Alors que l’été approche, les emplois saisonniers reviennent comme d’habitude sur le devant de la scène médiatique bourgeoise. En effet, chaque année voit les mois de juin à août être le moment d’interviews et reportages vantant le mérite des travaux de saison dans le tourisme, l’agriculture, ou encore la restauration, comme un moment de « formation » ou « d’argent facile » pour notre jeunesse. Qu’en est-il dans la réalité ? Comment la jeunesse populaire participe à ce type d’emplois et porte-t-il tous les mérites vantés par la bourgeoisie et ses médias ?
Il convient d’abord de faire une différence entre un emploi saisonnier en tant que tel, et le contrat de travail saisonnier. Loin de n’être qu’un petit « job d’été », l’emploi saisonnier recouvre une réalité de tout un type de travaux nécessaires à la société. Ces emplois concernent les activités qui se répètent chaque année à la même période, en fonction des saisons : été comme hiver. Cela inclut par exemple les vendanges à l’automne, les emplois en station de ski l’hiver ou encore les renforts dans le tourisme l’été. Il peut donc s’agir de contraintes naturelles imposant un rythme saisonnier d’emplois, comme dans le cas de l’agriculture, ou bien de besoins de force de travail de différentes sections du patronat lors des saisons, comme dans le cas du tourisme. Le contrat saisonnier n’est quant à lui pas obligatoire pour ces emplois, le patronat pouvant passer par un CDD classique. Ce contrat ne donne pas droit à la prime de précarité et ne permet pas la requalification en CDI. Il peut être reconduit pour la saison suivante, et inclut un temps de travail possiblement plus long que la normale ainsi qu’une répartition plus avantageuse des jours de repos pour le patron (Par exemple, l’entreprise n’a pas l’obligation de deux jours de repos suivis hebdomadaires mais peut les séparer dans la semaine.)
La nécessité pour les monopoles et leur État de formaliser un autre type de contrat de travail indique une réalité passée sous silence : le travail saisonnier constitue en fait les moyens d’existence d’une partie non négligeable des travailleuses et travailleurs, ainsi que de notre jeunesse, pas un « passe-temps », pour se faire un peu d’argent durant l’été.
Selon une enquête de la DARES, division du Ministère du travail produisant des analyses, des études et des statistiques sur l’emploi, plus d’un million de personnes ont eu au moins un contrat saisonnier en France, hors Mayotte, entre 2018 et 2019 ( Dernière année des études les plus étendues sur le sujet à l’échelle nationale)
Plus d’un quart d’entre eux travaille dans l’agriculture où ils représentent un tiers de l’emploi, plus particulièrement dans la récolte des fruits et notamment lors des vendanges, une autre partie non négligeable se répartissant entre le tourisme, l’hôtellerie, et la restauration. Les travailleurs saisonniers sont des ouvriers non qualifiés à 90% d’entre eux et sont en moyenne âgés de 34 ans avec une forte proportion en dessous des 30 ans. En moyenne, un contrat saisonnier dure 2 mois, avec 55% de ces travailleurs qui complètent leur activité avec au moins un autre emploi salarié privé durant 12 mois, et 45% qui n’ont pas d’autre contrat durant l’année.
Pour la DARES, 270 000 travailleurs saisonniers étaient employés dans le secteur agricole entre avril 2018 et mars 2019, avec un recours plus intensif en juillet et en août, principalement pour la culture de légumes et de fruits, et en septembre pour la culture de fruits notamment de la vigne. Dans le secteur du tourisme, comptant la restauration et l’hôtellerie par exemple, la part de jeunes est encore plus grande avec un âge moyen de 24 ans pour l’été et 27 ans pour l’hiver. Dans ce secteur, c’est 77% des salariés qui vivent à l’année de ce type d’emploi. Quel intérêt aurait alors le patronat à taire cette réalité massive ? Pourquoi notre jeunesse populaire y est fortement intégrée ?
