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Corse : déclaration du PCRF

Ci-dessous la déclaration du PCRF sur la situation en Corse, à retrouver au lien suivant : https://pcrf-ic.fr/Corse-declaration-du-PCRF


Le 2 mars 2022, Yvan Colonna a été étranglé durant plusieurs minutes par un autre prisonnier condamné pour engagement djihadiste en Afghanistan. Il se trouve toujours dans le coma suite à cette tentative de meurtre. Yvan Colonna est un militant nationaliste corse, accusé de l’assassinat du préfet Claude Érignac en 1998 et arrêté en 2003 après 5 ans de cavale sous Sarkozy, celui-ci le déclarant coupable avant le procès. La nouvelle de l’agression d’Yvan Colonna a déclenché le jour même des rassemblements partout dans l’île pour lui rendre hommage et dénoncer la responsabilité de l’État français dans ce drame avec le slogan : Statu Francese Assasinu (État français assassin). En effet, les nationalistes corses réclament depuis toujours, à défaut d’amnistie, le déplacement des prisonniers politiques corses vers la prison de Borgo située sur l’île. Les manifestants considèrent que si Yvan Colonna avait été transféré à Borgo, il n’aurait pas été assassiné. Les hypothèses vont de la négligence grave (détenu particulièrement surveillé laissé seul avec un individu dangereux et agressé devant les caméras sans intervention rapide des surveillants) à la barbouzerie comme à l’époque de Francia (structure clandestine fondée en 1977 par la milice gaulliste du Service d’Action Civique employant des truands et des policiers afin d’assassiner des militants nationalistes et dissoute officiellement en 1980).

Le 3 mars 2022, le Syndicat des Travailleurs Corses bloque le port d’Aiacciu pour empêcher le débarquement par ferry des troupes de gendarmerie. L’action est un succès et les gendarmes repartent pour Toulon. Une grande manifestation a lieu le 5 mars à Corti où l’Université est bloquée notamment à l’appel de la Ghjuventu Independentista. Le mouvement continue les semaines suivantes : les lycées sont bloqués, les manifestations se radicalisent : le palais de justice d’Aiacciu est incendié, ainsi que la préfecture de Bastia, le Crédit Agricole attaqué à la pelleteuse. L’État bourgeois français décide alors tout d’abord de retirer le statut DPS (détenu particulièrement signalé) de Yvan Colonna dans le coma, ce qui est perçu comme une provocation par les Corses, puis de Alain Ferrandi et Pierre Alessandri, condamnés pour participation au commando qui a assassiné Claude Erignac, et toujours incarcérés en Hexagone. Alors que le mouvement continue, Darmanin annonce le 16 mars qu’il est prêt à aller jusqu’à accorder l’autonomie à la Corse.

Comment analyser cette situation ?

Tout d’abord, le Parti Communiste Révolutionnaire de France présente toute notre sympathie aux proches d’Yvan Colonna, victime d’un acte de cruauté inqualifiable. Nous reconnaissons la justesse des revendications d’amnistie des prisonniers politiques corses et déjà de leur rapprochement à Borgo afin que leurs familles puissent leur rendre visite plus aisément.
Les luttes en Corse trouvent leur source dans les mêmes souffrances populaires que sur l’hexagone : la gestion capitaliste de la crise générale sous le Covid a encore renforcé l’exploitation salariale, la précarité, la pauvreté, y compris dans la jeunesse ; la vie chère est une préoccupation encore plus forte sur l’île. Et désormais la bourgeoisie et le gouvernement veulent nous faire payer la guerre en Ukraine. Nous saluons le courage du peuple travailleur corse qui a prouvé que face à un État capitaliste seule la lutte paye ! Nous dénonçons la répression capitaliste française dans la droite lignée des pratiques policières dans les cités HLM hexagonales, dans les DOM-TOM, de la répression des gilets jaunes et de tout mouvement de contestation du pouvoir des monopoles capitalistes français et de leur État, la République française. Nous reconnaissons le droit à l’auto-détermination du peuple corse qui est une revendication populaire et démocratique. Nous reconnaissons légitimes les revendications quant à l’enseignement et la co-officialité de la langue corse, la mise en valeur des traditions culturelles des Corses, le refus de la négation et de la folklorisation de l’identité corse.


Cependant, nous affirmons que seule une Corse libre et socialiste, entretenant des relations fraternelles avec les autres nations socialistes, permettra de régler les problèmes dont souffre le peuple travailleur corse : chômage, précarité, vie chère, crise du logement, bétonnisation du littoral… ; derrière tous ces problèmes se trouvent le capitalisme et ses choix court-termistes comme la touristification de l’île au détriment d’une économie productive et diversifiée que seul le socialisme-communisme peut permettre grâce à la fin de la propriété privée des entreprises et à la planification démocratique centralisée ! Bien sûr, l’autonomie peut être conçue comme une avancée face au colonialisme français (ou bien aussi comme une tentative démagogique de Darmanin pour mettre fin à la révolte).


Mais cet aménagement constitutionnel ne mettra pas fin au problème corse, aux problèmes des travailleurs corses. La Corse doit certes se libérer de la domination française, mais aussi de celle de la bourgeoisie corse (qui lui est souvent liée), des unions interétatiques comme l’UE, l’OTAN, des organismes comme la Banque Mondiale, le FMI et autres structures de domination impérialiste. Et cela seule la révolution prolétarienne le permettra. La formation d’un pays souverain se séparant d’un État impérialiste ne peut être obtenue sans une lutte révolutionnaire, et le socialisme vers le communisme est le seul moyen d’assurer son indépendance face au marché mondialisé. Nous appelons donc les travailleurs qui vivent en Corse à trouver les moyens et axes de lutte qui vont accuser le capitalisme, qui vont diriger l’affrontement contre la dictature du capital qui a pris en France la forme d’une République bourgeoise y compris dans ses institutions locales. Ainsi en reliant toutes les luttes des Corses au renforcement et à l’organisation de la conscience révolutionnaire, la compréhension de l’ennemi principal grandira et les luttes s’aiguiseront contre l’État bourgeois français, obstacle ultime à l’émancipation sociale. Le mouvement indépendantiste corse, au sein duquel on compte nombre de travailleurs sincères et courageux, doit se débarrasser de ses illusions sur l’économie de marché et de ses stratégies réformistes, s’il veut vaincre le colonialisme français !