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Face à l’urgence climatique, renversons le capitalisme !

 

L’urgence climatique s’accentue. Cet été, comme les précédents, voit une aggravation des effets du dérèglement climatique et du réchauffement global sur les écosystèmes et notre environnement. Des inondations ont eu lieu au mois de juillet en Europe et particulièrement en Belgique, en Allemagne, au Luxembourg et aux Pays-Bas. Plus de 187 114 incendies ont fait des ravages dans le monde entier sur 138 680 foyers d’incendie l’été dernier, en Afrique subsaharienne, en Grèce, en Turquie, en Californie, et même en Sibérie. Il y a également eu la tempête Ida qui a dévasté les États-Unis et plus particulièrement la région de New York et la Louisiane, faisant ainsi plusieurs dizaines de morts, provoquant des inondations monstres ainsi que des destructions et rendant inutilisables des infrastructures. Des accords internationaux ont pourtant été adoptés par une majorité de pays dans le monde, comme le protocole de Kyoto en 1997 ou encore l’accord sur le climat lors de la Cop 21 en 2015, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Cependant, ils ne se sont pas accompagnés de résultats concrets en raison de l’absence de mesures coercitives et de l’opposition de certains pays parmi les plus polluants. Également, les « petits gestes » individuels comme le tri sélectif ou encore une consommation écoresponsable révèlent toute leur absurdité, leur mauvaise foi et leur indécence. Outre leur impact très largement insuffisant face à l’urgence climatique, ils stigmatisent les travailleurs précaires alors qu’ils ont des préoccupations plus vitales pour eux en tête. Les raisons du dérèglement climatique, à l’origine de la casse des écosystèmes et de la destruction de notre environnement, sont donc à rechercher ailleurs.

 

Tout d’abord dans un rapport publié en septembre 2020, l’ONG Oxfam a affirmé que « les 1 % les plus riches [de la population mondiale] sont responsables de deux fois plus d’émissions que la moitié la plus pauvre de l’humanité » de 1990 à 2015. Alors que ces 1% les plus riches sont responsables à eux seuls de 15% des émissions de CO2 cumulées, les 50% les plus pauvres sont responsables de seulement 7% des émissions de CO2 cumulées. Oxfam définit les 10 % les plus riches comme les individus dont le revenu annuel dépasse 35 000 dollars (30 000 euros) et les personnes appartenant aux 1 % les plus riches gagnent plus de 100 000 dollars (85 000 euros) par an. Selon ce rapport, le transport – aérien ou terrestre – représente la plus grande part des secteurs de consommation individuelle les plus émetteurs, surtout l’aérien. Ainsi les 10 % les plus riches du monde y consomment 45 % de toute l’énergie associée au transport terrestre, et quelque 75 % de toute l’énergie liée à l’aviation. De plus selon ce rapport, « l’Agence internationale de l’énergie a calculé que le marché automobile de luxe pour les véhicules tout terrain de loisir (SUV) était à l’origine de la plus forte hausse des émissions de CO2. » Et que dire également de l’impact écologique des yachts et des super-yachts ? Ils sont par exemple responsables de la destruction de posidonie, une plante à fleurs endémique en mer Méditerranée, qui joue un rôle déterminant dans la protection des plages et la formation du sable ainsi que comme source de nourriture pour différentes espèces pêchées. De plus, la posidonie compense les émissions humaines de dioxyde de carbone. En Corse, 20% des émissions humaines de gaz carbonique sont séquestrées par les herbiers de posidonie. L’impact des yachts et des super-yachts sur la posidonie, proportionnel à leur volume, est catastrophique sur cette plante à fleur de Méditerranée. C’est l’ancrage des navires qui est en cause dans leur destruction et il est d’autant plus catastrophique que la croissance des herbiers de posidonie est très lente, de l’ordre de quelques centimètres par an et donc un coup d’ancre mal placé constitue la destruction de plusieurs décennies de construction d’herbiers en quelques heures. Déjà les destructions ont été très conséquentes, comme par exemple dans la rade de Marseille où 90% des herbiers ont disparu. Oxfam préconise donc que « les gouvernements [envisagent] [d’]augmenter l’impôt sur la fortune, les taxes carbone sur les produits et services de luxe […], les jets privés ou les super-yachts ou des taxes sur les vols fréquents ou en classe Affaires… Mais aussi une tarification progressive étendue du carbone afin de financer par exemple l’extension de services sociaux universels. » Malgré leur intérêt, ce sont des propositions qui sont inapplicables sous le capitalisme.

