L’UE, l’OTAN et les autres alliances impérialistes : « Fournisseurs de sécurité » ou des cadres pour une plus grande implication militaire à la charge du peuple ?

L’Action Communiste Européenne (ACE), dont notre Parti est le seul membre pour la France, a organisé le 6 septembre dernier une conférence intitulée « L’UE, l’OTAN et les autres alliances impérialistes : « Fournisseurs de sécurité » ou des cadres pour une plus grande implication militaire à la charge du peuple ? » Vous pouvez retrouver les interventions de nos partis frères ici, et l’intervention de notre Parti ici en anglais, et ci-dessous en français.


Chères et Chers Camarades,

Le Parti Communiste Révolutionnaire de France souhaite d’abord remercier le Parti Communiste de Turquie pour l’organisation de cette conférence, portant sur un thème sur lequel les différents partis de l’ACE ont pu échanger : les alliances impérialistes, leur rôle dans les guerres impérialistes aujourd’hui et les attaques antipopulaires, en premier lieu l’UE et l’OTAN. Si ce sujet a déjà pu être l’objet d’échanges, notre parti tient à noter la valeur d’approfondissement que permet cette nouvelle rencontre. En effet, plutôt que de répéter des expériences ou positions que notre parti a déjà pu aborder, l’actualité des luttes de classes est l’occasion d’aller plus loin dans un travail d’analyse déjà engagé et les expériences à retirer des autres partis, permettant un travail de l’ACE sur le temps long autour de thèmes centraux pour la lutte des communistes aujourd’hui.

Chers camarades,

Notre parti soutenait, lors de la conférence portant sur la « machine de guerre de l’euro-atlantisme », en octobre 2025, que les plans de guerre de l’UE et de l’OTAN au Moyen-Orient et en Ukraine, ainsi que les offensives antipopulaires menées dans chacun de nos pays, témoignent d’une stratégie unifiée. En effet, si l’impérialisme ne saurait se limiter aux actions et aux projets des États les plus puissants du monde, et que nous sommes loin de l’image naïve d’un « bloc occidental », et encore moins d’un système clos qui dicterait sa loi à sa guise, l’OTAN et l’UE démontrent une permanence certaine pour différentes bourgeoisies comme celles des USA, de la France, de l’Allemagne, ou encore de la Turquie. Cette permanence s’explique par la nécessité d’objectifs stratégiques communs sur une échelle de décennies, les alliances impérialistes permettant, par leur fonctionnement, et en premier lieu l’UE et l’OTAN, cette capacité de projection économique et militaire qu’une bourgeoisie ne peut avoir seule au sein du système impérialiste.

Ainsi, notre parti pense, dans le cas de l’OTAN et de l’UE, à la stratégie d’un « nouveau Moyen-Orient », dont nous pouvons situer l’un des points de départ au début des années 2000 par l’invasion impérialiste de l’Irak et de l’Afghanistan. Une stratégie visant à créer une zone d’exploitation régionale de la force de travail au prix le plus bas pour les bourgeoisies de l’OTAN et de l’UE, à concurrencer les monopoles chinois en s’assurant une zone d’influence par la force militaire dans la région, ainsi qu’à affaiblir des bourgeoisies déjà faibles dans le système impérialiste mondial, afin de dépecer les différentes nations. Aujourd’hui, alors que la guerre impérialiste contre l’Iran se poursuit, on assiste à la poursuite de ces objectifs et à leur continuité.

Au Liban, la destruction de dizaines de villages du Sud, les pertes humaines et matérielles infligées à une nation déjà brisée par les crises économiques et financières depuis 2019, et la place faible et instable des monopoles libanais, ainsi que la nouvelle occupation militaire du Liban par l’État sioniste, s’inscrivent dans une logique de dépeçage connue dans la région. Ce dépeçage évoque celui de la Syrie, où l’État israélien profite de l’extension de l’occupation du Liban pour les rattacher aux zones récemment conquises dans le sud de la Syrie. Les monopoles israéliens y menacent l’axe routier reliant la Turquie, la Jordanie et l’Arabie saoudite, usant du nouveau régime djihadiste de HTS et d’une économie en ruine afin de mieux avancer leurs propres positions militaires.

La question palestinienne est centrale dans cette stratégie, l’expansion de la colonisation en Cisjordanie tout comme l’administration internationale impérialiste de Gaza permettant de contrôler les gisements d’hydrocarbures gazaouis, les zones maritimes exclusives, et de maîtriser les plans de colonisation sionistes afin d’y briser toute résistance.

