Le défi du mouvement du 10 septembre et des luttes d’ampleur à mener — Communiqué du Secrétariat du PCRF et du Secrétariat de l’UJC

Le mouvement dit « du 10 septembre », né en mai 2025 sur différents canaux Telegram tels que « Les indignés », semble prendre de l’ampleur à mesure que même des partis sociaux-démocrates comme La France Insoumise appellent à la grève générale et à soutenir le mouvement. Ce mouvement est né du budget 2025 du Premier ministre François Bayrou et de ses attaques antisociales : lancement d’une « année blanche », signifiant le gel des pensions de retraite, des salaires dans la Fonction publique et des aides sociales comme le chômage, suppression de deux jours fériés, mais aussi le déremboursement des médicaments et des consultations, à une échelle massive dans la santé. Les mots d’ordre du mouvement sont extrêmement divers : blocages, grève générale, référendum d’initiative citoyenne, ou encore reprise d’occupation de ronds-points comme lors du mouvement des Gilets jaunes. L’un des points cardinaux du mouvement est de se situer en dehors des syndicats et des partis, rejetant explicitement, dans la majorité de ces appels, leurs « récupérations » et « encadrements ».

Quelle attitude les communistes doivent-ils tenir lors d’un tel mouvement ?

D’abord et en premier lieu, comprendre ce que signifie le rejet des partis politiques et des syndicats : le rejet des partis bourgeois et de l’aristocratie ouvrière. En effet, les mouvements sociaux-démocrates dits « de gauche », dont en premier lieu ceux composant le NFP, sont compris à juste titre par nombre des membres et appels du mouvement comme des «menteurs» et des «corrompus». Nous sommes donc face à un mouvement de masse, qui, au-delà de sa spontanéité et de son langage, démontre sa lassitude consécutive aux options électoralistes de tous bords et à l’absence de perspective politique alternative. Une lassitude face à l’incapacité de tous les partis bourgeois à enrayer les offensives antipopulaires des différents gouvernements Macron, mais aussi face à leur volonté active d’encadrement et d’alignement de ce type de mouvement sur le seul agenda électoral. De l’autre côté, le syndicalisme en France, dominé par l’aristocratie ouvrière œuvrant à l’enraiement des possibilités de victoire, en endiguant le mouvement gréviste à la base, comme lors de la réforme des retraites et pour toutes les autres luttes d’entreprises et de secteurs professionnels.

Nous sommes donc face à un mouvement certes confus, mais exprimant la volonté de se dégager d’un modèle de syndicalisme verrouillé par des directions défendant leurs privilèges immédiats concédés par l’État bourgeois, tout comme de se dégager des partis bourgeois ne remettant pas en cause les institutions d’Etat pour y canaliser les mouvements populaires.

Pourtant, le Parti Communiste Révolutionnaire de France, avec son objectif d’être le parti de combat de la classe ouvrière, n’est-il pas un parti également ? Comment les communistes doivent-ils entendre ce type d’appel au rejet de tous les partis politiques et syndicats ?

Le PCRF et ses membres agissent pour un parti de type nouveau, le parti d’avant-garde de la classe ouvrière en construction. Le fonctionnement d’un tel parti n’est donc pas de vendre un programme électoral, mais de développer et de renforcer la démocratie et l’organisation du mouvement du 10 septembre. Il s’agit pour les communistes d’un travail dans les faits, auquel nous appelions également lors du mouvement des Gilets jaunes. Un travail d’organisation et de renforcement du cadre le plus efficace possible, pour que les masses puissent faire leur propre expérience autonome de formes de démocratie alternatives à la démocratie bourgeoise quel qu’en soit le représentant. C’est en favorisant ce type d’expérience que les masses et la classe ouvrière reprennent confiance en leurs propres forces, par des formes d’organisation politique propres et provenant de leur créativité. Ce n’est que par ce type d’expérience que les communistes peuvent favoriser la confiance en un nouveau type de parti favorisant ces formes de luttes et d’organisations, ainsi qu’un syndicalisme de classe et de masse fonctionnant en premier lieu par la grève à la base. En effet, ce n’est que par ce type d’expérience que les bases et fédérations syndicales s’y joignant pourront combattre les différentes formes d’aristocratie ouvrière et reconquérir des positions de classes dans leurs structures.

Le PCRF soutient donc le mouvement, pour s’y engager pleinement et y combattre toutes les formes de récupération électoraliste ou d’intégration au parlementarisme bourgeois.

Nous combattons toutes les organisations de « droite » ou de « gauche » qui restent dans le cadre des rapports de production du capitalisme et qui cantonnent la lutte aux solutions électorales, afin de lier par là un syndicalisme de classe à un mouvement populaire offensif extraparlementaire.

Les Gilets jaunes ont montré à quel point il ne faut ni surestimer ni sous-estimer les capacités spontanées des masses, pouvant aller jusqu’à des formes d’organisation quasi-insurrectionnelles, tout comme retomber dans l’apathie et dans la désorganisation. Il est certain que le danger d’un tel mouvement (comme l’ont appris à leurs dépens les Gilets jaunes) est celui d’une direction bourgeoise (et des partis bourgeois) prise au fil des luttes, ou d’une inaction des bases syndicales.

Il est essentiel qu’en plus de formes d’organisation alternatives aux perspectives de l’Etat bourgeois, les formes de luttes offrent également des perspectives de victoire : en premier lieu par la grève et le blocage. Nous ne pourrons espérer une victoire, comme le retrait du plan Bayrou, si on en reste aux manifestations encadrées et à une journée de grève.

Le défi politique, lors du 10 septembre, sera donc de construire un mouvement gréviste pérenne sur le temps long, financièrement comme dans son organisation, capable de bloquer les secteurs stratégiques de l’économie capitaliste en France. Les initiatives de soutien populaire y seront cruciales, à l’exemple des « Robins des bois » d’EDF qui, de Lille à Marseille lors de la réforme des retraites, ont déclenché de la gratuité ou rétabli le courant pour des usagers. L’organisation du blocage des profits par grèves générales régionales tournantes (ce qui permet de tenir dans la durée avec un calendrier) ou l’appel à des rassemblements nationaux d’occupation (par encerclement ou autre) des lieux de représentation de la démocratie bourgeoise (Assemblée nationale…), peuvent être les premières pistes d’un mouvement long, capable non seulement de mettre en échec le gouvernement, mais aussi d’arracher des victoires.

Le 10 septembre 2025, non au plan Bayrou 2026 !

Non à toute forme de gouvernement bourgeois !

Oui aux luttes populaires et à leur inventivité !

La classe ouvrière et les masses populaires doivent croire en leur propre pouvoir !