
Fin janvier 2026, le Parti Communiste Révolutionnaire de France a lancé le dernier volet de sa campagne « Accusons le capitalisme » : pour l’émancipation des femmes et des personnes LGBT+, contre les oppressions patriarcales. Elle complète les autres volets de cette campagne : pour nos emplois, contre la vie chère, pour la santé, pour nos libertés et droits démocratiques, pour la paix, pour l’environnement.
À propos de cette campagne « Accusons le capitalisme » pour l’émancipation des femmes et des personnes LGBT+, contre les oppressions patriarcales :
Ces dernières années, nous voyons, sous le capitalisme en crise, le patriarcat raffermir son oppression des femmes et des personnes LGBT+ :
- En 2025, 158 femmes ont été tuées en raison de leur genre en France, chiffre le plus élevé depuis 10 ans.1
- En France, une femme sur deux a subi une violence sexuelle ; plus d’une personne LGBT+ sur deux a subi une agression ; 85% des personnes transgenres ont subi une agression.
- Les inégalités de carrière et de salaire persistent : les métiers exercés par les femmes sont souvent les moins bien payés : ainsi, à temps de travail égal, les femmes gagnent 16,8% de moins que les hommes ; à temps de travail et métier identiques, les femmes gagnent 5,8% de moins que les hommes.
- Parmi les personnes en emploi, 25 % des femmes occupent un emploi à temps partiel contre seulement 7 % des hommes2.
- Les centres de santé sexuelle disparaissent progressivement des territoires, rendant de plus en plus difficile pour les femmes l’application concrète de leur droit à l’avortement, alors même que les politiques français fêtaient avec hypocrisie sa constitutionnalisation. De plus, les subventions d’organismes comme les plannings familiaux baissent significativement dans de nombreux départements.
- Les services publics de la santé continuent à voir leurs moyens diminuer3: ce ne sont pourtant pas les besoins en santé qui diminuent, au contraire, et les femmes se verront en conséquence plus à risque d’être l’aidant d’un proche.
- Les places en crèches sont insuffisantes et très inégalitaires, les quartiers pauvres étant souvent les moins bien couverts : ainsi, 56 % des parents gardent eux-mêmes leurs enfants, alors qu’ils ne sont que 36 % à souhaiter le faire. Cela cause souvent une interruption partielle voire totale de l’activité d’un des parents pour s’occuper de l’enfant, ce parent étant très souvent la mère. Le manque de moyens dans les crèches précarise également les travailleurs et travailleuses de ce secteur, qui sont majoritairement des femmes.4
- Les associations de femmes et de personnes LGBT+ suffoquent de plus en plus sous le manque de financements, alors qu’elles apportent des conseils juridiques, des accompagnements sociaux et une solidarité dont ont besoin ces personnes.
- Loin d’être éradiquée, la prostitution perdure en France : selon les dernières estimations officielles, 40000 personnes, dont une écrasante majorité de femmes, seraient en situation de prostitution en France. Depuis 2021, le nombre de mineures victimes de proxénétisme a augmenté de 14 % et la hausse atteint 107 % pour le nombre de mineures « victimes d’un achat d’actes sexuels ».
Plus généralement, la crise du capitalisme et la fascisation de la société tendent à renforcer la division sociale genrée du travail, attribuant à la femme le travail reproductif au sein du foyer. Idéologiquement, cela donne également naissance à des courants et mouvements réactionnaires, comme le mouvement Tradwife (qui glorifie et idéalise le rôle de la femme au foyer) et le courant masculiniste (qui tend notamment à considérer la supériorité physique et intellectuelle de l’homme sur la femme et à renvoyer cette dernière à son rôle reproducteur). Concrètement, cette année, une étude a ainsi montré que les hommes de moins de 25 ans toléraient plus facilement les violences patriarcales.5
La crise du capitalisme et la réaction sur toute la ligne sous l’impérialisme se traduisent non seulement par une exploitation salariale renforcée, par un renforcement de l’assignement des femmes au travail reproductif, mais également à un renforcement de la famille cishétérosexuelle (= couple homme et femme, dont le genre est en accord avec celui donné à la naissance) et des normes de genre.
Cette situation concernant la place des femmes dans notre société est une réalité historique qui, comme nous le constatons, persiste encore aujourd’hui. Les améliorations réelles qui ont lieu depuis le siècle dernier, toujours dues aux conquêtes gagnées par les luttes, restent relatives et précaires sous l’esclavage salarié.
Cette situation n’est en revanche ni une fatalité ni une réalité “de tout temps”, comme peuvent le faire croire l’idéologie dominante et les conceptions défaitistes. Elle trouve en effet sa source première dans l’organisation sociale et économique de la société, en particulier dans la division de la société en classes.