Chers camarades,

Si cette stratégie de l’OTAN nous occupe particulièrement et démontre la permanence d’objectifs communs, l’UE démontre aussi cette permanence tout comme les transformations de ce que permet une alliance pour des bourgeoisies membres. Ainsi, l’UE est aujourd’hui l’alliance par laquelle les bourgeoisies membres cherchent à construire une indépendance stratégique économique et militaire dans le système impérialiste mondial. Nous pensons par exemple aujourd’hui à la question des terres rares. La bourgeoisie chinoise a imposé des licences d’exportation sur sept éléments de terres rares et sur les aimants permanents qui en sont dérivés. En effet, les monopoles chinois traitent aujourd’hui la quasi-totalité des terres rares mondiales après extraction, ce qui lui confère un levier sans équivalent sur les chaînes d’approvisionnement des moteurs électriques, des éoliennes et des équipements de défense. La Chine doit faire face dans cette situation aux plans d’extractions alternatifs que tente de promouvoir l’UE, comme « RessourceEU », et le « plan national sur les terres rares » promu spécifiquement par la France. Ces deux différents plans intègrent les outils monétaires ou douaniers de l’UE afin que chaque bourgeoisie, à différents niveaux, coordonne une autonomie sur ces questions.

En dehors des terres rares, la question des énergies est l’un des plans clefs de cette autonomie recherchée par l’UE impérialiste. Nous pensons par exemple à une déclaration conjointe et à une trentaine d’accords portant sur des secteurs stratégiques et prometteurs, notamment les hydrocarbures, les énergies renouvelables, la transition énergétique, l’industrie pharmaceutique, les industries manufacturières et les technologies de pointe, signés en juillet entre l’Allemagne et l’Algérie.

Cet accord entre les deux pays prend en effet place dans la nouvelle stratégie énergétique pour la Méditerranée de l’UE, la Commission européenne plaçant l’Algérie comme un potentiel nouvel allié clef avec l’ambition de transformer le sud du bassin méditerranéen en vaste plateforme de production d’électricité verte. L’initiative, baptisée T-MED, doit permettre de mobiliser jusqu’à 25 milliards d’euros d’investissements d’ici à 2035. Au-delà de la production, l’Algérie est également envisagée comme un maillon possible des futurs corridors énergétiques entre les deux rives de la Méditerranée, permettant de se dégager de l’importance des USA ou de puissances comme la Russie à la suite de la guerre impérialiste en Ukraine. Par ailleurs, la continuation de la guerre inter-impérialiste en Ukraine comme levier de cette autonomie de l’UE démontre également la permanence stratégique.

Chers camarades,

C’est au sein de ces différentes permanences stratégiques, robustes pour différentes alliances impérialistes, que le développement inégal de chaque bourgeoisie et des forces productives prend place. En effet, on ne peut analyser ces différentes continuités sans y analyser les nécessaires contradictions, tactiques ou non, pour chaque bourgeoisie participant à ces plans, provoquant crises (comme celle d’Ormuz par exemple), instabilité politique, et menaces constantes d’engagements militaires accrus au détriment de chaque classe ouvrière.

Notre parti pense par exemple, dans le cadre de la stratégie d’un « nouveau Moyen-Orient » promue par l’OTAN, aux contradictions entre la France et les USA autour de l’expansion des projets militaires sionistes. En effet, la place centrale des bourgeoisies du Golfe (Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, ou encore le Bahreïn pour le pétrole et les hydrocarbures des monopoles français) provoque une position ambivalente dans la continuation de la guerre impérialiste en Iran. Ainsi, la bourgeoisie française va d’un côté soutenir activement ou se rendre complice des guerres impérialistes au Moyen-Orient, et de l’autre côté appeler à la « désescalade » et investir militairement et économiquement pour ses propres intérêts dans différentes nations.
Nous pensons au Bahreïn, ou un accord impérialiste portant sur les équipements militaires, les investissements industriels et la coopération quant aux renseignements, a été signé dès février 2026. Nous pensons également en ce sens aux Émirats Arabes Unis, où la France se situe comme l’un des premiers investisseurs étrangers en termes d’IDE (Investissements direct à l’étranger). Les récentes ripostes iraniennes sur des bases américaines dans les différentes nations du Golfe mettent à mal tactiquement les contrats et investissements français, ceux-ci nécessitant la stabilité, expliquant le jeu d’équilibriste dangereux depuis des années.

