
Jumeau et revers du mouvement Tradwife, le masculinisme est un mouvement qui se développe depuis la contre-révolution mondiale. Théorisant une prétendue crise de la masculinité et accusant le féminisme de tous les maux, le masculinisme est en réalité une partie intrinsèque du partriarcat permettant de maintenir et accentuer la division genrée du travail, nécessaire au maintien et à la perpétuation du capitalisme.
Le masculinisme se dilue dans les masses et aliène la jeunesse populaire soumise à la misère capitaliste. Ne poussant pas les travailleurs à lutter contre le patronat qui les exploite, au contraire, le masculinisme cultive la concurrence entre les hommes et aliène ces derniers des femmes. Alors qu’un peu moins de 20% des jeunes connaissent le chômage et les effets de la précarité, que le capitalisme, dans un contexte de luttes de classes en faveur de la bourgeoisie, reprend méthodiquement et sûrement tous les conquis sociaux que les travailleurs et travailleuses ont arrachés au prix des luttes, de plus en plus de jeunes épousent ces thèses masculinistes et s’adonnent à des groupes fascisants qui organisent des formations à contenu raciste et sexiste. Par là, beaucoup croient pouvoir reprendre un semblant de contrôle de leurs vies dans ce contexte de précarisation et de misère généralisées, mais deviennent dans le même temps des soutiens objectifs du capitalisme-impérialisme qui est la cause de ces mêmes problèmes.
Il est urgent aujourd’hui, pour la jeunesse populaire, de se réunir et s’organiser, hommes et femmes, contre les racines de notre précarité, de notre exploitation et de toutes les formes d’oppression que nous pouvons subir. Le masculinisme est une expression idéologique du patriarcat qui est partie intégrante du capitalisme, et il doit être combattu comme tel.
Organisons-nous dans nos lieux de travail et d’étude contre toutes les expressions du capitalisme !
Reconstruisons un Parti communiste révolutionnaire capable de mener vers la révolution socialiste, pour reprendre le contrôle de nos vies !
« Dans l’encart La Relève à Intervention Communiste n°183, nous avions étudié le mouvement tradwife1. Dans cet article, nous avions mentionné qu’il était important « de mettre en avant que ce mouvement grandit aux côtés du mouvement « masculiniste » ». Ce mouvement masculiniste est en effet le revers du mouvement tradwife. Par masculinisme, nous désignons les hommes qui théorisent une prétendue crise de la « vraie » masculinité à cause des mouvements et conquêtes féministes. Cette « vraie » masculinité correspond en réalité à l’idéal masculin de la bourgeoisie qui essentialise la rationalité, l’objectivité, la force et la domination de soi (par le culte du corps, du travail et la suppression des émotions), de son environnement et des femmes (ou des personnes qui s’éloignent de cette « vraie masculinité ») comme étant inhérents au sexe masculin. Cet idéal masculin de la bourgeoisie se place face à un idéal féminin de la bourgeoisie qui serait son opposé (et donc incapable de rationalité, d’objectivité, etc.) et qui a été formé pour assigner les femmes à un rôle purement reproductif et justifier cette assignation en présentant la féminité idéale et les valeurs qui lui sont associées (le soin, les émotions, la douceur, l’attention portée à la communauté) comme secondaires. À la manière du mouvement tradwife, le masculinisme est une manière de réassigner les femmes à leur rôle reproductif et les hommes à leur rôle principal de main d’œuvre soumise qui accepte sa condition. Face à une apparente montée du féminisme (certes libéral en majeure partie), le masculinisme est une expression de la lutte idéologique de la bourgeoisie pour renforcer le patriarcat.
Nous sommes aujourd’hui dans un moment d’essor du masculinisme, comme l’a récemment montré, entre autres, l’élection de Donald Trump, fortement soutenu par Elon Musk, ou le récent changement de politique de Meta, l’entreprise de Mark Zuckerberg, pour y restaurer une « énergie masculine ». Les modèles du masculinisme sont donc aujourd’hui de grands chefs d’entreprises ultra-conservateurs. Ces modèles servent à aliéner d’autant plus les jeunes prolétaires qui sont entraînés à voir dans le travail acharné (la fameuse « hustle culture ») une forme d’accomplissement personnel. Or, le masculinisme aliène d’autant plus les jeunes hommes accablés par la domination et les souffrances du capital, puisqu’au lieu de se tourner vers leurs semblables afin de remettre en question l’autorité patronale et s’organiser pour lutter ensemble contre leur précarisation, les masculinistes cultivent la concurrence entre les hommes et rendent impossible toute réelle communication avec les femmes. Cela crée un cercle vicieux d’isolement.