Originellement, au début des sociétés organisées, femmes et hommes étaient considérés comme égaux tant dans le travail et dans la famille que pour les prises de décision. Le travail était réparti selon les capacités objectives des individus sans prendre en compte la question du genre en tant que tel, les enfants étaient éduqués et élevés collectivement tant par les femmes que par les hommes, et les décisions étaient prises collectivement sans favoriser ni dénigrer l’avis des femmes ni celui des hommes.6
Cette situation égalitaire des femmes dans les premières sociétés humaines, dites du “communisme primitif”, car la division en classes et la propriété privée des moyens de production n’y existaient pas, s’est modifiée dès lors que, justement, cette propriété privée a émergé avant de provoquer l’apparition des classes sociales puis de l’État. C’est à ce moment de l’apparition de la propriété privée des moyens de production que l’oppression des femmes commença à apparaître : dès lors qu’elles ne donnaient plus naissance à des individus, mais produisaient de la main d’œuvre pour une classe dominante, dès lors que le travail se divisait au sein de la société, les femmes se sont vues progressivement exclues des tâches les plus à risque pour la grossesse jusqu’à être progressivement reléguées au foyer, à l’élevage des enfants et à l’entretien de l’homme. Cette division du travail a provoqué en corollaire l’infériorité sociale des femmes par rapport aux hommes : les femmes dans leur généralité ont ainsi été considérées comme naturellement et immuablement plus faibles que les hommes et moins capables que ces derniers, donc devant se soumettre à eux, justifiant idéologiquement la condition matérielle des femmes. Cette division genrée du travail et la domination masculine qui l’accompagne forment un système complet matériel et idéologique, le patriarcat.
Aujourd’hui, notre société, la société capitaliste à son stade impérialiste, est toujours divisée en classes : une minorité d’individus possède les moyens de production et d’échange (propriété capitaliste) et les organise pour augmenter continuellement son capital, tandis que la majorité est obligée de vendre sa force de travail pour pouvoir survivre. Dans ce contexte, le patriarcat reste bénéfique à la bourgeoisie : il permet la reproduction gratuite de la force de travail en maintenant le travail reproductif dans la sphère familiale et privée et en s’assurant que ce travail soit réalisé par les femmes.
Dans cette société, les améliorations de la condition des femmes, notamment durant le dernier siècle, ont été conquises au prix de longues et dures luttes de classes contre l’oppression des femmes. Mais comme nous l’avons vu, malgré ces améliorations, l’oppression des femmes perdure encore aujourd’hui et tend à s’aggraver. La bourgeoisie cherche, autant que cela lui est possible selon la conjoncture, à maintenir le patriarcat : et c’est pour cela que l’oppression des femmes persistera tant que le capitalisme n’est pas remis en cause et, plus largement encore, tant que la division de la société en classes persistera.
Ainsi, toute identité qui remet en cause cette division sociale du travail permettant le maintien de la propriété patriarcale et du travail reproductif gratuit des femmes est une menace pour la classe dominante qu’est la bourgeoisie. Les personnes LGBT+ subissent donc de plein fouet l’oppression patriarcale. En effet, les sociétés de classe et le patriarcat se fondent sur la famille nucléaire hétérosexuelle comme base organisationnelle de la reproduction dans la société de classes, unité économique de base qui a donc été érigée comme une norme immuable et “naturelle”, et au sein de laquelle, en régime capitaliste, la femme est exploitée. De même, le patriarcat se fonde sur une division stricte entre hommes et femmes, avec leurs caractéristiques biologiques et sociales propres, étanches et immuables, division qui est une construction permettant de justifier les rôles attribués à l’un et à l’autre. C’est pourquoi les personnes LGBT+ subissent comme les femmes l’oppression patriarcale, et donc l’oppression du capitalisme. Le combat contre l’oppression des femmes rejoint donc celui des personnes LGBT+ dans une lutte commune contre le patriarcat et le capitalisme.
Pour cette campagne Femmes et LGBT+, des articles, des tracts, des affiches, des pétitions, des actions, des réunions publiques, des collectifs, vont être mis à disposition. La campagne peut également être soutenue sur le site et en faisant des dons (66% de réduction d’impôts), en devenant actrice ou acteur de la campagne.
Nous appelons toutes et tous les défenseurs des droits des femmes et des personnes LGBT+, toutes celles et tous ceux qui luttent contre les oppressions patriarcales, à se rassembler autour d’axes de luttes tels que :
Travail reproductif
- Sur tous les lieux de vie, de travail et d’études : crèches, restaurations publiques, usines à linge, accessibles, de qualité et à la hauteur des besoins.
- Des centres aérés du soir et pour les vacances scolaires, offrant une éducation populaire, culturelle et sportive.
- Contrôle collectif des crèches par leurs travailleurs et travailleuses et les parents.
- Accompagnement collectif et organisé, social et sanitaire, des personnes dépendantes.
Violences sexistes et sexuelles (VSS)
- Éducation affective et sexuelle dès le plus jeune âge, et tout au long de la vie, en dehors des normes patriarcales.
- Création de comités de quartier et d’entreprises, de solidarité et de lutte contre les violences patriarcales, dont la prostitution, et contre les VSS au travail.
- Prise en charge à 100% des parcours de rétablissement des victimes.
- Prise en compte effective de la parole des victimes par la justice.