Notre parti pense également au cadre cette fois plus propre à l’UE, à la compétition entre les différentes bourgeoisies afin d’asseoir une place de direction dans le projet d’autonomie militaire et stratégique de l’alliance impérialiste. Dans ce cadre, le couple des monopoles franco-allemands possédant chacun leurs propres forces et faiblesses, l’un se développant dans certains secteurs au détriment de l’autre sans que l’on puisse y définir aujourd’hui un ascendant par l’une des bourgeoisies, est une manifestation vivante de telles contradictions au sein d’un même projet impérialiste.

En effet, le gouvernement bourgeois de Merz a par exemple réduit de moitié sa prévision de croissance pour 2026, de 1,0 % à 0,5 %, dans le contexte du choc énergétique provoqué par la guerre en Iran dès avril 2026 : plus dépendante encore que la France, l’Allemagne se voit isolée par les contradictions sur ce plan. La construction, à Norderstedt, au nord de l’Allemagne, d’un nouveau site français de 3 000 m² entièrement dédié à la maintenance et au support des moteurs d’hélicoptère, confirme également la maîtrise du secteur par Airbus-Safran. La France profite aussi de son secteur bancaire très puissant, permettant un profit rapide dans des secteurs comme l’armement et les nouvelles technologies. Face à ce secteur, les monopoles allemands pourraient également se rattraper des effets d’inertie, sur le temps long, par le développement sans précédent de son secteur de l’armement et la défense. Par exemple, le consortium KNDS, mêlant monopoles allemands et financement de l’État français, important dans la production de munitions pour la France, reviendra sur le temps long avec une participation majoritaire allemande. Finalement, c’est ce dernier qui a eu gain de cause, KNDS profitant donc financièrement plus aux monopoles allemands dans les années à venir qu’à la France. Notre parti note tout de même certains secteurs où le capital allemand a pu profiter des développements au Moyen-Orient, en récupérant certains secteurs comme l’aluminium, des améliorations sensibles par une évolution moins mauvaise que prévu du PIB lors des deux premiers trimestres.

Chers camarades,

Pour notre parti, les alliances impérialistes forment donc un ensemble cohérent s’articulant autour d’objectifs stratégiques communs robustes, et des contradictions, tactiques ou non, selon la place et le développement de chaque bourgeoisie membre dans ces stratégies impérialistes. Au-delà donc d’une insécurité militaire constante pour les peuples et les classes ouvrières victimes des plans de ces alliances, au-delà d’une instabilité économique pour les peuples et classes ouvrières de ces pays membres, on peut observer l’importance des différentes alliances pour le profit et les monopoles de chaque bourgeoisie. En effet, la question des alliances impérialistes n’est pas une question secondaire de la lutte contemporaine des partis communistes, une bourgeoisie pouvant quitter une alliance rapidement au profit d’une autre. Si ces changements sont possibles, ils engagent l’ensemble des secteurs économiques des différentes bourgeoisies, organisant, dans un lien dialectique entre le national et l’international, l’économie des nations par son action au sein des différentes alliances.

C’est pour cette raison que notre jeune parti en construction relie les mots d’ordre de sortie de l’OTAN et de l’UE à l’objectif stratégique de la révolution socialiste : sans s’engager dans la construction du socialisme, en construisant le nouvel État ouvrier et paysan, les couches populaires et les classes ouvrières ne pourront mettre fin à une économie construite par les intérêts des classes dominantes et de leurs alliances internationales. Les stratégies étapistes, promouvant une sortie de différentes alliances avant la révolution sociale, évacuent ces conditions matérielles et le rôle central, pour le capitalisme des monopoles, de la construction de vastes alliances comme l’OTAN et l’UE, cette sortie pouvant être compensée en cas de seule sortie bourgeoise, et impactant de toute façon l’économie nationale.

Chers camarades,

C’est en combattant et en reliant les projets antipopulaires de nos propres bourgeoisies aux plans impérialistes globaux de leurs alliances, tout en renforçant notre coordination pratique au sein de l’ACE, que la prise de conscience de la nécessité de mettre fin au capitalisme progressera et qu’une alternative politique populaire, le socialisme-communisme, sera appréhendée à travers l’expérience des travailleurs de nos différents pays, en adéquation avec leurs besoins, par leurs partis communistes.