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À contexte sanitaire et sécuritaire, réponse autoritaire

Alors que l’urgence est sanitaire et sociale, le gouvernement ne cesse de renforcer l’appareil d’État bourgeois en faisant passer
des lois toujours plus autoritaires et sécuritaires.

Le contexte ? Un « séparatisme islamiste » qui menace la prétendue glorieuse République française.

Tous en chœur, les grands médias ont relayé l’appel à une unité nationale face à la « pieuvre islamiste », tout en laissant place à des intervenants toujours plus à droite et à l’extrême-droite, dont certains associaient, sans contradicteur, « immigration » et « terrorisme » à des heures de grande écoute. On a vu une réaction forte de la part des monopoles et de leur État. Dans le même temps que l’expulsion d’individus considérés comme radicalisés et fiché S hors du territoire français, les monopoles comptent sur le vote, à l’Assemblée Nationale, de lois qui renforceraient les prérogatives en terme de « maintien de l’ordre ». La loi « sécurité globale » en fait partie, tout en étant sous le joug de vives critiques : elle contient en effet une disposition qui prévoit d’interdire la diffusion « malveillante » d’images de forces de l’ordre sous peine d’un an d’emprisonnement. Le flou qui existe autour de la notion de « malveillance » soulève ainsi la possibilité d’abus de la justice bourgeoise. Plus que cibler le « séparatisme islamiste », le gouvernement Macron entend profiter de ce renforcement de l’appareil d’État pour élargir ses prérogatives face à toute contestation des « valeurs de la République ». Dans cette configuration, les « valeurs de la République » sont érigées comme un sacro-saint modèle à défendre et la moindre contestation est passible de répression étatique. S’unir et s’organiser contre les patrons pourrait tout à fait être considéré comme un acte antirépublicain, violant le principe de fraternité entre les citoyens français. Défendre des travailleurs et travailleuses immigrés ou musulmans contre les accusations et diffamations honteuses véhiculées par les Zemmour et consorts pourrait de même être associé à un séparatisme communautaire et « islamo-gauchiste ».

Face au tollé suscité par la notion de « séparatisme », le gouvernement a juste rebaptisé son texte, présenté le 9 décembre en Conseil des ministres : « confortant les principes républicains ». Mais le contenu reste exactement le même, avec des mesures durcissant l’arsenal législatif déjà existant en matière de contrôle (« contrôle renforcé des associations », subvention conditionnée à un « engagement de l’association à respecter les principes et valeurs de la République »…), de fichage (« identifiant national pour chaque enfant en âge d’être scolarisé », champ d’application du fichier des auteurs d’infractions terroristes (FIJAIT) modifié pour y intégrer « les délits relatifs à la provocation et à l’apologie d’actes terroristes »), et d’interdictions (« Leurs auteurs seront interdits d’exercer des fonctions au contact du public », procédure de « carence républicaine, permettant au préfet de suspendre les décisions ou les actions de toute collectivité qui méconnaîtrait gravement la neutralité du service public », « Les motifs de dissolution d’une association en Conseil des ministres sont élargis. Il sera aussi possible « d’imputer à une association […] des agissements commis par ses membres et directement liés aux activités de cette association»…). Autant de mesures qui visent essentiellement à stigmatiser et bâillonner davantage une partie de la population (ce texte permettant par ailleurs de passer aisément de la sphère religieuse à la sphère politique…).

En outre, sous couvert de lutte contre l’islamisme radical, ce texte constitue une remise en cause sans précédent de la séparation entre l’Église et l’État, qui fonde la laïcité instituée en 1905. En effet, derrière la rubrique « Réorganiser les cultes » prévue pour « garantir la transparence des conditions de l’exercice du culte », se dessine une ingérence de l’État dans le fonctionnement des Eglises, totalement contraire à son obligation de neutralité (par exemple une disposition «antiputsch» contre toute prise de contrôle d’une mosquée par des extrémistes, ou bien une « interdiction de paraître dans les lieux de cultes pouvant être prononcée par le juge »…) ; ces exemples suffisent à révéler le caractère liberticide de ce projet, et les graves atteintes à la liberté de pensée et d’expression qu’il génère.

Après l’attentat à Conflans à la mi-octobre, Jean-Luc Mélenchon, qui participait alors à une manifestation en soutien à la liberté d’expression et à la laïcité, a déclaré lors d’une interview qu’il faut une unité nationale et « mettre de côté toutes les autres batailles ». Fabien Roussel, quant à lui, digne de la ligne politique capitularde du PCF, ne remet en aucun cas en cause l’État bourgeois et la politique des monopoles. Il prône la défense d’une République laïque qui reste abstraite, défendant l’idée qu’il faut « sur tout le territoire des gardiens de la paix, d’une police de proximité, des services de renseignements, efficaces et en nombre suffisant » (l’Humanité, 04/11/20).

Jim