
Editorial du numéro 193 du journal Intervention Communiste
L’intensification des rivalités inter-impérialistes a de graves conséquences pour les peuples du monde entier. Les contradictions inter-impérialistes s’aiguisent, stimulées par la rareté de certaines ressources naturelles et leur acheminement, par la concurrence et les désaccords sur les marchés déjà distribués et, fondamentalement, par les limites de l’économie capitaliste dans laquelle les monopoles voient leurs taux de profit maximum toujours disputés. Dans ce contexte, les guerres régionales se multiplient, font souffrir et mettent en danger tous les peuples. Dans la nouvelle guerre en Iran, les États-Unis et Israël, malgré toute leur puissance technologique et leur domination aérienne, cherchent une solution pour étendre la guerre.
Les impérialismes français et au sein de l’UE jouent leur partition…
La France et l’UE ne se sont d’abord pas alignées complètement sur l’agression états-unienne et ont préféré avancer leurs propres pions pour défendre leurs positions dans la région. La France a donc dérouté le porte-avions Charles de Gaulle et l’ensemble de ses navires opérationnels, consolidant son rôle de leadership marin, à l’opposé du Royaume-Uni, incapable d’envoyer son armada. Pas moins de 20 des 23 principaux bâtiments de la flotte de surface sont en mer et le groupe aéronaval français a également drainé des navires d’autres pays de l’UE. C’est pour la France une mobilisation inédite en temps de « paix », pour défendre en particulier les contrats et implantations des monopoles français, les voix de communications et les nombreuses alliances avec les pays du Proche et Moyen Orient, en plus de garder le contrôle sur la porte d’entrée que constitue le Liban pour l’Europe. Les situations concernant l’Ukraine, la Palestine ou le Groenland, ainsi que ce nouvel épisode iranien, poussent à surveiller une modulation des alliances impérialistes, qui se caractérisent par leur changement constant, leur volatilité ou leur grande variation. Il y a bien eu des réponses différentes, au sein de l’Union européenne, à la politique états-uniennes envers le Groenland, ainsi qu’à d’autres développements. Cela rappelle que les pays impérialistes de l’UE ont des intérêts commerciaux divers et sont très éloignés de la cohésion ou d’un Etat européen. Il est pathétique de voir que des forces dites communistes ne voient que des pays vassaux d’autres pays ou sous domination ou colonisation, comme la France avec l’Allemagne ou les États-Unis. Les opportunistes communistes comme les trotskystes ne comprennent pas la loi de l’inégalité de développement économique entre pays capitalistes, loi découverte par le marxisme, la variété des centres impérialistes anciens ou nouveaux et de leurs forces à la hausse ou à la baisse dans l’espace et dans le temps.
Pas d’illusion sur un gouvernement bourgeois quel qu’il soit…
Dans ces conditions, l’opportunisme de droite et de gauche tente de semer la confusion parmi la classe ouvrière, faisant passer certains gouvernements bourgeois pour des alliés du prolétariat. Ainsi, le rôle anti-ouvrier et antipopulaire des gouvernements bourgeois tels que ceux du Venezuela ou de l’Iran est blanchi. L’impérialisme (le capitalisme de monopoles), que ce soit dans des conditions « pacifiques » ou en temps de guerre, est un système qui approfondit l’exploitation des travailleurs à travers le monde, entrave le progrès social et détruit activement la subsistance et les droits sociaux du peuple, voire de leur vie, au bénéfice des profits des monopoles de chaque pays représenté par les classes bourgeoises qui forment les diverses alliances et blocs impérialistes. En 2025, la France se place sur le podium du nombre de millionnaires (3 millions !), elle est restée le deuxième exportateur mondial d’armes, tandis que l’UE est le premier importateur et en même temps le premier créancier des États-Unis avec 13000 milliards d’euros d’actifs. Ignorer le caractère de classe des États capitalistes, les valoriser pour leur position de force relative dans la chaîne impérialiste, pour leur politique répressive dans la sphère interne ou pour les symboles dans lesquels ils s’enveloppent pour justifier leurs actes, constitue donc un danger sérieux pour la classe ouvrière, qui peut être piégée sous la bannière d’une bourgeoisie ou d’une autre dans les guerres à venir.