 

Ensuite, le responsable du dérèglement climatique, c’est justement l’accroissement infini des profits à court terme dans un milieu toujours plus concurrentiel. Outre l’impact des industries, l’impact de l’agriculture est aussi à noter notamment avec la monoculture. Malgré que cette pratique permet de produire de grandes quantités de la même plante à moindre coût, elle entraine une érosion et une fragilisation des sols et affecte alors les écosystèmes naturels composés de micro-organismes, d’insectes ou de différentes espèces ayant chacun leur rôle à jouer. Aussi la monoculture étant très fragile face aux maladies et aux ravageurs, le recours massif aux pesticides et herbicides est nécessaire, affectant alors les sols. La monoculture est, en agriculture, la pierre angulaire d’une société globalisée, concurrentielle et perverse qui détruit toujours plus les écosystèmes et génère du gaspillage alimentaire au nom de l’accroissement des profits, tout en accentuant l’insécurité alimentaire. Pour éviter toute remise en cause d’ordre structurel, les entreprises, les États et les organisations internationales promeuvent la « croissance verte. » Ainsi l’OCDE définit la « croissance verte » comme la promotion de « la croissance économique et [du] développement tout en veillant à ce que les actifs naturels continuent de fournir les ressources et services environnementaux dont dépend notre bien-être. » C’est donc une vaine tentative de conciliation entre la nécessité de préservation des écosystèmes et de notre environnement d’un côté, avec la préservation de l’accroissement infini des profits et de la concurrence de l’autre. Ce concept est d’ailleurs sous le feu des critiques : ainsi l’économiste et maître de conférences à l’Université Sorbonne Paris-Nord Hélène Tordjman prend l’exemple des robots pollinisateurs qui démontrent « l’absurdité du monde contemporain où […] on tue des abeilles par des néonicotinoïdes […] et on invente des libellules robots qui vont venir polliniser les fleurs. » Il est aussi question de fabriquer de toutes pièces des micro-organismes n’ayant jamais existé pour produire de l’essence, du plastique voire absorber des marées noires. La croissance verte repose donc sur l’idée que la solution à l’urgence climatique se trouve dans la technique et l’ingéniosité plutôt que dans un changement d’ordre structurel. Pire encore, ce concept participe activement à accentuer la marchandisation du vivant. Clairement, tout est dit.

 

Pour la jeunesse travailleuse et étudiante, la lutte pour la préservation des écosystèmes et de notre environnement, condition sine qua non pour la sauvegarde de notre avenir sur le long terme, est une nécessité historique fondamentale aujourd’hui. Cependant, elle se fond dans le combat de classe du peuple travailleur contre le capitalisme, aux côtés de la lutte contre la précarité, la casse du code du travail, des salaires, de la retraite par répartitions, des conditions de travail et de vie, la vie chère, ainsi que pour les emplois, les services publics, les libertés démocratiques, la re-dynamisation du tissu industriel et la paix. Car le capitalisme n’est pas la solution, mais bien LE problème. Comme le démontrent les exemples soviétiques et cubains, c’est un mode de production fondé sur la propriété collective de tous les moyens de production et d’échange entre les mains de tous les travailleurs de la société et la planification centralisée et démocratique de la production qui fournit les conditions objectives à une politique de préservation des écosystèmes et de notre environnement. Ce mode de production, c’est le socialisme-communisme.

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