l’urgence sanitaire.

Quant à l’éducation nationale, il a été décidé de rouvrir progressivement les établissements scolaires, hors enseignement supérieur. Le gouvernement, par la voix du ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, justifie cette décision par l’argument fallacieux selon lequel « il faut ramener les élèves décrocheurs à l’école ». Cette réouverture pose un très grave problème sanitaire parce qu’il est très difficile de faire appliquer les gestes barrières aux enfants. Les syndicats d’enseignants sont par ailleurs très inquiets. Le syndicat CGT Educ’Action refuse de suivre la position du ministre Jean-Michel Blanquer. Dans un tract, le syndicat affirme que ce dernier « ne s’intéresse qu’à l’aspect purement technique » alors que « la continuité pédagogique est avant tout une question humaine ». Le regroupement des élèves, des professeurs et des personnels au sein de l’établissement inquiètent les syndicalistes qui dénoncent une « réouverture imposée » faite « à marche forcée, prenant le risque de ne pas réunir les conditions de sécurité sanitaire des élèves et des personnels, de ne pas avoir de sens éducatif et pédagogique, de ne pas respecter les droits des personnels. » Selon les études de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), « les enfants sont exposés à un risque d’infection similaire à celui de la population générale [mais] sont plus susceptibles de devenir asymptomatiques ». La contribution des enfants dans la dynamique du virus reste ainsi une source d’inquiétude et l’ouverture des écoles est contestable.

En réalité, le déconfinement fut lancé uniquement dans l’intérêt du patronat et des monopoles capitalistes. Geoffroy Roux de Bézieux, actuel président du Medef, a mainte fois martelé que « le sujet numéro 1, c’est la reprise », précisant également que « la grande majorité des entreprises sont prêtes […] à accueillir les salariés ». Il faut dire que le coût de deux mois de confinement pour la France se chiffre à plus de 120 milliards d’euros pour l’activité économique et plus de 5 points de PIB en moins sur l’année 2020. La croissance sera de l’ordre de -8% et la dette attendra 115% du PIB selon le ministre de l’économie Bruno Lemaire, tandis que l’indice CAC 40 poursuit sa chute depuis la fin janvier. L’épidémie de Covid-19 a donc joué un rôle de catalyseur d’une nouvelle aggravation de la crise générale du capitalisme. Afin de contrecarrer ces phénomènes et préserver les profits, la bourgeoisie monopoliste n’a pas d’autres moyens que pressurer les salaires et les conditions de vie ainsi que casser l’outil industriel quand celui-ci voit sa rentabilité baisser. Le déconfinement est donc aussi en toute logique marqué par une intensification des attaques des monopoles contre le peuple-travailleur et sa jeunesse.

La montée du chômage et de la précarité n’a pas été étrangère à la crise sanitaire. En effet, certaines entreprises en ont profité pour licencier et la crise économique ne va qu’amplifier cette dynamique. Alors que le journal Le Figaro fait l’hypothèse d’un « tsunami de licenciements » inévitable à l’avenir, on peut voir que les réformes de l’assurance chômage vont dans le sens d’une diminution voire d’une suppression des allocations à destination des privés d’emploi. De plus, le confinement a privé de nombreux foyers de revenus et le chômage partiel n’est pas du tout suffisant pour beaucoup. La faim menace des couches du peuple-travailleur et sa jeunesse en France. Certains étudiants ont vu leur mode d’alimentation s’appauvrir, tandis que les demandes d’aides auprès du Secours Populaire et d’autres associations ont augmenté. Parmi les nouveaux demandeurs, se trouvent de nombreux salariés dont les revenus du chômage partiel ne suffisent plus pour faire vivre leur famille, d’autres qui étaient en CDD et se retrouvent sans emploi, des autoentrepreneurs, des femmes seules avec leurs enfants, des retraités et beaucoup de jeunes sans argent. Jusqu’alors, certains parvenaient plus ou moins à garder la tête hors de l’eau, mais la crise les a tous plongés dans la précarité alimentaire.

Tandis que les monopoles de la distribution ont organisé la spéculation sur les masques de protection, avec la complicité du gouvernement, les conditions de vie s’aggravent pour le peuple-travailleur et sa jeunesse. Nos droits démocratiques sont menacés et l’autoritarisme de l’État bourgeois se fait nettement ressentir. La crise sanitaire profite aux capitalistes et ces derniers entendent nous faire payer la crise.

Mobilisons-nous pour la défense et le renforcement des services publics : on veut plus de moyens pour la santé et la recherche scientifique, mais aussi les transports et l’éducation nationale ! Pour cela, les monopoles capitalistes doivent payer !

Mobilisons-nous pour la défense de nos droits sociaux et contre le « monde d’après » des capitalistes qui ne sera que destructions et privations !

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