Après les élections, au-delà des résultats : une tactique et une stratégie de combat !

Le second tour des législatives anticipées provoquées par la dissolution de l’Assemblée nationale a mené le « Nouveau Front Populaire » (NFP) en tête. Le NFP a obtenu 178 sièges, talonné par Ensemble avec 150 sièges, reléguant le Rassemblement national (RN) et ses alliés en troisième position avec 125 sièges. On a pu voir des scènes de joie et de soulagement lors de rassemblements spontanés comme à la Place de la République à Paris, ainsi qu’un Jean-Luc Mélenchon demandant à ce que le NFP soit la force devant gouverner juste après l’annonce des résultats, tandis que nombre de députés sociaux-démocrates comme Manon Aubry ont immédiatement relayé le mot d’ordre que « le programme du nouveau front populaire doit être appliqué ».

Ici se joue le cœur de la question à présent : que faire après des élections ayant vu un nouveau sursaut d’une coalition sociale-démocrate ? Celle-ci va-t-elle appliquer son programme et enrayer la menace toujours grandissante du RN pour ces trois prochaines années et les futures élections d’État ? Si nous avons déjà pu communiquer notre analyse de la période en cours à l’occasion du début de cette nouvelle période électorale, les résultats présents engagent une nouvelle séquence de lutte de classes.

Un compromis et non une victoire

Parler d’une victoire sur le fascisme ou de sursaut démocratique est malheureusement loin de la réalité. Le RN a pu, durant les élections européennes et ces élections législatives, renforcer sa base sociale, allant encore à ce second tour jusqu’à dix millions d’électeurs. Avec une assise dans les institutions d’État, mais aussi dans de nombreuses régions par une partie des couches populaires conquises, ce parti nationaliste et réactionnaire a su constituer un jeu d’alliances allant de formations comme Reconquête jusqu’aux Républicains et leur implosion.

Nous ne caractérisons pas le RN comme un parti fasciste, ce qu’il n’est pas mais ce qu’il pourrait devenir ou contribuer à créer, sous un autre nom et une autre forme. Nous caractérisons le RN comme l’une des formations politiques de l’État bourgeois français fer de lance de la construction et du renforcement d’une bureaucratie, d’une police, d’une armée, et d’une base sociale apte à diriger une forme d’État fasciste comme possible réponse politique à l’offensive des monopoles français tels que Bouygues, BNP Paribas, Total, Carrefour ou encore Dassault.

Le renforcement et les dynamiques d’alliances du RN sont donc à intégrer à la fascisation déjà en cours de l’appareil d’État, à la contradiction interne de toutes les institutions bureaucratiques, militaires et policières de ce dernier sous l’effet de la crise de l’impérialisme mondial ; une contradiction faite d’une accumulation de mesures d’exceptions et de violations par l’État de sa propre légalité tout en maintenant la démocratie parlementaire même sous sa forme la plus appauvrie. Le RN n’est donc pas une simple formation « d’extrême-droite » face à des formations « de gauche » ou « républicaines » aptes à le vaincre électoralement en quelques semaines : le RN est l’un des vecteurs de l’accélération de la liquidation, exercée par moments par la démocratie bourgeoise, de ses propres principes élémentaires.

Mais cette liquidation est en cours depuis des dizaines d’années, inhérente à l’impérialisme (capitalisme des monopoles) et s’est déjà accélérée avec Macron et ses gouvernements : de la loi sécurité globale à la loi programmation militaire jusqu’à la répression coloniale meurtrière en Kanaky en passant par des meurtres sauvages menés par la police comme celui de Nahel Merzouk, ce n’est pas seulement le RN que nous visons, mais l’État lui-même qui accélère sa bascule vers l’état d’exception permanent, vers le bond en dernier recours d’une seule et même dictature bourgeoise et son État sous forme parlementaire vers sa forme ouverte et terroriste.

En ce sens, qu’est-ce qu’une coalition sociale-démocrate comptant des personnalités aussi différentes qu’un François Hollande, un PCF défaillant (Fabien Roussel éliminé dès le premier tour), sans parler d’une France Insoumise dont l’instabilité interne s’est fait jour en pleine période électorale par les désaccords ouverts de François Ruffin, l’investiture d’Adrien Quattenens puis son retrait sous la pression justifiée de la base, ou les positions divergentes avec Europe Écologie Les Verts sur une « coalition républicaine » au-delà du seul NFP ? Nous caractérisons ces coalitions connues et usées, à la façon de la précédente NUPES, comme l’expression actuelle d’une social-démocratie réformiste et opportuniste encore hégémonique aujourd’hui en France.

En ce sens, le NFP se constitue objectivement de ce que la social-démocratie peut être sous le stade impérialiste mondial : soit des complices et soutiens objectifs du capital français et de ses monopoles par les liens financiers et institutionnels entretenus avec la classe dominante, comme le PS, soit des forces pouvant être honnêtement réformistes mais excluant par nature, avec des méthodes de travail sociales-démocrates, de combattre l’État et de finalement n’être qu’une autre roue de secours du capitalisme (sociale celle-là), comme LFI. Sur cette dernière, rappelons-nous SYRIZA, son équivalent en Grèce, et sa suite de débâcles et trahisons, ou une sociale-démocratie plus loin et plus radicale qu’aujourd’hui : Salvador Allende et son gouvernement au Chili, massacrés par le coup d’État du réactionnaire Pinochet.

La sociale-démocratie en tête au nom du NFP ne peut être qu’un compromis temporaire en ce que tout État bourgeois a su montrer, dans l’histoire, qu’il sait faire trois choses de ces forces-là : les acheter, les briser par la force, et comprendre rapidement lesquels devront être traités de la première manière ou de la seconde.