Les masculinistes échangent, se rencontrent et développent leurs mouvements principalement via des plateformes en ligne (comptes YouTube, fils Telegram, groupes WhatsApp, etc). Ces hommes ont majoritairement moins de 35 ans : le mouvement masculiniste gangrène la jeunesses depuis les années 1990 et la contre-révolution mondiale. Par exemple, 52% des jeunes hommes de 25 à 34 ans considèrent que l’on s’acharne trop sur les hommes, et 28% des jeunes hommes considèrent que les hommes sont davantage faits pour être patrons que les femmes2. Il faut comprendre cette montée du masculinisme en nous rappelant que 17,2% des jeunes de 17 à 25 ans sont au chômage3 et que les services publics sont toujours plus détruits. La jeunesse en France, comme nous n’avons de cesse de le montrer et de le documenter par nos luttes et nos journaux, est largement précarisée et écartée de la vie sociale. L’exemple de cette précarisation générale dans la jeunesse est d’autant plus frappante en Allemagne de l’est, où la JA (jeunesse de l’AfD), organise des bastions de socialisation des jeunes hommes où ces derniers apprennent et intègrent les valeurs masculinistes dans l’ambiance la plus réactionnaire4. La JA organise la jeunesse, qui a uniquement connu la liquidation méthodique et totale des acquis de la construction du socialisme depuis les années 1990. Ce sont des groupes d’entraînement aux sports de combat qui ont pour objectif de faire des descentes sur les travailleuses et les travailleurs immigrés et sur les femmes, dans un fond d’antisémitisme presque explicite. Il s’agit pour ces jeunes hommes d’essayer de reprendre un pouvoir et une maîtrise de leurs vies, cette tentative passant notamment par la famille hétérosexuelle nucléaire où l’homme est le chef naturel de sa femme et de ses enfants.
En apparence, la mécanique de bascule de ces jeunes hommes vers un style de vie réactionnaire est similaire à celui des jeunes femmes dans le mouvement tradwife. En effet, les tradwife sont souvent des femmes désillusionnées par le féminisme libéral en ce qu’il comprend l’émancipation uniquement par la conquête des droits des femmes sans remise en cause de leur exploitation et de leur oppression par la société de classes alors que, étant donné que la structure capitaliste n’a pas été démantelée, elles doivent toujours réaliser le travail reproductif dans leurs foyers. Ces femmes sont des victimes parfaites d’influenceuses souvent de la classe bourgeoise ou, plus généralement, des couches aisées, certaines financées par l’Église mormone, dissimulant tout un pan du travail reproductif qu’elles relèguent parfois à des nounous ou femmes de ménage, et qui leurs font miroiter une vie plus simple car supposément plus traditionnelle. Mais il y a entre les masculinistes et les tradwife une différence de taille : le masculinisme peut « profiter » aux hommes en ce qu’ils peuvent dominer et justifier la domination des femmes, alors que les femmes, à moins d’être influenceuses, ne tirent rien du mode de vie tradwife. Au contraire, cela les précarise encore plus que les hommes au long terme et les expose à des violences accrues.