Concernant cette deuxième question, la réponse se trouve dans l’importance que jouent pour le patronat ces travaux saisonniers. Si l’on y a vu l’importance réelle du nombre de jeunes travailleuses et travailleurs, c’est en ce que les saisons et l’environnement continuent d’influencer une grande partie du travail social. Le cas de l’agriculture est le plus évident, dont l’exemple le plus connu est les vendanges. Si nous ne retenons que ce secteur comme exemple de l’importance du travail saisonnier, notons qu’à côté de milliers de petits viticulteurs, de grands vignerons et des monopoles se partagent les exploitations viticoles. Outre le monopole français du luxe LVMH, par sa division Vins et Spiritueux, qui possède 27 maisons et a généré 6 602 millions de ventes en 2023, la famille Pinault, via le monopole du luxe Kering, possède aussi son empire viticole et a uni ses forces avec la famille Henriot pour mettre en commun leurs domaines viticoles respectifs au sein d’un nouvel ensemble. Pensons également au monopole des assurances Axa qui a également investi dans la production viticole et le groupe Dassault, via sa filiale « Dassault Wine Estates », possédant 3 maisons et étant très présent dans le secteur. Si la jeunesse est fortement intégrée au travail saisonnier, c’est parce que ce secteur n’est pas négligeable pour les monopoles d’un point de vue économique et qu’il nécessite une force de travail s’adaptant aux saisons, ce qui est particulièrement le cas des jeunes en études.
Si la bourgeoisie a pourtant intérêt à taire cette importance ou à la romantiser et à l’euphémiser, c’est en raison de sa violence. Une violence d’abord sociale, comme nous l’avons vu plus haut concernant les contrats saisonniers, mais aussi dû à une faible syndicalisation dans ce secteur. La violence des travaux saisonniers touche par ailleurs les couches les plus précaires de notre classe et
notre jeunesse. Nous pensons particulièrement à la situation particulière des travailleuses et travailleurs immigrés : qu’ils bénéficient d’une carte de séjour de travailleur saisonnier ou qu’ils soient sans-papiers, la situation est inextricable. Les premiers ne pourront être résidents français, même si leur principale activité économique se trouve en France 6 mois sur 12. Les seconds ne pourront être régularisés par le biais du travail, puisqu’il est illégal de les employer comme saisonniers. Le patronat use donc volontairement de cette situation d’extrême précarité permise par le travail saisonnier pour employer massivement des travailleuses et travailleurs possédant d’autant moins de capacités juridiques et sociales de se défendre. En guise d’exemple de cette importance, notons qu’en 2022, la direction générale des étrangers en France (DGEF) a délivré 22 000 autorisations de travail saisonnier à des étrangers hors Union européenne.
Face à cette réalité, seul le socialisme-communisme permet et a déjà permis une meilleure organisation des emplois impactés par les saisons en liquidant l’exploitation capitaliste. Les nouveaux rapports de production socialistes en URSS avaient fait que la journée de travail se divisait alors en travail pour soi et en travail pour la société, c’est-à-dire pour l’investissement productif et les besoins sociaux et collectifs (santé, éducation, logement, transport, accès à la culture et aux loisirs, etc.), et non un temps de travail imposé selon les besoins du patronat pour ses seuls intérêts et son profit privé. Aussi, la connaissance scientifique put se développer et servir les besoins populaires, comme l’exemple des stations machines-tracteurs le démontre dans l’agriculture, exemple d’une véritable organisation rationnelle de tout un pan de travaux.
Aujourd’hui, nous portons la syndicalisation professionnelle pour la jeunesse intégrée à ce secteur, ainsi que la double adhésion professionnelle et étudiante pour la jeunesse étudiante en travail saisonnier. Nous militons également et notamment pour une réelle organisation de l’emploi et du travail en fonction des besoins populaires et de l’environnement, la fin du chômage et de la précarité par une répartition juste et équitable du travail en fonction de ces besoins et des possibilités de chacun et chacune, un salaire à la hauteur du travail fourni – autant de revendications qui ne peuvent trouver leur application pleine et entière que sous un mode de production socialiste.