- Lutte effective contre la prostitution par l’organisation des femmes prises dans la prostitution et la lutte contre leur répression et contre le proxénétisme
Santé
- Accès libre et gratuit à tous les contraceptifs et protections sexuelles féminins et masculins ; développement de la contraception masculine ; liberté de choix pour les contraceptions définitives.
- Pas une maternité à plus de 30 minutes de transport de chaque de lieu de vie ; accompagnement médical de l’accouchement adapté selon les besoins.
- Des centres de santé sexuelle et d’avortement dans chaque hôpital public ; des hôpitaux publics gratuits et de qualité à moins de 30 minutes de transport de chaque lieu de vie.
- Retrait de la clause de conscience contre les avortements.
- Débinarisation (= prise en compte du sexe biologique dans les possibilités de sa diversité et non comme deux pôles étanches) des prises en charge et de la recherche médicale ; meilleure prise en compte des maladies dites féminines.
- Soins de transition accessibles et gratuits à toutes les personnes trans, à tous les âges.
- Fin des opérations et mutilations génitales imposées aux personnes intersexes.
Droits économiques
- Maintien de salaire en cas de temps partiel imposé par une naissance.
- Déconjugalisation (= attribution non pas au couple mais à chaque personne du couple) des aides sociales.
- À temps de travail égal, salaire égal.
- Promotions et évolutions de carrière selon les compétences, sans discrimination.
- Accessibilité effective à toutes les études et formations pour toutes et tous.
Droits administratifs
- Changement d’état civil libre, simple et gratuit, sur déclaration sur l’honneur de la personne.
- Reconnaissance juridique de toutes les familles sans distinction ni discrimination.
…
Sur toutes ces questions, nous appelons aux luttes multiformes extra-parlementaires et au rassemblement populaire. Cette campagne est un moment et un morceau de notre campagne générale “Accusons le capitalisme !”.
Il est nécessaire de relier chaque slogan, chaque mot d’ordre, chaque axe de lutte au socialisme, à la nécessité d’un front uni du travail dont l’axe général pour les femmes et les personnes LGBT+ fera partie intégrante, à côté d’autres, pendant tout une période historique de confrontation, un processus de luttes nationales et internationales qui prépareront la révolution anticapitaliste et la seule alternative à la crise générale du capitalisme : le socialisme/communisme.
Nous ne pourrons en effet nous émanciper sûrement et entièrement que dans une société qui mettra fin à l’exploitation salariale, aux classes et à la propriété privée des moyens de production. La socialisation du travail reproductif dans les États socialistes avait directement permis l’émancipation des femmes : en URSS, chaque usine avait une crèche accueillant les enfants des travailleurs et travailleuses sans limite de temps, ainsi qu’une cantine qui disposait des repas pour le midi et le soir à emporter. Le développement massif des centres de santé, sanatoriums et hôpitaux, permit aux femmes de s’émanciper de leurs rôles imposés d’aidantes. Au-delà des droits accordés aux femmes, la création des conditions matérielles permettant l’émancipation des femmes était donc également une priorité, cette émancipation réelle n’étant pas possible sans un réseau large, organisé et efficace de crèches, d’écoles, de cantines, d’hôpitaux, de maisons de retraite, etc. : le travail reproductif lui-même était socialisé, sous la direction de la planification démocratique et centralisée de l’économie7. Aussi, l’URSS était le premier pays au monde, à partir de 1917, à permettre aux femmes d’accéder, à égalité de salaires et dans les mêmes proportions, à toutes les fonctions possibles dans le monde du travail et de la politique (dès la révolution : droit au divorce, droit de vote, élues de soviets et tribunaux populaires, femmes ministres et ambassadrices, etc).
En plus des droits des femmes, l’État socialiste d’URSS a également été précurseur pour les droits des personnes LGBT+ : en décembre 1917, via la suppression de lois tsaristes religieuses, l’homosexualité a été dépénalisée pour la première fois ; dès 1926, il était permis aux personnes intersexes de changer de genre à l’état civil ; en 1976, le changement de genre à l’état civil est permis pour toute personne, sans nécessité de prouver une intersexuation ou une opération de réassignation sexuelle.8 Dans les États capitalistes, aujourd’hui encore, ces lois sont au pire inexistantes, au mieux très récentes : par exemple, il faut attendre 2016 et une lutte importante des personnes LGBT+ en France pour voir être promulgué le droit à changer de genre à l’état civil sans opération chirurgicale.
C’est uniquement en socialisant le travail reproductif que la base matérielle de l’émancipation des femmes et des personnes LGBT+ sera posée. Ne nous laissons pas avoir par les illusions que les candidats du capitalisme et leurs partis veulent nous vendre aux élections : ils ne défendront jamais nos intérêts. Nous n’avons pas besoin de compromis sur la dignité des uns ou des autres pour lutter pour la dignité de toutes et tous. Organisons-nous sur nos lieux de travail, d’étude et de vie contre le patriarcat, contre la société de classe, contre l’exploitation et l’oppression, contre le capitalisme source de tous les maux !