Nous ne pouvons prévoir l’avenir des luttes de classes, mais celles passées nous apprennent que c’est toute la machine d’État française et le personnel politique qui sont en ce moment même aux abois pour réorganiser le nouveau gouvernement au mieux des intérêts des classes dominantes. Quels qu’en soient le temps, les méthodes et les résultats, c’est dès aujourd’hui qu’il faut nous organiser au-delà et différemment de toutes formations sociales-démocrates comme le NFP dans le feu des luttes.

Classe contre classe, renforcer et faire reconnaître un Parti communiste comme détachement d’avant-garde du prolétariat en France

Malgré ce constat, nous n’appelons pas pour autant ni au défaitisme, ni à une utopie lointaine. Loin des méthodes de travail sociales-démocrates ayant donné lieu aux défaites sociales successives que subissent les classes exploitées françaises jusqu’à aujourd’hui, nous construisons une lutte politique qui n’est pas commandée par le vote mais par l’analyse des luttes de classes et des conditions sociales et économiques de la société française. Une telle analyse ne débouche pas sur des programmes applicables clefs en mains comme celui du NFP, dont l’attrait électoral se comprend dans la crise inédite actuelle, mais sur une stratégie et une tactique sourcées et ancrées dans la réalité afin de comprendre et de mener la guerre de classes présente et future, dont l’adversaire principal reste le capitalisme et sa propriété privée des moyens de production, son État dans son ensemble et sa classe dominante.

Nous défendons comme objectif stratégique le renforcement et le développement du PCRF comme Parti communiste d’avant-garde pour les exploités de France ne mystifiant par là ni sa place encore embryonnaire aujourd’hui dans les luttes de classes ni son principal objectif.

À l’heure où les compromis sociaux-démocrates font toujours montre de nouvelles déceptions, trahisons, ou effondrements, il devient plus urgent que jamais de s’organiser sous un modèle de Parti fonctionnant de façon radicalement différente. Nous basons notre travail non sur un quadrillage électoral mais sur la construction de cellules dans les entreprises et sur les lieux d’étude, avec le centralisme démocratique comme pilier organisationnel permettant le débat et la discipline consciente afin d’empêcher la dissolution interne et la fragilité externe de coalitions comme la NUPES ou le NFP ou le mouvementisme. Nous sommes également armés de solides relations internationales sur presque tous les continents, et en particulier en Europe où nous participons à la construction de l’Action Communiste Européenne ; seules ces relations sont aptes à fournir les échanges d’expériences et de ressources, les enrichissements et l’entraide nécessaires afin de reconstruire un Parti Communiste d’avant-garde consciente.

Sans le travail long et difficile que réclame une telle ligne stratégique, le capital français et son État continueront de sortir vainqueurs, au mieux sous forme de compromis, au pire sous forme d’offensives écrasantes.

La question du renforcement et du développement du Parti se comprend aussi dans la proposition tactique de l’UJC et du PCRF durant ces élections et après elle : classe contre classe, renforcer un Parti de combat en se démarquant des forces encore hégémoniques reniant la perspective révolutionnaire. Dans les faits, nous organisons quotidiennement avec notre Parti des formes de luttes et d’organisations en rupture avec les méthodes sociales-démocrates, comme par exemple :

  • Les « Front rouges » locaux, organisés non sur un modèle d’alliances électorales entre partis, mais sur l’alliance de syndicats, organisations de masses anti-impérialistes, féministes ou anti-fascistes comme cadres de réunions, débats, et cortèges sous impulsion de l’UJC et du PCRF. Ces fronts rouges permettent de structurer au niveau local un modèle de victoires par les luttes et l’unité en leur sein, et de ne pas se limiter à s’organiser seulement en vue des élections sans construction à la base.
  • Des comités de luttes de quartiers populaires, où s’organisent, sous direction de l’UJC et du PCRF, une démocratie directe que ne pourront jamais offrir des partis sociaux-démocrates fonctionnant par appel aux votes, tractages, et simples relais électoraux. Une démocratie fonctionnant par des tables solidaires contre la vie chère, l’organisation collective de pétitions sur le logement et les violences policières, au plus près des préoccupations de chaque travailleuse et travailleur au fil de réunions et actions rythmant la vie du quartier ; une démocratie concrète nous renforçant toutes et tous dans un Parti allant contre l’État, n’obéissant pas aux formes déterminées de la démocratie par la légalité bourgeoise.
  • Nos cellules communistes en entreprises et sur les lieux d’étude organisant propagande, réunions et lutte de chaque secteur isolé du prolétariat et de ses alliés autour de nos comités et fronts locaux, construisant alors pas à pas et dans les faits une unité de la classe ouvrière et de ses alliés avec son Parti devant être renforcé et reconnu par l’expérience de ses militants et non par leur popularité électorale. 

Aujourd’hui, plus que jamais, la sociale-démocratie a montré sa totale incapacité à pouvoir aménager le capitalisme et le rendre vivable, qu’elle prenne une forme honnête ou complice, que sa complicité ou son honnêteté soit de courte ou de longue durée.

À l’heure où il ne reste à la jeunesse populaire que quelques années avant les prochaines élections présidentielles dans une période de lutte de classes dont les revirements et changements sont brusques et inédits, nous proposons un modèle politique de rupture à construire et faire connaître par l’expérience, un modèle à bâtir afin de défendre notre classe et préparer par le bas une organisation capable de passer à l’offensive !

Classe contre classe, organise ta colère !

Renforçons un Parti de combat, construisons le Parti d’avant-garde !