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Provocations américaines en Asie : en marche vers la guerre ?

La venue de Nancy Pelosi à Taïpei, capitale de Taïwan, le mardi 2 août a rapidement provoqué la réaction de la Chine. En effet, cette dernière a décidé de lancer des manœuvres militaires à munitions réelles autour de Taïwan jusqu’au 7 août. Le 4 août, vingt-deux avions chinois ont pénétré la zone de défense aérienne taïwanaise et le lendemain des missiles chinois ont été tirés et ont atterris dans la ZEE (Zone économique exclusive – zone d’exploitation exclusive des fonds marins par un État) du Japon.

Hélicoptères militaires chinois, 4 août 2022

Si la venue de Nancy Pelosi cristallise les tensions et a provoqué une réaction rapide de Pékin, cela est dû à plusieurs éléments. Présidente de la Chambre des représentants des États-Unis (poste politique à haute importance après le vice-président des États-Unis), Pelosi est la porte-voix des violations des droits de l’homme par la Chine. Elle œuvre activement contre la Chine en rencontrant régulièrement les communautés taïwanaises et tibétaines et en 1991, elle a brandi une bannière sur la place Tiananmen en hommage aux morts de 1989. En se rendant à Taïwan, Nancy Pelosi est le plus haut responsable politique étasunien à réaliser un voyage diplomatique sur l’île depuis 25 ans.

Cette visite américaine à Taïwan fut décidée à l’occasion d’une tournée en Asie de Nancy Pelosi à la tête d’une délégation du Congrès. Elle a en effet visité Singapour, la Malaisie, la Corée du Sud, Taïwan et enfin le Japon. Mais Taïwan n’était pas mentionné publiquement. Et ceci dans un contexte de tensions croissantes entre la Chine et les États-Unis, à une époque où les monopoles capitalistes chinois sont en pleine croissance et en pleine expansion (en Afrique notamment), face aux monopoles étasuniens qui se recomposent sur les marchés internationaux (exportation du GNL – Gaz Naturel Liquéfié – en Europe notamment). Si Taïwan est revendiqué par la Chine depuis 1949 – année marquée par la proclamation de la République populaire de Chine par Mao Zedong et la fuite du parti nationaliste – cette visite démontre le soutien étasunien à Taïwan et la concurrence entre les deux pays impérialistes, dont les monopoles veulent se partager les marchés et les ressources. Taïwan détient en effet un capital dynamique : il s’agit du premier producteur de semi-conducteurs au monde, dans un moment de crise et de pénurie de ces matériaux indispensables notamment pour le secteur de l’automobile et celui des nouvelles technologies (l’île y possède des monopoles puissants). D’autre part, la Chine est dans le viseur étasunien parce qu’elle possède 65 % de la production mondiale de graphite, élément indispensable à la fabrication des batteries pour l’industrie automobile notamment.

Plus largement, et en comparaison avec la stratégie impérialiste étasunienne en Europe de l’Est (expansion de l’OTAN et livraisons d’armes), il s’agit pour Washington de provoquer ses concurrents au lieu d’attaquer en premier. Une stratégie efficace pour orienter l’opinion publique et se dédouaner des horreurs que commettent les États-Unis dans le monde. Les manœuvres chinoises peuvent toutefois être inquiétantes, l’ambassade de Chine en France a relayé les mots du Commandement militaire chinois le mardi 2 août, alors que les États-Unis ont déployés quatre bâtiments militaires dans les eaux territoriales taïwanaises : « Suivant de pied ferme l’évolution de la situation, nous sommes prêts au combat. Déterminés à enterrer tous les ennemis envahisseurs, nous remporterons une victoire après l’autre. » Il semble que l’impérialisme chinois soit déterminé à faire face.

Plus qu’un combat pour Taïwan, il s’agit d’un affrontement inter-impérialiste pour le partage des parts de marché et des ressources dans le monde. On ne saurait rappeler combien cet affrontement est une menace pour la paix et pour les peuples-travailleurs et leur jeunesse. C’est la conséquence d’un capitalisme en pourrissement dont il faut plus que jamais se débarrasser.

Jim