… ni sur les alliances et organismes internationaux !
Le fait que désormais ces mêmes pays, et surtout les États-Unis, renoncent à la rhétorique construite, à la légalité des traités, au fonctionnement de l’ONU et peut-être même de l’OTAN, au financement des agences auxiliaires de l’ONU ou au système de libre-échange associé à l’OMC, ne doit pas être vu comme un changement dans la nature de ces pays, mais comme un changement de tactique. Elle répond à la même logique qui pousse, par exemple, la Chine à soutenir aujourd’hui de manière décisive et acharnée l’OMC ou le respect de la concurrence économique internationale. Notre Parti Communiste Révolutionnaire combat en particulier les alliances impérialistes à laquelle la France est rattachée, l’OTAN et l’UE, ainsi que notre gouvernement et son État bourgeois, qui mettent sérieusement en danger la sécurité du peuple-travailleur, tout en le reliant ce combat à la nécessité de renverser le pouvoir capitaliste.
Non au « pognon de dingue » dépensé pour la guerre !
L’impérialisme français doit se retirer des dangereux plans et manœuvres de guerre menés sous divers prétextes. Ces plans augmentent les souffrances populaires, tandis qu’aux crédits militaires encore augmentés au budget 2026 avec + 6,5 milliards et 46 milliards au total, se rajoutent en ce début d’année les récents et nouveaux déploiements de l’armada française au Proche-Orient. Macron en profite pour faire accepter le lancement d’un nouveau porte-avion nucléaire encore plus grand au coût de 12 milliards d’euros, de même que la rénovation de 300 têtes nucléaires dont il faudrait aussi augmenter le nombre (avec une maintenance de plus de 9 milliards) ! Notre parti oppose à ces orientations guerrières notre mot d’ordre « De l’argent pour les besoins populaires, pas pour les guerres ! Accusons le capitalisme ! ». L’inflation inhérente au capitalisme et à la séparation entre les sphères de la circulation et de la production des marchandises qu’il engendre, a bondi avec les spéculateurs, les taxes, et génère une souffrance supplémentaire subie par la classe ouvrière et les couches populaires.
Municipales 2026, et après ?
C’est dans ce contexte que se sont déroulées les municipales, dernières élections prévues à peine un an avant les Présidentielles, qui restent le moment privilégié pour la dictature du capital. Tandis qu’à peine la moitié de la population a voté, les résultats récents montrent de bons scores de la LFI (passant de zéro à 5 mairies) et du RN (passant de 13 à 63 mairies), qui malgré leur faiblesse locale, confirment un début d’implantation. La prime au maire sortant et le jeu des ententes pour sauver les 900 000 places de conseillers municipaux (!) a favorisé les deux grands partis locaux que sont le PS et LR/DVD. Le PCF social-réformiste a gardé quelque 400 communes et des milliers d’élus grâce aux alliances avec le PS, ce qui garantit la survie de son appareil bureaucratique. Notre parti a mené pour ces élections une tactique classe contre classe et a su interpeller publiquement les candidats de « la gauche de la gauche » sur des axes de lutte de rupture avec le capitalisme et rendre public leurs rejets quasi systématiques de nos propositions.
La classe ouvrière doit croire, si elle parvient à s’organiser, en ses pouvoirs pour défendre ses propres intérêts indépendants de la petite-bourgeoisie, de la bourgeoisie et de toutes les alliances impérialistes qui rivalisent pour une nouvelle répartition du monde au profit de leurs monopoles capitalistes. Malgré un mouvement communiste de France dominé par l’opportunisme, notre PCRF tient le cap de la lutte révolutionnaire pour le socialisme-communisme et propose le rassemblement autour des axes de luttes de ses campagnes « Accusons le capitalisme » afin de porter la compréhension que la source de tous nos maux est dans le capitalisme et son exploitation salariale.
Vous pouvez retrouver cet édito sous forme de tract dans la rubrique dédiée.