Ainsi, les réseaux de masculinistes ne se réduisent pas à de simple salons de discussion : ce sont de véritables centres d’organisation et d’apprentissage des violences sexistes et sexuelles, violences qui sont, rappelons-le, impératives à la ratification de la « vraie » masculinité, et un outil central de la division genrée du travail au sein du capitalisme. On peut penser à la vague de jeunes hommes qui, au lendemain de l’élection de Trump, se sont exclamés : « Ton corps, mon choix » ; ou alors, la chaîne YouTube « les philogynes » : dans un premier temps, on y suit des vidéos à l’accès gratuit, dans un second temps, on paye pour avoir accès aux formations spéciales sur un Discord pour enfin se retrouver en ville en groupe pour apprendre ensemble le harcèlement de rue et discuter des meilleures façon de violer sa compagne sans que celle-ci ne l’identifie comme un viol5. D’autres organisations masculinistes se structurent en réelles organisations fascisantes, comme le #MonteUneEquipe lancé par le Raptor (YouTuber connu pour ses campagnes de harcèlement en ligne contre des femmes) et Papacito (également YouTuber connu et condamné pour sa vidéo dans laquelle il s’entraîne pour tuer des « gauchistes » au couteau comme aux armes à feu). Ce hashtag a permis l’organisation, dans de nombreuses ville de France, de groupe d’entraînement physique et formations théoriques réactionnaires. En quelques mois ce mouvement se spécialise dans la glorification de la violence envers les femmes et les personnes racisées : dans sa section parisienne, certains s’entraînent au tir d’armes à feu. En 2022 les deux YouTubeurs se désolidarisent (sic) publiquement de ces groupes qui vont devenir les groupes de « Vengeance patriotique ». Ces groupes ont l’objectif assumé de « reprendre les choses en main contre le grand remplacement lorsque la République va s’effondrer ». Son dirigeant actuelle est Lucas Sztandarowski, ancien de l’Action Française.6
Ces groupes masculinistes ne sont pas uniquement des endroits d’échanges et d’éducation aux VSS : ce sont également l’endroit de recrutement favoris des organisations fascisantes en France ; groupes dans lesquels nous croisons toutes les vermines réactionnaires jusqu’aux néonazis. Ces jeunes hommes d’extraction populaire qui se trouvent enrôlés par le masculinisme finissent par être formés et éduqués au soutien social au capitalisme des monopoles mondialisé, à être des agents actifs de la barbarie et aux formes d’exploitation de l’impérialisme et y compris de leur propre exploitation s’il s’agit d’hommes travailleurs. Nous n’avons de cesse de le répéter : notre époque est celle de l’impérialisme, du capitalisme des monopoles mondialisé avec une division mondiale du travail. Ces organisations et groupes masculinistes et fascisants ne s’activent pas qu’en France mais prennent pleinement leurs places dans les rapports internationaux d’exploitation des femmes et du travail reproductif international. Ces masculinistes sont les mêmes qui font partie des réseaux des « passport bros » : ces hommes partent faire du tourisme sexuel dans les pays du bas de la pyramide impérialiste (principalement des pays d’Amérique latine et d’Asie du sud-est pour la France), leur objectif étant de trouver une épouse dans les pays où le capitalisme des monopoles précarise le plus les femmes7. Ils font miroiter à ces femmes un avenir confortable, pour les faire venir dans un pays occidental dans lequel elles se retrouvent isolées et n’ont pas d’autre choix que de jouer un rôle uniquement reproductif auprès de leur mari.
Le masculinisme est donc le premier baraquement de la réaction8 pour les jeunes hommes des centres de l’impérialisme. Ce mouvement est l’endroit du recrutement du soutien social à l’impérialisme, du viol conjugal à l’exploitation internationale du travail reproductif gratuit fait par les femmes. Il n’y a qu’une seule solution pour répondre à la précarisation de la jeunesse populaire depuis la contre-révolution mondiale : dénoncer la racine des souffrances des peuples, le capitalisme. Accusons le capitalisme et travaillons à ce que le PCRF devienne le parti de l’avant-garde du prolétariat en France. Car oui, nous devons aussi en faire le constat : en l’absence d’un véritable Parti Communiste, une partie de la jeunesse populaire se tourne vers la réaction pour croire pouvoir reprendre le contrôle de sa vie et s’essayer à un semblant de réussite sociale. »
1 : « Le mouvement tradwife et la montée du sexisme en contexte de crise du capitalisme », IC n°183, p. 8, Laurine et Roxane : https://www.unionjc.fr/2025/03/03/le-mouvement-tradwife/
2 : « L’inquiétant regain du masculinisme, cette pensée réactionnaire aux origines millénaires », Le Monde, le 13.04.24, Claire Legros.
3 : « L’essentiel sur… le chômage », INSEE.
4 : « En Allemagne de l’est, l’alternative für deutschland comble un vide politique. Quand l’extrême droite cible la jeunesse. », Le Monde Diplomatique N.850 p. 6, Boris Grésillon.
5 : « Qui sont les masculinistes en France ? », Kombini, 2024.
6 : Idem.
7 : « Qui sont les passports bros, ces hommes qui cherchent des femmes « moins féministes » ? », Ouest-France le 30 avril 2024, Eva Leray.
8 : Idéologie politique visant à revenir en arrière historiquement, idéalisation des modes de production passés
