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Guadeloupe et territoires d’outre-mer : pour le droit à l’autodétermination et l’union des luttes avec les travailleurs de métropole

Alors que la contestation sociale en Guadeloupe bat son plein, elle a également pris une autre tournure avec le jeudi 23 décembre 2021. Ce jour-là, des manifestants qualifiés d’ « anti-vax » ont pénétré dans l’enceinte du conseil régional, puis l’ont occupé durant la nuit pour le quitter le lendemain en début d’après-midi. Malgré toute la propagande parlant de « violence inédite », de « violences antidémocratiques condamnables », de « pratiques d’intimidation et de violences indignes » et de destruction du « mobilier de la région » – voire comparant cette action de manière mensongère et honteuse avec l’attaque du Capitole à Washington par des partisans de Trump le 6 janvier dernier – le collectif des organisations en lutte veut que l’État revienne à la table des négociations car ce dernier possède « les manettes financières pour beaucoup de points de négociations » selon un syndicaliste CGTG. Des négociations avaient débuté en novembre et en décembre, mais elles ont échoué suite à l’intransigeance de l’État français qui refuse encore l’envoi d’une délégation interministérielle et exige la condamnation des « violences » comme préalable à tout pourparler. Le mouvement continue ainsi de s’intensifier notamment avec le blocage durant plusieurs heures de l’accès au plus grand centre commercial de Guadeloupe quelques jours avant Noël. Si la vaccination obligatoire de certaines professions et le passe sanitaire sont brandis comme la cause de l’explosion sociale en cours par les médias bourgeois, les origines de cette contestation sociale, dont les jeunes ont pris une part fondamentale, sont cependant plus profondes.

En effet, la Guadeloupe connait de graves problèmes sociaux-économiques et des inégalités criantes avec la métropole. Le tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté, le taux de chômage s’élève à 17 % et le coût de la vie est clairement plus élevé qu’en France métropolitaine. De plus, le réseau d’approvisionnement de l’eau est obsolète, faute d’entretien, à tel point que les coupures sont très fréquentes et que sa remise en état du réseau se chiffre à 1 milliard d’euros. Les services publics sont dans un état calamiteux. La Guadeloupe est également atteinte par une importante catastrophe écologique suite à l’utilisation massive de chlordécone, un insecticide utilisé massivement dans les bananeraies pendant 20 ans, polluant massivement les sols, l’eau des rivières, la faune comestible et les habitants eux-même. Au déclenchement de la grève générale en Guadeloupe, une plate-forme revendicative a été publiée et comporte notamment l’augmentation généralisée des salaires, des minima sociaux, des allocations chômage et des pensions de retraite, le renforcement des services publics (fonctions publiques, poste, écoles, université…), l’abrogation des nouvelles règles d’indemnisation du chômage, la suppression de tous les emplois précaires avec des embauches massives dans le privé, l’embauche massive de soignants et de personnel dans les établissements hospitaliers ainsi que le secteur social et médico-social, avec la mise en place d’un système de santé de qualité pour accueillir et soigner les usagers dignement et efficacement. La contestation s’est étendue à d’autres territoires d’outre-mer, comme la Martinique et la Polynésie française. Dans ces territoires confrontés aux mêmes problèmes rencontrés par la Guadeloupe et ayant droit au même traitement de la part de la métropole, le mouvement social s’est aussi doté d’une plateforme revendicative comprenant en majorité les mêmes revendications portées en Guadeloupe… ainsi que par les travailleurs en métropole.

Les luttes en Guadeloupe et dans les territoires d’outre-mer sont prometteuses et leur jonction avec celles de métropole est nécessaire pour freiner l’impérialisme français et gagner en puissance. Tant en France qu’en Guadeloupe, la jeunesse travailleuse, étudiante et lycéenne n’a rien à attendre tant du gouvernement Macron-Castex que de l’État bourgeois français. Cette politique réactionnaire et coloniale, menée par les gouvernements successifs, répond aux intérêts des monopoles français. On voit ici que l’’État est l’appareil de domination et de répression des monopoles sur le peuple travailleur en métropole et en outre-mer, et que les médias servent de courroie à l’impérialisme français. L’union des luttes et la reconnaissance du droit à l’autodétermination pour la Guadeloupe et les territoires d’outre-mer vont dans l’intérêt du peuple-travailleur et de sa jeunesse, et les revendications communes montrent que le capitalisme-impérialisme est obsolète.

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